Archives de mots clés: Nathalie Bernard

Deux livres pour un même thème

A l’instar de l’Irlande et de ses pensionnats catholiques qui ont fait scandale, le Québec a pris conscience des crimes commis contre les Indiens. Il s’agissait de « tuer l’indien » dans l’enfant. Deux livres illustrent cette acculturation forcée, exercée par l’Eglise catholique dans des pensionnat depuis le 19ème siècle jusqu’au années 1990.  Il y a eu de nombreuses victimes.

Sauvages de Nathalie Bernard Thierry Magnier

Jonas est un numéro, le 5. Il a été enlevé à sa mère alors qu’il avait à peine 6 ans. Depuis, il fait le dos rond, supportant l’acculturation et la maltraitance imposée par le prêtre et les sœurs du pensionnat catholique. Parmi les sévices, citons celui-ci, particulièrement terrible : si un enfant est surpris à parler indien, on le punit en lui mettant une lame de rasoir sur la langue. La vie de Jonas est rythmée par les cours et le travail harassant de bûcheronnage. A Sauvages_Nathalie Bernad16 ans, il n’a plus que quelques mois à tenir avant d’être libre, ce qui le rend d’autant plus distant.  D’ailleurs, c’est bien ce que lui reproche Gabriel, le numéro 42, cette froideur, cette indifférence vis à vis de ses congénères… Pourtant face aux abus dont son victime la jeune et souriante Lucy ainsi que Gabriel, Jonas va réagir. Mais, pour un Indien, il n’y a pas de contestation possible…

Un livre terrible et pourtant indispensable… Il est porté par une belle écriture qui se fait poétique pour décrire la nature et la forêt. Un livre pour grands ados et adultes. Un article dans Actualitté permet d’approfondir la connaissance de l’œuvre et du contexte.

Dans le même esprit, Jeu blanc de Richard Wagamese Zoé

Saul, indien ojibwé, a, lui aussi, été enlevé à sa famille,  comme sa sœur et son frère, revenu avec la tuberculose. Ses parents ont tout fait pour empêcher son éloignement mais sans succès. Dans le pensionnat, il se découvre une passion pour le hockey. Ce sport va devenir sa raison de vivre. Encouragé par un Père, il va progresser et pouvoir intégrer un foyer dans une réserve. Lors de tournois entre équipes des réserves indiennes, il est remarqué par un entraîneur. Celui-ci lui propose de jouer dans une équipe professionnelle. Mais, dans les années 60, le racisme est prégnant. La glace, blanche, est réservée aux joueurs blancs… Ces derniers vont pousser Saul à exprimer une rage dont lui-même ne perçoit pas encore toutes les causes..

Là encore, l’écrivain, dont le récit est en partie autobiographique, décrit les coutumes ojibwés et l’omniprésence de la nature dans les rites et croyances. C’est une partie touchante. Mais le lecteur est très vite confronté à la révolte et la tristesse que suscitent le comportement des religieux dans la suite du roman. On suit le parcours de Saul, avec espoir et attention, même sans être fan de hockey. Ce récit est fait de moments d’ascension, de chûtes et de résilience. Un livre qui marque ! L’auteur, décédé en 2017, a écrit un autre roman fort, disponible en français : « Les Etoiles s’éteignent à l’aube ».