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« LES FURIES » de Lauren GROFF; Trad. de Carine CHICHEREAU

Le titre original  « Fates and Furies » (Fortunes et Furies) n’a rien à voir avec « Fast and furious », à part qu’il illustre l’humour dont peuvent faire preuve les deux personnages et leur amour des formules (1). Ou alors le caractère irrésistible et furieux de leur destinées.  

 

Ces deux là : Lotto et Mathilde forment un couple glamour et brillant envié de tous qui, lorsqu’il ne suscite pas de jalousie, provoque les questions. Comment font-ils pour être si parfaits, si beaux, si amoureux, pour réussir professionnellement ?  Mathilde est dévouée à son mari habité par Shakespeare et devenu dramaturge à succès. Et c’est étrange lorsqu’on est intelligente et lucide comme elle.

 

Il y a certainement des failles, il y en a dans tous les couples. L‘auteure va se faire un malin plaisir à démonter la superbe mécanique pour nous et à remonter vers les origines de la création de ces deux personnalités façonnées par leur volonté de s’extirper d’eux mêmes. Parce que même s’ils semblent bénis des dieux, ils ont baignés dans le drame et la souffrance originels.

Après une lecture par le professeur de littérature :

Une pièce inconnue s’illumina à l’intérieur de Lotto. Voilà la réponse à toutes ses questions. On pouvait laisser son moi de côté et se transformer en quelqu’un d’autre. On pouvait réduire au silence la chose la plus effrayante du monde.- une classe d’adolescents. Lotto errait dans le vague depuis la mort de son père. En cet instant, il retrouva toute son acuité.

La mère abusive de Lotto  participe activement à cette ambiance tragique et désespérée dont on veut se libérer à tout prix.

Les fêtes avec leurs amis « fidèles » se succèdent à toutes les époques et les masques tombent pour notre plus grand plaisir  au cours de ce superbe thriller psychologique dont la victime est le couple.

Couverture de l’édition US

Pour voir le résumé ou réserver , c’est ici

« Dans la forêt » de Jean HEGLAND ; Trad. de Josette CHICHEPORTICHE

Avec ce merveilleux livre, vous ne verrez plus la forêt comme avant. Ou peut être que si, comme dans les contes pour enfants ou un peu comme la population qui la côtoyait  quotidiennement auparavant. : belle, réconfortante, nourricière, mais  pleine de dangers.

Si vous aimez les romans post apocalyptiques, vous pourrez vous trouver en terrain connu puisqu’il est question de suite d’événements qui font que la société américaine s’écroule sur elle même et d’autosuffisance.  Mais c’est bien plus que cela. C’est un roman sur les choix à faire, les erreurs et ce qui fait qu’au final, on devient soi même : les livres, les passions, les relations, les renoncements, les événements extérieurs qui nous poussent à habiter notre vie.

D’ailleurs, la mère répétait de son vivant : « C’est ta vie », lorsqu’il fallait faire des choix..

La maison familiale de Nell et Eva, qu’elles habitaient avant le grand changement reste leur foyer au cœur de la forêt et elles vont apprendre ensemble à se passer de tout ce qui les a construites depuis toujours : la civilisation, leur culture, tout ce qui les faisaient tenir et envisager leur avenir : la danse pour l’une, les études pour l’autre »Le passé n’existe plus, il est mort »

Elle a exécuté une danse qui se débarrassait  de la danse classique comme une peau devenue trop grande et laissait la danseuse fraîche et joyeuse et courageuse.

Elles vont s’en séparer pour trouver leur propres marques, en apprivoisant leur environnement (culture et cueillette sauvage au programme). Tout ça se fait souvent dans la douleur physique et morale. Ce livre est rempli de détails concrets sur les méthodes d’autosuffisance issues parfois d’un des livres de leur bibliothèque et les corps y sont  très présents. Mais ce qui est magique aussi, c’est cette façon de nous faire si bien partager les pensées intimes de Nell (le livre est constitué de son journal) et ses doutes dans son évolution. La relation fusionnelle qu’elle entretient avec sa sœur est parfois chaotique et la distance qui s’installe parfois entre elles est admirablement palpable de même que ce qui les attire puissamment l’une vers l’autre.

Ici, la nature ne se donne pas spontanément, elle peut être est hostile  et ne fera partager son énergie qu’après longtemps. la souche géante proche de la maison a été abattue par les hommes mais continue à constituer un refuge pour les soeurs  .

California_redwood_trees_inside_a_giant_redwood_looking_up_at_holes CC

 L’ordinateur était une boîte pleine couverte de poussière…aussi retournais-je aux romans pour me nourrir de pensées  et d’émotions et de sensations, pour me donner une vie autre que celle en suspens qui était la mienne.

Au moment de se sélectionner les livres à emporter, Je les aimais tous. J’aimais l’odeur et le poids de chacun d’eux, j’aimais les couleurs de leur couverture  et le toucher de leurs pages. J’aimais tout ce  qu’ils représentaient pour moi, tout ce qu’ils m’avaient appris, tout ce que j’avais été à leur contact.

 

C’est ça l’histoire, dit mon père , elle pourrait être mieux, elle pourrait être pire. Mais au moins, il y a un bébé au centre »

Ce que je sais, c’est qu’elle me convient parfaitement, cette histoire, et j’espère qu’elle habitera de nombreuses personnes après sa lecture !

Une partie de la sélection de Nell : Poésies complètes d’Emily Dickinson, Contes de Grimm ; L’origine des espèces ; Sous la neige ;  Howl ; Orgueil et préjugés ; Les Aventures de Huckelberry Finn ; Un guide des oiseaux d’Amérique du nord ;  Œuvres complètes de Shakespeare (achetées par la MD68 cet été !) ;  Troisième Reich, des origines à la chute ;  Les Hauts de Hurlevent.

Un bel article de Télérama sur les forêts dans les contes

Suivez le lien pour le résumé et la réservation sur le catalogue de la MD68