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« Retour à Little Wing » de Nickolas BUTLER ; trad. de Mireille VIGNOL

Sur les conseils de ma collègue Bénédicte,  ce titre a eu le droit de faire partie de ma PAL d’été ! (à venir). Tous les ingrédients font de ce livre un candidat à une adaptation (les droits achetés, mais pas de tournage encore) : une bande de potes qui ont grandi dans un  patelin agricole plus ou moins touché par la crise. Ici, c’est Little Wing, enfoui au fin fond du Midwest américain. Certains ont voulu s’en échapper, d’autres y ont construit leur vie d’adultes. A l’occasion du retour dans le cadre d’un projet d’investissement local  de Kip, le plus arrogant, ils se retrouvent.

 

Schéma assez classique : c’est l’occasion de faire des bilans, d’essayer de régler certains contentieux, d’éclaircir des zones d’ombres, de faire des retours nostalgiques vers le passé commun. C’est un secret révélé qui va provoquer la  crise la plus importante, et apporter une dose de hasard vital.  Les chapitres sont chaque fois consacrés à un des personnages qui prend la parole pour faire des allers-retours entre passé simple et présent souvent complexe. C’est plutôt un roman centré sur les hommes qui révèlent ici leurs failles, leurs projets, leurs jalousies, leurs difficultés à communiquer, le tout dans une langue simple mais précise dans la psychologie. Le portrait de Beth, qui forme le couple le plus soudé avec Hank est aussi très bien, avec ce qui y a d’énervant dans les couples qui ont l’air parfaits !

Au début, j’ai trouvé tout cela un peu léger, mais l’histoire prend de l’épaisseur au fur et à mesure que certains éléments viennent déstabiliser l’échafaudage et que la porte s’ouvre sur certaines pensées fatales. Les amis sont suffisamment différents pour rendre le tableau crédible et c’est aussi sur l’empathie que se construit l’attrait de ce livre. On arrive forcément à s’identifier à l’un d’eux, même à plusieurs, selon les moments.  surtout quand on vient d’une famille moyenne, après avoir vécu dans une petite ville, ce qui est arrivé à beaucoup de lecteurs et à l’auteur, amoureux de cette région et qui y vit.. Le portrait de Lee, le musicien devenu célèbre a été inspiré par Justin Vernon et là , je ne résiste pas à un petit partage de  « Holocene » de ce superbe musicien  qui a fréquenté la même école que Nickolas Butler.


Pour finir, c »est aussi le portrait en filigrane de la ville et de certains américains.

LEE « Pour moi c’est ça, l’Amérique : des pauvres gens qui jouent de la musique, partagent un repas et dansent, alors que leur vie entière a sombré dans le désespoir et dans une telle détresse  telle qu’on ne penserait jamais qu’elle tolère la musique, la nourriture ou l’énergie de danser. On peut bien dire que je me trompe, , que nous sommes un peuple puritain, évangélique et égoïste, mais je n’y crois pas. je REFUSE  d’y croire »

Donc, un très bon livre, pas révolutionnaire, mais très attachant.

Il a reçu le Prix Page/America 2014, son Titre original : « Shotgun lovesongs »

A retrouver sur  Calice 68,  le portail des Bibliothèques du Haut-Rhin !

Rédemption de Vanessa Ronan Rivages 2017

Rédemption _Vanessa RonanAprès avoir purgé une peine de 10 ans de prison, Jasper revient dans son village texan. Il partage sa maison avec sa sœur Elisabeth et ses nièces, Katie et Joanne. Dès l’annonce de son retour, le pasteur prévient Lizzie du danger qu’elle et ses filles courent. On comprend que le crime qu’a commis Jasper est grave. Ce dernier semble avoir une personnalité complexe, oscillant entre une attitude affable et une agressivité refoulée. Mais si Jasper espère faire oublier ses méfaits passés, la communauté villageoise n’a aucune intention de lui pardonner. La tension monte inexorablement : quel crime Jasper a-t-il commis ? est-il un danger pour la société ? Arrivera-t-on à oublier ? Seule Joanne, 12 ans, réussit à créer un lien avec son oncle. A-t-elle raison de lui faire confiance ?

Avec ce premier roman, best-seller en Grande-Bretagne, l’auteur nous transporte dans le fin fond de l’Amérique. Ici, tout se sait et les familles se font justice elles-mêmes. Ce livre est profondément dérangeant, à plus d’un titre. Il y a d’abord le crime dont on accuse le personnage principal. Il faudra attendre plus de la moitié du livre pour le connaître. Il y aussi l’attitude des personnages. Chacun a une part d’ombre plus ou moins grande. Si Jasper a des remords, il ne regrette pas son crime. Et puis, bien sûr, l’interrogation, peut-on tout pardonner ?