Archives de mots clés: Patti SMITH

La valise des voyages pour l’étranger

Lifepfpix.com by HAGENSEYRING

Lifeopfpix.com by HAGENSEYRING

Pour ceux qui n’ont pas encore décidé de leur destination, voici quelques livres qui  trouveront bien leur place dans leur été .

On commence avec ceux ceux qui ont la la bougeotte

nuage obsidienne

Le nuage d’obsidienne  Eric MC CORMACK

Les  aventuriers du livre perdu. Un livre qui parle de livre, déjà, ça en attire plus d’un, mais quand il  entraîne un aventurier à la rencontre de personnages  souvent étranges et dans des pays plus ou moins répertoriés sur les cartes, vous pouvez le suivre les yeus fermés. Jules Verne n’est pas loin.

 

 

M Train Patti SMITH

pattiAprès le New York des années 60-70 et la jeunesse décrits dans « Just kids », et  depuis la mort de son mari tant aimé, Patti Smith vit seule à New York et se souvient de leurs vies et leurs voyages. Malgré cette absence, elle est animée d’une grande énergie et continue à partir  seule sur les traces de ses amis écrivains  ou de ceux qu’elle admire profondément. Car tout est habité et les objets qu’elle sème aussi nous permettrait presque de suivre sa trace entre les cafés et hôtels où elle aime retrouver d’autres personnages : ceux des séries télévisées. Fascinant.

 

 

Cap sur l’Asie et alentours

 

embruns_restau amourvi2

Le Restaurant de l’amour retrouvé Ito OGAWA

Suite à une rupture amoureuse, Rinco, au pied du mur, décide de revenir habiter chez sa mère qui ne lui manifeste pourtant pas plus d’attachement que ça. Son projet : ouvrir un restaurant original où les clients ne viennent qu’un après l’autre et uniquement sur rendez-vous. Les repas qu’elle leur cuisine avec amour  vont révéler autre chose que leurs saveurs.

Vi Kim THUY

Le parcours de Vi et d’une partie de sa famille fuyant le Vietnam pour le Canada en 1978. La délicatesse de l’écriture nous rend les personnages familiers et le récit de leurs épreuves plus supportable.

« La maison dans l’arbre » de Mitsuyo KAKUTA, nous plonge dans la vie d’une famille tokyoïte composée de trois générations. Yoshi se pose beaucoup de questions à son propos : est-normal que tous ses membres pratiquent la fuite d’une façon ou d’une autre ? Pourquoi ne mange-t-on jamais ensemble ? Sa grand-mère va l’embarquer dans un voyage d’apprentissage en Mandchourie qui lui permettra de reconstituer le puzzle des ses proches.

Dans les jardins du Malabar Anita NAIR 

malabar1Idris, originaire de Djibouti, voyageur, commerçant, philosophe, interprète, scientifique, et père. C’est le besoin de mouvement et de liberté qui le fait s’embarquer vers Kozhicode, sur la cote du Malabar. Après la rencontre avec son fils, il nous entraîne au gré de ses rencontres dans des voyages portés par des objectifs parfois commerciaux (commerce des pierres précieuses) mais en fait, surtout motivés par la soif de connaissance, y compris celle de son fils. Au passage, c’est aussi un hymne à la tolérance. Pour voyage immobile ou pas,  c’est un très bon livre qui saura vous accompagner, je crois.

La mémoire des embruns Karen VIGGERS

Mary, poussée par une vieille promesse et voyant sa fin s’approcher, repart sur l’île où elle a vécu et élevé ses enfants avec son mari gardien de phare. Seul son plus jeune fils la soutient dans cet environnement plus qu’hostile tourmentée par le vent au large de la Tasmanie.

A toute berzingue Kenneth COOK

Si vous voulez des sensations un peu plus fortes et durables que les sandwiches au sable ou que le cassoulet William Saurin, attrapez ce livre que vous n’arriverez sans doute pas à lâcher.

Deux jeunes gens qui viennent à peine de faire connaissance, se retrouvent en plein bush australien à fuir une créature mi homme mi démon du genre sauvage et très baraquée.

Pour vous donner une idée du rythme et des enjeux prenez un peu de « Cul de sac » de  Douglas Kennedy, de « Razorback « (le film, pour la bêête) et de « Duel » (le film, aussi). C’est donc assez rafraîchissant pour les neurones mais le style le permet largement.

 

Un petit crochet vers l’Amérique du sud

Ce-qui-desirait-arriver_5009téléchargementmaraudernullp

Ce qui désirait arriver (nouvelles) Leonardo PADURA 

Direction Cuba et sa nostalgie à la suite de personnages aux prises avec le destin arrosé de rhum, bercé de musiques.

Avenue des mystères John IRVING

Là, même si on est en terrain connu (sexe, mort, religion) le voyage ne manque pas de surprises. Du loufoque, des personnages hauts en couleur, de la tragédie, cette fois le voyage se passe entre réel  et magie au son d’une fanfare de cirque.

 

Direction l’Amérique du nord

Le Chant de la Tamassee Ron RASH 

La rivière Tamassee a englouti le corps de Ruth partie en vacances avec sa famille et refuse de le rendre. Que faire alors : laisser faire la nature ou édifier un barrage à tout prix afin de donner une sépulture à l’enfant ? Ron Rash illustre encore ici son amour d’une  nature puissante PERSONNAGE central d’un récit tiré d’un fait divers. Les écologistes et la famille entame un combat enflammé et au milieu coule la rivière…

Les maraudeurs Tom COOPER

L’ouragan Katrina laisse la petite ville de Jeanette déjà bien dépourvue. Et comme si cela ne suffisait pas, elle se fait laminer par une marrée noire cinq ans plus tard. Si vous aimez le sud et ses habitants plus ou moins fréquentables se débattant dans le bayou pour leur survie, ce roman décapant est fait pour vous !

 

Une saga familiale qui prend sa source dans l’Irlande du 19èsiècle et traverse plusieurs océans et plus d’un siècle pour se complexifier et s’enrichir au contact d’intrigues politico financières. Le souffle de ce récit vous portera loin.

 

Une des spécialités américaines : le cowboyindomptés

Seuls sont les indomptés Edward ABBEY

Un combat, celui pour la liberté de choisir sa vie et de ne pas se laisser détruire par l’Amérique comme elle s’annonce dans les années 50. Un classique adapté au cinéma par David MILLER en 1962.

 

 

 

Horse lover Alan RAY

Le petit dernier, pour la route (ici, je me fais plaisir). Ce n’est pas un roman mais une autobiographie retraçant le parcours semé d’obstacles 😉 de Alan RAY qui a abouti à la création d’une réserve pour mustangs.  Pour qui aime les chevaux, les grands   espaces et les belles histoires de combat pour une (belle) cause, le voilà comblé !

horse

Bon, là, j’arrête, sinon, la valise va exploser. Mais des valises, il y en a ailleurs, sur des sites comme celui de Télérama, le Nouvel Obs, dans Femina, Babelio et les liseuses, c’est bien pour les problèmes de place !

Bonnes vacances , immobiles ou non !!

M Train (avec les fantômes) de Patti SMITH

patti

 

 

 

 

 

 

Just Kids, un volet précédant des mémoires de Patti Smith racontait la genèse de sa vocation entrelacée à celle de son amour Robert Mapplethorpe dans le New York des années 1960-1970. Dans les premières pages du récit apparaissait  une citation de l’opéra « Tosca » :  « J’ai vécu pour l’amour, j’ai vécu pour l’art ». Quand je l’ai lu, je l’ai adoré (et je n’était visiblement pas la seule, vu le succès du livre) à cause de cette énergie qui lui a permis de démarrer de rien et de se déployer dans toutes les directions qu’elle a empruntées ensuite. Cette citation s’applique à « M Train » aussi.

Et bien, on retrouve la même Patti, des années plus tard, vivant avec le souvenir de son mari, le musicien Fred Sonic Smith (celui de la merveilleuse chanson « Frederick » sur l’album Wave ) et faisant des allers -retours vers leur vie commune. La description de cette relation est encore particulièrement touchante, comme celle avec Robert. Les amis de l’époque sont souvent partis (mais pas tous), les enfants grandis, donc, la solitude est plus présente.

« Nous cherchons à retrouver tel moment, tel son, telle sensation. Je veux entendre la voix de ma mère. Je veux revoir mes enfants quand ils étaient enfants. Petites mains, petits pas rapides. Tout change. Le garçon a grandi, le père est mort, la fille est plus grande que moi, elle pleure après un mauvais rêve. De grâce, restez pour l’éternité, dis-je à ceux que je connais. Ne vous en allez pas. Ne grandissez pas.»

Dans ce livre, on vit avec Patti au jour le jour, dans ses habitudes, ses cafés fétiches (la photo de couverture a été prise apparemment à l’occasion de la fermeture du café Ino où elle se rend alors qu’elle habite Greenwich Village), ses chats, ses grigris, son amour des séries télévisées dans les chambres d’hôtel !! (The Killing et Wallander en particulier). Guidée dans le monde par ses obsessions littéraires, elle traverse les océans pour se rendre sur les lieux habités ou désertés par ses idoles et ses mémoires deviennent un voyage à travers la littérature jalonnée par Haruki Murakami, Sylvia Plath, Roberto Bolano…et illustrés par ses polas en noir et blanc, véritables machines à remonter le temps. Ils semblent tout droits sortis d’une séance de spiritisme pour capter de fantômes qui sont présents et habitent les objets.

Quand elle perd un de ses manteaux :  » Peut -être ai-je absorbé mon manteau. J’imagine que je devrais être contente que, compte -tenu de son pouvoir, ce ne soit pas mon manteau qui m’ait absorbée. J’aurais alors l’impression d’être parmi les disparus, alors que je serai juste jetée sur une chaise, vibrante, pleine de trous »

patti2Pour certains lecteurs, peut être que sa vie à ce moment là est moins excitante qu’à l’époque de Just Kids, récit d’apprentissages, (elle a écrit des poèmes, fait du dessin, de la photo, et s’est faire connaître en tant que chanteuse performeuse et écrivain, à nouveau) où elle cherche son chemin et Robert le sien. Mais dans M train, elle est reconnue et toujours fidèle à elle même : optimiste, ancrée dans le réel et en connexion avec des puissances invisibles. Au début du livre, elle s’interroge sur la difficulté d’écrire sur « rien ». Il ne se passe parfois rien, mais c’est rempli de tant de sentiments et d’attachement et délivré avec tellement de style !

 

Alors, asseyez vous avec un petit café et laissez vous guider à bord de M Train, le voyage en vaut vraiment la peine.

Pour la description et la réservation , c’est là 

En bonus : la liste de ses livres préférés

« La Veuve Basquiat » de Jennifer CLEMENT ; traduction de Michel MARNY

basquiat

BASQUIAT, UNE VIE EN GRANDS FORMATS : peinture, créativité tous azimuts, amour, drogues, années 80.

C’est les dernières années de la vie du peintre que Suzanne, »Vénus » comme il l’appelait, nous invite à partager au plus près de l’os avec comme toile de fond, le bouillonnement propre au New-York de cette période, le racisme et les débuts de la procession morbide du sida.

Et c’est ce qui fait  la puissance de ce témoignage, et le rend passionnant. Il montre l’énergie qui habite et nourrit le processus créatif au quotidien et ses ramifications avec la vie, (passée, présente, sordide ou pas), les personnes fréquentées et qui souvent l’ont aidé : Wharol, Diego Cortez qui l’a exposé pour la première fois, Madonna … Cette proximité avec Basquiat  nous laisse entrevoir cette magie (noire parfois), plus que n’importe quelle biographie.

(DE)DOUBLEMENT DES PERSONNALITES

« Tout était symbolique pour lui. Sa façon de s’habiller, de parler, de penser, qui il voyait. Tout devait être prolifique, sinon, pourquoi le faire et son attitude était toujours ironique. Jean ne cessait  de s’observer de l’extérieur et d’en rire »

Des observations générales, des souvenirs  de Suzanne sont exposés et distanciés à la troisième personne. Ils sont complétés par des textes écrits comme un journal intime avec italique et à la première personne.

basquiat2jpg

Jean -Michel, lui aussi a une personnalité très complexe (une seule ne lui suffit pas). Tantôt monstrueux et tyrannique, tantôt protecteur et ange de douceur ou tout ça dans un autre ordre. Leur vie a peut être été marquée du sceau de la violence vécue dans leur enfance.

Pendant une période, elle restera sous une table « Comme une petite chatte qui déniche une cachette. De là, elle regarde Jean-Michel peindre, dormir, se droguer…Il prend un livre, le journal ou ce qui lui tombe sous la main. Il trouve un mot ou une phrase et le peint sur sa planche ou sa toile » Quand Suzanne geint, JM dit : « Ta gueule, Vénus. Je sais ce que c’est que d’être attaché comme un animal avec un bol de riz par terre. Un jour, j’ai compté mes bleus et j’en avait trente deux »

La passion  partagée par ces deux enfants terribles, à n’en pas douter, est aussi au centre du livre, mais traversée par l’impossibilité d’avoir une communication « normale » et l’addiction de plus en plus obsessionnelle et fatale de J.M.

Mais tout aboutit à la création de graffes, musique et peintures, 24/24, menée dans une profusion quotidienne de cocaïne puis d’héroïne. Là aussi, la démesure  rend Basquiat extra-ordinaire. Au final, la notoriété récoltée ne lui apportera rien, au contraire.

« Il était devenu si célèbre que tout était très tendu entre nous. On l’appelait du monde entier pour le porter aux nues. C’était très triste parce qu’apparemment, cela ne lui faisait aucun plaisir…  Il détestait les critiques d’art qu’il qualifiait de « larves ».

La fin de cette histoire d’amour ne sera pas brutale, mais sera le fruit d’un long processus entamé par Suzanne pour reprendre le contrôle de son existence. Elle  entamera une nouvelle vie après avoir mené des études pour devenir psychothérapeute et oeuvrer à la guérison d’artistes souffrant d’addiction tout en écrivant.

Je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec l’enthousiasmant livre de Patti SMITH « Just kids » décrivant son arrivée à New York dans les années 60,  le déploiement de ses talents en même temps que ceux de Robert Mapplethorpe et leur relation amoureuse puis amicale très forte. Dailleurs, je vais prochainement chroniquer « M. Train » sur une autre période la vie de la poétesse, plus récente.

A la fin du livre, Suzanne CLEMENT se rend avec quelques amis rescapés de la drogue et du sida à la magnifique exposition de 2010 organisée à la Fondation Beyeler de Bâle et se rappelle que les graffeurs de New York disaient entre eux  » Allons écrire » ou alors « Tu es écrivain ? ».

Pour emprunter ou voir la description de « La veuve Basquiat », c’est ici

Pour un autre titre de l’auteur : « Prières pour celles qui furent volées »

Pour Just Kids

Pour des livres sur Basquiat : Basquiat de Jean-Luc CHALUMEAU, Jean-Michel BASQUIAT de Michel Nuridsany et il y en a d’autres au catalogue !

Et en prime, une video

Learning to Become Jean Michel Basquiat de Farhanaz Rupaidha