Archives de mots clés: Photographie

Les livres dont quelque chose m’échappe

A son image Jérôme Ferrari Actes Sud

Un roman qui se déroule pour partie en Corse et en Yougoslavie. Cela suffisait à attiser ma curiosité. Antonia reçoit de son oncle un appareil Ferrari_A-son-imagephoto. C’est le début pour elle d’une passion. Malheureusement, au retour d’un mariage, elle a un accident. C’est pendant la messe de ses funérailles que nous apprenons à mieux connaître la jeune femme. A la fois source d’attraction et de répulsion, l’île prend une place à part entière dans la vie des personnages. Antonia, lassée des guerres nationalistes et des reportages locaux, ira jusqu’au cœur du conflit yougoslave. Avant de revenir sur l’île…

Une réflexion intéressante sur la photographie et son rôle avec des éclairages sur des photographes oubliés. Il y a aussi les questions sur la mort. Mais, je n’ai pas réussi à accrocher au personnage, assez froid, je trouve, d’Antonia. Y a-t-il un sens particulier à donner aux destins de la jeune femme et de ses amis ?

Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu Actes Sud

Nous entrons dans la vie d’Anthony, un adolescent qui habite ue bourgade de l’est de la France. Il traine avec son cousin, boit, fume des pétards. Il n’y a pas grand chose à faire dans les environs : les fêtes de village, le foot à la télé, le plan d’eau. Les hauts-fourneaux, anciens pourvoyeurs d’emplois, ont fermé. Dans l’entourage du jeune homme, c’est le vide aussi : un père violent et alcoolique, une mère qui vit dans la peur… Par certains côtés, on retrouve l’ambiance de la Vraie vie d’Adeline Dieudonné. Mais dans ce roman, les études et le caractère de l’héroïne la poussait à rêver à une autre vie et à la rendre possible. Dans le livre de Nicolas Mathieu, il n’y a pas de rédemption. Anthony n’a guère de rêves ni de volonté, encore moins de goût pour les études. Ce qui l’intéresse, ce sont les filles, et plus spécialement Stéphanie.

Nicolas Mathieu a beaucoup de talent. Ses descriptions de la vie des classes moyennes et populaires dans ces villes, elles aussi « moyennes » sont réalistes. Elles seraient d’ailleurs issues du vécu de l’auteur. Mais quelle noirceur ! Les pauvres restent pauvres, sans évolution possible, pas même en rêve ! Les filles deviennent des mères, s’enlaidissent, s’aigrissent dans un quotidien gris et morose. Les garçons trouvent des petits boulots, font des enfants, boivent… Les adolescents n’ont plus d’espoir. Ils font des tours en mobylette, se droguent, font des bêtises avant de se ranger.

Bon, j’avoue, j’ai sauté quelques descriptions et refermé le livre quelque peu circonspecte.

Quand les grands écrivains se font tirer le portrait…

Le site Actualitté proposait le 19 août, en l’honneur de la journée de la photographie, quelques portraits d’écrivains tombés téléchargement (1)dans le domaine public. Alors si vous avez la curiosité de voir ou revoir les photographies de Georges Sand, Victor Hugo ou Guy de Maupassant, c’est ici.

 

Autoportrait par Emile Zola, 1902

A consulter aussi le beau livre  » Grands écrivains : les auteurs célèbres vus par de grands photographes » de Goffredo Fofi aux éditions du Chêne 2014.

M Train (avec les fantômes) de Patti SMITH

patti

 

 

 

 

 

 

Just Kids, un volet précédant des mémoires de Patti Smith racontait la genèse de sa vocation entrelacée à celle de son amour Robert Mapplethorpe dans le New York des années 1960-1970. Dans les premières pages du récit apparaissait  une citation de l’opéra « Tosca » :  « J’ai vécu pour l’amour, j’ai vécu pour l’art ». Quand je l’ai lu, je l’ai adoré (et je n’était visiblement pas la seule, vu le succès du livre) à cause de cette énergie qui lui a permis de démarrer de rien et de se déployer dans toutes les directions qu’elle a empruntées ensuite. Cette citation s’applique à « M Train » aussi.

Et bien, on retrouve la même Patti, des années plus tard, vivant avec le souvenir de son mari, le musicien Fred Sonic Smith (celui de la merveilleuse chanson « Frederick » sur l’album Wave ) et faisant des allers -retours vers leur vie commune. La description de cette relation est encore particulièrement touchante, comme celle avec Robert. Les amis de l’époque sont souvent partis (mais pas tous), les enfants grandis, donc, la solitude est plus présente.

« Nous cherchons à retrouver tel moment, tel son, telle sensation. Je veux entendre la voix de ma mère. Je veux revoir mes enfants quand ils étaient enfants. Petites mains, petits pas rapides. Tout change. Le garçon a grandi, le père est mort, la fille est plus grande que moi, elle pleure après un mauvais rêve. De grâce, restez pour l’éternité, dis-je à ceux que je connais. Ne vous en allez pas. Ne grandissez pas.»

Dans ce livre, on vit avec Patti au jour le jour, dans ses habitudes, ses cafés fétiches (la photo de couverture a été prise apparemment à l’occasion de la fermeture du café Ino où elle se rend alors qu’elle habite Greenwich Village), ses chats, ses grigris, son amour des séries télévisées dans les chambres d’hôtel !! (The Killing et Wallander en particulier). Guidée dans le monde par ses obsessions littéraires, elle traverse les océans pour se rendre sur les lieux habités ou désertés par ses idoles et ses mémoires deviennent un voyage à travers la littérature jalonnée par Haruki Murakami, Sylvia Plath, Roberto Bolano…et illustrés par ses polas en noir et blanc, véritables machines à remonter le temps. Ils semblent tout droits sortis d’une séance de spiritisme pour capter de fantômes qui sont présents et habitent les objets.

Quand elle perd un de ses manteaux :  » Peut -être ai-je absorbé mon manteau. J’imagine que je devrais être contente que, compte -tenu de son pouvoir, ce ne soit pas mon manteau qui m’ait absorbée. J’aurais alors l’impression d’être parmi les disparus, alors que je serai juste jetée sur une chaise, vibrante, pleine de trous »

patti2Pour certains lecteurs, peut être que sa vie à ce moment là est moins excitante qu’à l’époque de Just Kids, récit d’apprentissages, (elle a écrit des poèmes, fait du dessin, de la photo, et s’est faire connaître en tant que chanteuse performeuse et écrivain, à nouveau) où elle cherche son chemin et Robert le sien. Mais dans M train, elle est reconnue et toujours fidèle à elle même : optimiste, ancrée dans le réel et en connexion avec des puissances invisibles. Au début du livre, elle s’interroge sur la difficulté d’écrire sur « rien ». Il ne se passe parfois rien, mais c’est rempli de tant de sentiments et d’attachement et délivré avec tellement de style !

 

Alors, asseyez vous avec un petit café et laissez vous guider à bord de M Train, le voyage en vaut vraiment la peine.

Pour la description et la réservation , c’est là 

En bonus : la liste de ses livres préférés