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Intérieur nuit de Marisha PESSL . TRAD; PAR Clément BAUDE : la vérité est ailleurs

interieurnuitLa couverture est à l’image de l’histoire : vous pensez avoir résolu le mystère et il débouche sur une autre vérité qui finalement mène au début d’une autre interprétation et une autre dimension psychologique.

 « Je compris à ce moment que que je m’étais trompé. Parce qu’elle était là. La fin. La queue. Je l’avais enfin trouvée »

Même quand on croit que tout s’est mis en place, que la vérité a enfin éclaté, finalement, non ! Et c’est bon de se perdre dans ce labyrinthe !

L’histoire : Scott Mc Grath, un journaliste d’investigation, remet le couvert lorsque la ténébreuse fille de Cordova, mystérieux réalisateur de films d’horreur est retrouvée morte dans un entrepôt. C’est qu’il avait déjà enquêté sur le père et ses accusations  de pédophilie sans fondement lui avait valu un procès, un divorce et le bannissement de sa profession.

Cette fois, grâce à deux jeunes coéquipiers improbables, il va tenter de rassembler les éléments du puzzle monde Cordova en fonction de ce qu’il l’avait imaginé plusieurs années auparavant mais la vérité des personnes n’est pas celle qu’on imagine.

Et sa vérité détruisait tout sur passage, ratiboisait la jungle magique et sombre dans laquelle je m’étais égarée en suivant les traces d’Ashley, m’indiquait que je marchait en fait sur un terrain plat et sec , inondé de lumière

L’enquête nous plongera dans les faux semblants du cinéma avec son paroxisme au moment où Mc Grath est plongé (on se demande s’il devient vraiment fou ou si c’est réel et donc s’il s’en sortira), dans le studio et où il est confronté physiquement à la réalité des films qu’il a vus à travers les objets et décors qui lui font rejouer véritablement les scènes.

En dehors de la construction diabolique du récit, les vrais faux documents distillés (articles de presse, captures d’écran…) ajoutent au trouble quand ils donnent à imaginer le mal.

Les italiques utilisés reprennent des dialogues ou des éléments observés lors des recherches  (pour mieux nous persuader de l’avancement de l’enquête dans le sens du journaliste, on est dans sa tête).

 

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Japan Expo Sud; 2012, Yves Tennevin

En dehors de cela, le style imagé m’a beaucoup plu !

On est du côté du thriller avec manipulation, paranoïa, faux semblants, vérité cachées, dark internet, magie noire et attirance pour le mal, cinéma, toutes ces thématiques m’ont fait penser à David LYNCH !!, même si la construction du livre reste classique.

Voilà donc un de ces livres qu’on a qu’une envie, c’est de le retrouver tous les jours ! Et sa fin ouverte fait que j’y pense encore et encore et encore  !

Pour plus de précisions, voire une réservation , c’est ici 

 

2015 : version étrangère souvent originale

PHOTO RETRO ETATS-UNIS

CC0 Public Dom Pixabay
2015 Dans le rétro

Dans la profusion des sorties de l’an passé, certains livres ont retenu mon attention pour des raisons variées : thématiques, construction, style… J’en ressort quelques titres où ne figurent pas forcément les succès de l’année ou les grandes pointures comme Joyce CAROL OATES, Toni MORRISON, Jim HARRISON…

Un thème est revenu plusieurs fois : celui des camps de concentration et plus largement, celui du mal. Avec Au paradis, dernier livre de Peter MATTHIESSEN paru juste après sa mort, et où il décortique avec son écriture scalpel tous les sentiments générés par l’évocation des camps et de la Shoah chez des personnes de tous horizons venues voir Auschwitz « en vrai » et se confronter à la culpabilité. Martin AMIS dans « la Zone d’intérêt » tente l’exploit de parler du sujet sur le mode humoristique et en envisageant l’amour dans un camp, modèle d’organisation, tout de même,-) mais plongé dans le chaos le plus total par l’irruption de l’amour.

Illska de Eirikur Orn Norodhal, expose les nazis aux feux de l’amour. En toile de fond, l’histoire des massacres des juifs en 1941 en Lituanie par les SS aidés par les populations locales. Lire le début http://cr.epagine.eu/cloudReading/9791022604246/558eef5ee4531/preview/

Je pense aussi à Canevas de Jan WECHLER où le récit du personnage  principal (qui existe vraiment ! ), empêtré dans son enfance dans un camp, est mis à mal par son psychanalyste et un journaliste. Ces deux vérités sont matérialisées dans la conception du livre même, construit en deux parties tête bêche qui se rejoignent au milieu. Voir aussi d’autres livres étrangers parus à la rentrée littéraire d’automne déjà chroniqués sur le blog et des francophones.

La transition se  fait avec le thème de  l’identité et du mensonge dans Corps variables de Marcel THEROUX,  livre transgenre au croisement du fantastique, du thriller avec en prime une réflexion sur le pouvoir du langage et sur l’immortalité. Il vous raconte l’histoire d’un homme qui ressuscite dans le corps de quelqu’un d’autre, alimenté par les mots des autres et comment ses recherches l’ont amené à être enfermé dans un hôpital psychiatrique. On est du côté de chez Philip K. DICK !!

Intérieur nuit de Marisha PESSL est un faux roman biographique mettant en scène un réalisateur de film d’horreur avec mise en abîme du récit. Voir les premières pages http://flipbook.cantook.net/?d=%2F%2Fwww.edenlivres.fr%2Fflipbook%2Fpublications%2F99657.js&oid=3&c=&m=&l=&r=&f=pdf

Encore un livre sur la réalité et ses interprétations : dans Le Testament de Marie , Colm TOIBIN recueille le témoignage de Marie à propos de son fils, Jésus, qu’elle ne reconnaît absolument pas à travers les écrits bibliques et l’adoration qui aboutira au soit disant sacrifice qu’elle rejette totalement comme « moyen de sauver le monde ».

2015 a vu réédités des classiques ou édités des trésors  comme L’Infinie comédie de David Foster WALLACE et Price de Steve TESICH.

Extrait Audio http://www.monsieurtoussaintlouverture.net/Livres/Steve_Tesich/Price.html

Un été 42 de Hermann RAUCHER, roman d’apprentissage classique ressorti chez un petit éditeur qui monte : La belle colère.

Willa CATHER  dans Saphira, sa fille et l’esclave -écrit en 1940- traite de l’esclavagisme aux Etats-Unis avant la guerre de Sécession. https://www.actualitte.com/article/livres/chronique-willa-cather-saphira-sa-fille-et-l-esclave/62806

La liste des rééditions continue en littérature western :  La Colline des potences de Dorothy JOHNSON, l’Aventurier du Rio Grande et Le Passage du canyon de Ernest HAYCOX., ceux qui ont inspiré les films du dimanche après midi dans les années 70 !

Au chapitre itinéraire psychologique, j’ai retenu Marilynne ROBINSON avec Lila,l’ itinéraire d’une enfant de la dépression, ivre de liberté. Vite, trop vite de Phoebe GLOECKNER (roman graphique), nous entraîne dans le sillon de Minnie dans le San Francisco libre des années 1970 avec au passage une description au vitriol du monde des adultes, cible de toutes les attaques mais horizon désirable. Dans Someone, d’ Alice Mac DERMOTT, c’est Marie qui nous guide dans le quartier irlandais de New-York pendant la Grande dépression.

Extrait http://cr.epagine.eu/cloudReading/9782710371403/558eebc32c2ad/preview/

Blanca se souvient de sa mère morte dans Ca aussi ça passera  de Milena BUSQUETS et ça nous réchauffe le coeur.

voir http://www.senscritique.com/livre/Ca_aussi_ca_passera/13587627#

Pour finir, l’humour (un peu trash) était tout même présents en 2015 à travers Little America de Bob SWIGART où l’auteur fait exploser le système US à coup de magouilles, de coucheries très documentées, de tentatives multiples et louffoques de tuer le paternel. Jouissif et hilarant !!

Dernier arrêt avant le désespoir « Demande et tu recevras » de Sam LIPSYTE nous délivre le récit de la vie d’un jeune père, peintre raté, à qui la vie ne sourit jamais et prêt à toute infamie pour survivre. Trempé dans l’encre d’un humour bien noir !

Voilà : des heures de lecture au sommet de la vague alors que je tente déjà de négocier la deuxième  rentrée littéraire de janvier.