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« Retour à Little Wing » de Nickolas BUTLER ; trad. de Mireille VIGNOL

Sur les conseils de ma collègue Bénédicte,  ce titre a eu le droit de faire partie de ma PAL d’été ! (à venir). Tous les ingrédients font de ce livre un candidat à une adaptation (les droits achetés, mais pas de tournage encore) : une bande de potes qui ont grandi dans un  patelin agricole plus ou moins touché par la crise. Ici, c’est Little Wing, enfoui au fin fond du Midwest américain. Certains ont voulu s’en échapper, d’autres y ont construit leur vie d’adultes. A l’occasion du retour dans le cadre d’un projet d’investissement local  de Kip, le plus arrogant, ils se retrouvent.

 

Schéma assez classique : c’est l’occasion de faire des bilans, d’essayer de régler certains contentieux, d’éclaircir des zones d’ombres, de faire des retours nostalgiques vers le passé commun. C’est un secret révélé qui va provoquer la  crise la plus importante, et apporter une dose de hasard vital.  Les chapitres sont chaque fois consacrés à un des personnages qui prend la parole pour faire des allers-retours entre passé simple et présent souvent complexe. C’est plutôt un roman centré sur les hommes qui révèlent ici leurs failles, leurs projets, leurs jalousies, leurs difficultés à communiquer, le tout dans une langue simple mais précise dans la psychologie. Le portrait de Beth, qui forme le couple le plus soudé avec Hank est aussi très bien, avec ce qui y a d’énervant dans les couples qui ont l’air parfaits !

Au début, j’ai trouvé tout cela un peu léger, mais l’histoire prend de l’épaisseur au fur et à mesure que certains éléments viennent déstabiliser l’échafaudage et que la porte s’ouvre sur certaines pensées fatales. Les amis sont suffisamment différents pour rendre le tableau crédible et c’est aussi sur l’empathie que se construit l’attrait de ce livre. On arrive forcément à s’identifier à l’un d’eux, même à plusieurs, selon les moments.  surtout quand on vient d’une famille moyenne, après avoir vécu dans une petite ville, ce qui est arrivé à beaucoup de lecteurs et à l’auteur, amoureux de cette région et qui y vit.. Le portrait de Lee, le musicien devenu célèbre a été inspiré par Justin Vernon et là , je ne résiste pas à un petit partage de  « Holocene » de ce superbe musicien  qui a fréquenté la même école que Nickolas Butler.


Pour finir, c »est aussi le portrait en filigrane de la ville et de certains américains.

LEE « Pour moi c’est ça, l’Amérique : des pauvres gens qui jouent de la musique, partagent un repas et dansent, alors que leur vie entière a sombré dans le désespoir et dans une telle détresse  telle qu’on ne penserait jamais qu’elle tolère la musique, la nourriture ou l’énergie de danser. On peut bien dire que je me trompe, , que nous sommes un peuple puritain, évangélique et égoïste, mais je n’y crois pas. je REFUSE  d’y croire »

Donc, un très bon livre, pas révolutionnaire, mais très attachant.

Il a reçu le Prix Page/America 2014, son Titre original : « Shotgun lovesongs »

A retrouver sur  Calice 68,  le portail des Bibliothèques du Haut-Rhin !

« La Forteresse impossible » de Jason REKULAK ; Trad. par HéloÏse ESQUIE

 

La première forteresse, c’est les filles ! En la matière, Billy et ses deux amis surnagent en pleine adolescence et sont totalement innocents. Leur quête du Graal, c’est le dernier numéro de Play Boy que défend, de l’intérieur de sa boutique, le père de Mary, jeune fille un peu atypique dans le tableau des jeunes filles arborant les brushing impeccables des années 80. Elle partage avec Will la passion pour les jeux vidéo et va lui proposer au jeune garçon sensible de l’aider à développer le sien . Autres  forteresses à prendre, donc (la création du  jeu et la fille). Quelle sera la priorité de Will ?

Un roman très agréable, plein de l’ambiance des films américains des années 80 avec leurs bandes d’ados en pleine mutation plus ou moins monstrueuse (revus à l’occasion de la série  Stranger things., par exemple). Donc, replongée dans la culture populaire où je barbotais il y a quelques dizaines d’années. La montée en puissance de l’informatique , encore réservée à des initiés, donc peu pris en considération par le système scolaire (ce n’est pas un métier) et les parents est bien vue,

 

 

Will , le narrateur, n’hésite pas à prendre des risques pour arriver à ses fins, avec déceptions, râteaux, victoires, on avance par niveau et mondes différents.L’histoire manque peut-être de suspens (on perçoit que sa quête va aboutir ce qui risque d’en décevoir quelques uns, mais on se laisse aller agréablement sur la pente optimiste du récit (pour les autres) en suivant notre héros. Le roman emprunte la structure d’un jeu ou d’un récit de fantasy transposé au 20è siècle et, c’est bien fait. Chaque chapitre s’ouvre sur des lignes de code correspondant au contenu de ce qui va suivre.

Souris sur le gâteau, le jeu crée par Will et Mary « La forteresse impossible »est jouable en ligne, en vrai !

Pour voir le résumé et , peut être, le réserver : c’est ici, Calice, le catalogue des médiathèques du Haut-Rhin

« Je m’appelle Lucy Barton » de Elizabeth STROUT ; trad. par Pierre BREVIGNON

« Tout dans la vie m’éblouit » .

C’est avec cette phrase que s’achève ce merveilleux roman qui vous fera explorer la solitude la plus désespérée remplie par l’amour le plus inconditionnel.Pourtant Lucy, la narratrice, pourrait ne pas avoir fait tout ce chemin pour arriver à cette déclaration. Son départ dans la vie dans une famille  meute vaguement constituée dans une petite ville des Etats-Unis aurait pu infléchir son parcours vers une violence répétitive. Mais non, elle a choisi de ne pas faire de ce handicap le prétexte d’une aigreur facile. Elle ne fait pas la morale aux autres parce qu’elle connaît ses faiblesses et elle avance vers sa liberté, forte de sa carapace personnelle.

 

 

Au centre du livre, le déclencheur, c’est la visite surprise de sa mère à l’hôpital où Lucy fait un séjour assez long. Elle apparaît alors qu’elles ne se sont pas vues depuis longtemps. Des choses graves sur le passé, mais aussi des choses frivoles vont être prononcées par les deux femmes sans que cela soit dramatisé à aucun moment. Cela se fait parce que cela doit être fait maintenant entre une mère et sa fille dans une approche très bouddhiste. On fait les choses sans ressentir leur poids, loin d’un sacrifice à faire payer. C’est ce qui donne au roman sa richesse, la tension entre ce qui pourrait faire l’objet d’un déluge de bons sentiments et la retenue des phrases simples. Un peu comme une sculpture de Giacometti.

« Je crois que je n’oublierai jamais cette vision : ma mère assise dans l’obscurité, les épaules légèrement ployées par la fatigue, mais assise là, avec toute la patience du monde. – Maman…, ai-je murmuré, et elle a agité les doigts. Comment as-tu fais pour me trouver ? Ca n’a pas été facile, m’ais j’ai une langue dans la bouche et je m’en suis servie »

La vie dans la famille n’a pas été comme un long fleuve tranquille. Le doute est permis, les souvenirs flous, mais certains sont précis et déterminant qui feront la force de Lucy

 » j’ai retrouvé ma mère , qui m’a expliqué que mon frère avait été surpris vêtu d’une robe à elle, et que c’était dégoûtant, et que mon père lui donnait une bonne leçon, et que Vicky avait intérêt d’arrêter de hurler. Je ne me souviens plus Alors je suis partie avec Vicky dans les champs jusqu’ à ce que la nuit tombe et que nous ayons davantage peur du noir que rentrer chez nous. Je ne suis toujours pas certaine que ce soit un souvenir réel, mais je le sais, je crois. » suivi de  » Ce soir là, mon père se trouvait à côté de mon frère dans la pénombre et le tenait comme on tient un bébé, le berçant doucement sur ses genoux. et je ne distinguais pas lequel pleurait et lequel chuchotait. »

Puis, quand elle a commencé à écrire, elle a reçu des conseils d’écrivains à propos de son roman parlant de son enfance dans des conditions matérielles et psychologiques dures.

« Les gens vous reprocherons de parler à la fois de la pauvreté et de la violence domestique. quelle formule stupide « violence domestique » Quelle banalité, quelle stupidité. On peut très bien être pauvre sans être violent et vous ne leur répondrez jamais rien. Ne défendez jamais votre travail. Votre histoire parle d’amour, vous le savez bien »

Le jour où Sarah Payne nous a conseillé de nous présenter devant la page blanche dépouillés de tout jugement, elle nous rappelait qu’on ne sait jamais, qu’on ne saura amais ce que ça peut être de comprendre pleinement une autre personne.

A l’heure de l’explosion du secteur du bien être dans les rayonnages des libraires et bibliothèques, ce livre, peut très bien être proposé dans la catégorie « feel good books », en tout cas, c’est ce qu’il fait à sa manière avec ce personnage magnifique qui m’a fait penser à celui du livre de Carrie Snyder « Invisible sous la lumière ».

Elizabeth STROUT a également écrit « Olive Kitteridge », (Prix Pulitzer 2009),  autre personnage remarquable mais moins dans la compréhension adapté en série avec la fantastique Frances McDormand !

Réservation et résumé ici

« Inconnu à cette adresse » de Kressmann TAYLOR ; trad.de Michèle LEVY BRAM

A l’origine de cette lecture, un post sur un groupe Face Book à recommander, « La vraie vie, c’est la littérature », où les commentaires sont souvent sources de découvertes, y compris de classiques !  Et c’est le cas pour ce livre cité par  Nathalie, une de mes collègues et revenant souvent dans les références d’autres bibliothécaires plus aguerries que moi, je m’en suis aperçue après ! Un petit format et donc, une lecture pouvant être menée en même temps que d’autres en cours…

 

Au départ,  des lettres ayant véritablement existé entre des allemands retournés au pays et d’autres, partis vivre ailleurs, souvent pour monter une affaire avant les années 30 alors que des vents mauvais commençaient déjà à souffler sur l’Europe. Ici, Max est le juif resté en Californie pour gérer la galerie d’art  montée avec Martin qui, lui, va retourner enrichi en Allemagne et représenter le patriote. La prouesse réalisée ici est de voir la dégradation très rapide des relations, au départ fraternelles, entre les deux associés à travers leur correspondance . Elle traduit très concrètement l’évolution entre 1932 et 1934, du statut des juifs en arrière plan historique. La montée en puissance de l’ idéologie nazie dans les esprits des allemands qui s’y abandonnent et tentent de sauver leur peau en essayant de composer avec les nouvelles règles (parfois ça leur réussit, parfois, c’est un échec).  On voit le retournement de Martin qui, veut préserver l’édifice familial à tout prix, sa compromission volontaire et surtout la perte  de son amitié avec Max.

 

C’est glaçant, on voit arriver les malheurs, mais pas forcément ceux qu’on avaient imaginés.

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Membres de la SA apposant sur la vitrine d’un commerce juif des pancartes proclamant :
« Allemands ! Défendez-vous !
N’achetez pas chez les Juifs ! »Plakate mit der Aufforderung « Deutsche, wehrt euch, kauft nicht bei Juden » angebracht.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être conseillé à des amateurs de documentaires historiques. Si vous voulez en savoir plus ou/et réserver, c’est ici

« LES FURIES » de Lauren GROFF; Trad. de Carine CHICHEREAU

Le titre original  « Fates and Furies » (Fortunes et Furies) n’a rien à voir avec « Fast and furious », à part qu’il illustre l’humour dont peuvent faire preuve les deux personnages et leur amour des formules (1). Ou alors le caractère irrésistible et furieux de leur destinées.  

 

Ces deux là : Lotto et Mathilde forment un couple glamour et brillant envié de tous qui, lorsqu’il ne suscite pas de jalousie, provoque les questions. Comment font-ils pour être si parfaits, si beaux, si amoureux, pour réussir professionnellement ?  Mathilde est dévouée à son mari habité par Shakespeare et devenu dramaturge à succès. Et c’est étrange lorsqu’on est intelligente et lucide comme elle.

 

Il y a certainement des failles, il y en a dans tous les couples. L‘auteure va se faire un malin plaisir à démonter la superbe mécanique pour nous et à remonter vers les origines de la création de ces deux personnalités façonnées par leur volonté de s’extirper d’eux mêmes. Parce que même s’ils semblent bénis des dieux, ils ont baignés dans le drame et la souffrance originels.

Après une lecture par le professeur de littérature :

Une pièce inconnue s’illumina à l’intérieur de Lotto. Voilà la réponse à toutes ses questions. On pouvait laisser son moi de côté et se transformer en quelqu’un d’autre. On pouvait réduire au silence la chose la plus effrayante du monde.- une classe d’adolescents. Lotto errait dans le vague depuis la mort de son père. En cet instant, il retrouva toute son acuité.

La mère abusive de Lotto  participe activement à cette ambiance tragique et désespérée dont on veut se libérer à tout prix.

Les fêtes avec leurs amis « fidèles » se succèdent à toutes les époques et les masques tombent pour notre plus grand plaisir  au cours de ce superbe thriller psychologique dont la victime est le couple.

Couverture de l’édition US

Pour voir le résumé ou réserver , c’est ici

« Wendigo » de Graham MASTERTON ; trad. de François TRUCHAUD


Pour amateurs de littérature bien trempée et pour changer du roi Stephen King : un  titre mêlant enquête sur des disparitions d’enfants, surnaturel et chamanisme. C’est justement  ce genre d’atmosphère du  livre qui a attiré ce lecteur de 40 ans environ. Il s’est lancé et l’a emprunté dans une médiathèque 🙂 car il ne connaissait pas l’auteur. Il lit un livre par mois alors qu’étant enfant, il ne lisait pas.

Il n’a pas été déçu par l’histoire, même si le style de l’écriture un peu simpliste ne l’a pas emballé.

Si vous voulez en savoir plus et /ou l’emprunter, c’est par

Bénédicte WK

Mrs HEMINGWAY de Naomi WOOD ; Trad. de Karine DEGLIANE O’KEEFFE

Kurt HUTTON STRINGER

Le vieil homme et le père

1ère phase du livre : Tout, désormais , se fait à trois. Dernière phrase : Nous y sommes, . Le monde n’existe plus.

Entre les deux, ses quatre femmes feront le récit de leur vie plus ou moins commune avec Hemingway, se croiseront et apprendront à se connaître. Chaque chapitre correspond à une de ces femmes et les allers-retours non chronologiques  à l’intérieur de  chaque partie se font très naturellement. En effet, chacune ayant connu au moins la précédente directement pendant une période de vie à trois, les approches sont très diverses et complémentaires.

On apprend à connaître le  monument dans tous les sens du terme. Excessif dans son besoin maladif de compagnie, dans son alcoolisme, sa vitalité, sa violence et son besoin vital d’écriture, il l’était. Ce n’était visiblement pas un cliché parlant de cette personnalité énorme aux multiples facettes qu’on a envie d’insulter parfois tant il a une conduite déplacée et infantile. Dans la bande d’amis partageant  fêtes et gueules de bois, des années folles aux années 60, de Paris à Cuba, on croise Scott Fitzgerald et sa femme Zelda qui, on l’ apprend,  n’appréciait pas Ernest. Au passage, les noms d’animaux dont certaines l’ont affublé semblaient un peu mal taillés pour lui : Et vas y « mon agneau » . Un peu  décalé pour  l’homme, même dans son rôle de mari ! Le livre fait le portrait de quatre femmes très différentes les une des autres, même si l’attention se tourne toujours vers Ernest.

 

Par exemple, Martha, la plus indépendante n’a pas supporté sa phobie de la solitude et son besoin de se faire materner.

« Ses mariages ne se finissent jamais à deux. Il faut toujours qu’ils se terminent par un jeu a  trois, pense t- elle avec amertume »

Couverture originale

La tragique page blanche

Et cette fragilité s’est aussi  manifestée par des pannes d’écriture. Cela constitue un des moments les plus poignants du livre, au moment où le Président Washington lui écrit . Ernest doit lui faire une simple réponse. Et il est au plus profond de son désespoir. Il n’y arrive plus alors qu’il en a un besoin vital.

Pour lui,  perdre sa capacité à écrire, c’était perdre sa capacité à libérer son esprit de ses angoisses . Écrire, c’était comme entrer dans une maison magnifique : un lieu propre éclairé où la lumière tombait en de grands faisceaux blancs sur de  beaux parquets en bois. Écrire, c’était se sentir chez soi, c’était y voir clair. « 

Son père se serait suicidé et il luttait pour ne pas sombrer avec lui, entrainé par le poids de  ce mystère dans une dépression récurrente qui l’a mené à faire le choix de mettre fin à ses jours.

Donc, voici un livre que je conseille aux lecteurs amateurs d’histoires d’amour, d’histoire du 20è siècle, d’Hemingway et d’écriture. Si vous voulez réserver, c’est ici

Dans ses romans, je vais commencer par « Le soleil se lève aussi » à réserver ici

En début d’année, nous avions chroniqué un livre consacré à Fitzgerald et sa femme « Derniers feux sur Sunset »  de Stewart O’NAN

Bénédicte WK

Une comédie des erreurs de Nell ZINK; Trad. par Charles RECOURSE

Mais qu’est ce que c’est que ce livre ? Je m’attendais à de l’humour  (vu le titre en français, on peut s’y attendre), et c’était ce que je recherchais.  Comme d’habitude avec l’humour, j’espérais que ça colle avec le mien, (d’humour) ! D’emblée, le titre en anglais laisse  place à une interprétation plus dramatique du contenu :  « Dislaid » veut dire Egaré, paumé, donc, pas forcément hilarant comme scénario. La couverture laisse entrevoir des grincements. Donc, suspens … Finalement, double réussite : en plus d’être souvent très drôle, l’écriture inventive et précise fait mouche, les dialogues aussi ! Pourtant, comme souvent, l’air de pas y toucher, les péripéties traversées par les membres de  cette famille éclatée et dysfonctionelle pourraient les mener à  finir dans un désespoir complet. Ils pourraient subir de plein fouet la discrimination ambiante (raciale, antifemme, anti homo).

Ce qui fait avancer les choses, ce n’est pas que les homos ou les noirs puissent ouvrir un bar à jus d’herbe frais bio, mais qu’ils puissent proposer des choses de première nécessité

Mais ils choisissent, même mal, et assument leurs choix en tordant la réalité s’il le faut ! La mère usurpe l’identité d’une fillette noire décédée pour pouvoir démarrer une nouvelle vie avec sa propre fille alors qu’elle n’est absolument pas noire. Et ça passe,, parce qu’aux USA, à une période, une seule goutte de sang noir pouvaient vous faire classer comme tel vis à vis de l’administration !

Pourtant, comme chez John IRVING,  les personnages sont animés par une vitalité et un amour infini qui les fait avancer jusqu’au dénouement.

Et l’ humour détaché utilisé par l’auteur  permet de dédramatiser toute sorte de situations « sérieuses » (y compris les scènes de sexe.)

Le modèle de famille « classique » est froissé, mais celle qui est montrée ici fait bien partie des familles !

Un roman qui fait du bien, donc. Drôle et profond en même temps !

Pour voir le résumé et réserver, c’est ici

 

« Dans la forêt » de Jean HEGLAND ; Trad. de Josette CHICHEPORTICHE

Avec ce merveilleux livre, vous ne verrez plus la forêt comme avant. Ou peut être que si, comme dans les contes pour enfants ou un peu comme la population qui la côtoyait  quotidiennement auparavant. : belle, réconfortante, nourricière, mais  pleine de dangers.

Si vous aimez les romans post apocalyptiques, vous pourrez vous trouver en terrain connu puisqu’il est question de suite d’événements qui font que la société américaine s’écroule sur elle même et d’autosuffisance.  Mais c’est bien plus que cela. C’est un roman sur les choix à faire, les erreurs et ce qui fait qu’au final, on devient soi même : les livres, les passions, les relations, les renoncements, les événements extérieurs qui nous poussent à habiter notre vie.

D’ailleurs, la mère répétait de son vivant : « C’est ta vie », lorsqu’il fallait faire des choix..

La maison familiale de Nell et Eva, qu’elles habitaient avant le grand changement reste leur foyer au cœur de la forêt et elles vont apprendre ensemble à se passer de tout ce qui les a construites depuis toujours : la civilisation, leur culture, tout ce qui les faisaient tenir et envisager leur avenir : la danse pour l’une, les études pour l’autre »Le passé n’existe plus, il est mort »

Elle a exécuté une danse qui se débarrassait  de la danse classique comme une peau devenue trop grande et laissait la danseuse fraîche et joyeuse et courageuse.

Elles vont s’en séparer pour trouver leur propres marques, en apprivoisant leur environnement (culture et cueillette sauvage au programme). Tout ça se fait souvent dans la douleur physique et morale. Ce livre est rempli de détails concrets sur les méthodes d’autosuffisance issues parfois d’un des livres de leur bibliothèque et les corps y sont  très présents. Mais ce qui est magique aussi, c’est cette façon de nous faire si bien partager les pensées intimes de Nell (le livre est constitué de son journal) et ses doutes dans son évolution. La relation fusionnelle qu’elle entretient avec sa sœur est parfois chaotique et la distance qui s’installe parfois entre elles est admirablement palpable de même que ce qui les attire puissamment l’une vers l’autre.

Ici, la nature ne se donne pas spontanément, elle peut être est hostile  et ne fera partager son énergie qu’après longtemps. la souche géante proche de la maison a été abattue par les hommes mais continue à constituer un refuge pour les soeurs  .

California_redwood_trees_inside_a_giant_redwood_looking_up_at_holes CC

 L’ordinateur était une boîte pleine couverte de poussière…aussi retournais-je aux romans pour me nourrir de pensées  et d’émotions et de sensations, pour me donner une vie autre que celle en suspens qui était la mienne.

Au moment de se sélectionner les livres à emporter, Je les aimais tous. J’aimais l’odeur et le poids de chacun d’eux, j’aimais les couleurs de leur couverture  et le toucher de leurs pages. J’aimais tout ce  qu’ils représentaient pour moi, tout ce qu’ils m’avaient appris, tout ce que j’avais été à leur contact.

 

C’est ça l’histoire, dit mon père , elle pourrait être mieux, elle pourrait être pire. Mais au moins, il y a un bébé au centre »

Ce que je sais, c’est qu’elle me convient parfaitement, cette histoire, et j’espère qu’elle habitera de nombreuses personnes après sa lecture !

Une partie de la sélection de Nell : Poésies complètes d’Emily Dickinson, Contes de Grimm ; L’origine des espèces ; Sous la neige ;  Howl ; Orgueil et préjugés ; Les Aventures de Huckelberry Finn ; Un guide des oiseaux d’Amérique du nord ;  Œuvres complètes de Shakespeare (achetées par la MD68 cet été !) ;  Troisième Reich, des origines à la chute ;  Les Hauts de Hurlevent.

Un bel article de Télérama sur les forêts dans les contes

Suivez le lien pour le résumé et la réservation sur le catalogue de la MD68

 

Ceci n’est pas une histoire d’amour par Mark Haskell SMITH ; Trad. de Julien GUERIF

histoire-damour

 

« Cru – Une histoire d’amour » : c’est la traduction littérale du titre. J’aime bien la traduction qui a  été retenue. Elle révèle justement la complexité du roman.  Je dirai même plus, dans le même esprit que Magritte, tous les éléments sont là pour que ce soit une histoire d’amour, (deux jeunes gens que tout un tas de clichés séparent à la base qui devraient vraisemblablement tomber amoureux).  Mais ça reste de la fiction, tout comme la téléréalité et le monde des romans  qui sont tous deux  l’objet de l’humour dévastateur de l’auteur, Mark Haskell Smith.

Tableau de Magritte "Ceci n'est pas une pipe"

 

D’un côté, on a  Harriet , critique littéraire très à cheval sur la qualité littéraire et crainte dans le milieu éditorial et de l’autre, Sepp, jeune homme invité à dévoiler ses magnifiques abdominaux à l’occasion de toutes ses rencontres avec ses lectrices plus ou moins sages. En plus d’être la vedette d’une émission de téléréalité relatant sa relation surtout sexuelle avec une jeune femme,  il est en effet, l’auteur (officiel) Du Best seller du moment, inspiré du show. Mais on ne la fait pas à Harriet. Après avoir ouvert le livre avec des pincettes, (ceci n’est pas de la littérature, elle a peur de se salir), elle a repéré  une plume géniale derrière ce récit et n’a qu’une idée en tête : retrouver le véritable auteur et dévoiler son identité au grand jour. En faisant cela, elle veut mettre fin à cette pratique qui gangrène le monde de l’édition. Mais, embarquée avec Sepp dans un road trip sexuel échevelé, elle va (enfin) se découvrir.

Ce livre est malin, il se sert des clichés partagés par une partie de  ses lecteurs et par les deux personnages principaux : Harriet , au contact de Sepp se révèle une bête de sexe, alors Sepp, par contre, est délicat et s’ouvre à la littérature à son contact.

Elle réalisa qu’elle avait finalement dépassé le stade intellectuel. Elle nourrissait toujours des pensées riches et profondes mais y avait intégré une dimension physique

Pour cette thématique, ça m’a fait penser à un de mes films fétiche : « Le goût des autres » où les clichés tombaient au fur et à mesure que le personnage principal (bien terne au début) renaissait après avoir obtenu l’attention d’une seule personne.

Par contre, dans ce roman qui n’est pas aussi léger qu’il n’en a l’air, tout le monde est épinglé, c’est beaucoup plus drôle et l’écriture est un plaisir !

A réserver ici : Ceci n’est pas une histoire d’amour