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Cox ou la course du temps de Christoph RANSMAYR ; Trad. de Bernard KREISS

 

La Chine du 18è siècle , les voyages au long cours, les inventions merveilleuses du plus célèbre horloger d’Occident, Alistair Cox, voilà pour l’ambiance générale de ce roman au style très soigné.  Prenez votre temps, au gré de son long phrasé, car il en est question,  (de temps) : de ses différentes qualités selon les âges de la vie, des façons de le suspendre grâce aux mots, de le capturer grâce aux machines. Et justement, l’empereur Quianlong, souhaite élargir la palette de ses pouvoirs en en devenant le maître. Il missionne donc Cox et ses collègues anglais afin qu’ils lui fournissent l’horloge ultime, celle qui mesurera et domptera la course du temps dans toutes ses nuances mais qui lui restera réservée.

Prétexte à réflexion sur le pouvoir, ce livre se déroule sans grands fracas et son rythme est conditionné par les décisions du souverain, laissant l’esprit des horlogers reprendre le dessus et se laisser envahir par la mélancolie, les doutes sur le projet les éloignant de  l’instant présent.

En mettant leurs talents en commun, les trois maîtres en leur domaine, qui veillaient à présent leur compagnon défunt, demeuraient parfaitement capables de transformer  en mécanismes les souhaits d’un empereur.

Giuseppe Castiglione « Portrait équestre de Quianlong lors de la grande inspection de 1739 »

Ce roman hors du temps peut donc plaire à différents publics, j’ai même senti un frisson de fantastique à la Mary Shelley à un moment.

L’auteur s’est inspiré de l’ empereur Qianlong, souverain omnipotent, cultivé, poète et amateur d’Œuvres d’art. Cox a également existé mais sous un autre prénom.

A conseiller, donc , et pour le réserver et /ou voir une interview de l’auteur c’est ici !!

 

 

 

« La servante écarlate » de Margaret ATWOOD; Trad. de Sylviane RUE

 « Nous dormions dans ce qui fût autrefois le gymnase » (première phrase)

« Et donc je me hisse, vers l’obscurité qui m’attend à l’intérieur ; ou peut être la lumière » (dernière phrase)

Image extraite de la série « The Handmaid’s tale », 2017 produite par Hulu

Pourquoi ce livre en particulier ? Il fait partie de ceux  dont je n’avais absolument jamais entendu parler avant de travailler en médiathèque et que j’ai dans la PAL des classiques.  Parce que c’est une magnifique  dystopie du niveau de  « 1984″ avec lequel elle partage des thèmes communs. Ajoutez à cela le coup de projecteur dû à l’adaptation en série cette année avec l’excellente Elizabeth MOSS et, coup de massue, le prix que l’auteure Margaret ATWOOD a récolté cette année et voilà, je l’ai enfin lu.

Defred (comme « de Fred »)  décrit sa vie dans une société post catastrophe nucléaire . A Gilead règne la dépersonnalisation et le contrôle généralisé en réaction  à la frivolité de la société précédente, aux déréglements de l’indépendance, de l’amour et  de la lecture . Mais Defred n’a pas oublié sa vie d’avant, son mari et sa fille dont elle n’a plus de nouvelles.  Elle y pense quand elle regagne la chambre de servante qu’elle occupe dans la maison de ses maîtres où elle vit. La société régie par les préceptes rigoureux qui la divise,  lui a imposé de prêter son ventre pour donner porter les enfants des castes supérieures stériles. Mais le ver est dans le fruit , venu du passé et de son goût de liberté individuelle. Va -t-elle se révolter et si oui, jusqu’où ?

The Royal Winnipeg Ballet interprète La Servante écarlate

Comme dans les autres récits dystopiques, le personnage principal, privé de son identité se fait le messager de nos envies de révolte et parfois, on lui reproche de ne pas aller assez loin. Justement, Defred se montre assez nuancée à cause de son passé et elle n’a pas repris le flambeau de la lutte féministe de sa mère. Elle essaie de comprendre les personnes et les hommes y compris et les considère avant tout comme des humains. Ces nuances dans les personnages font que ce n’est pas seulement un livre féministe et c’est pour cela qu’il est complexe.  L’auteur a puisé dans le réel : un régime où  des femmes perdent les premières leur indépendance, et une partie des hommes en profitent mais au même titre que des régimes politiques ou des pouvoirs religieux ayant existé  (nazisme, communisme…)

Le Jardin des délices env1495-1505 Jérôme Bosch

 

Pas étonnant que l’actualité récente (aux Etats-Unis notamment) ait fait penser à ce livre qui se pose là en matière de classique ! Encore un coup de cœur !

A ce sujet : un article supplémentaire du site Usbek et Rica

Sur Actualitté.com  un article publié à l’occasion du Salon du Livre de Francfort où  Margaret ATWOOD a reçu le Prix de la Paix des Editeurs et libraires allemands)

Pour voir le résumé ou/et réserver sur le catalogue de la MD68, c’est