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Annabel de Kathleen WINTER . trad par Claudine VIVIER

Un thème très américain : la maîtrise de son destin traité ici avec beaucoup de sensibilité. A sa naissance, Wayne est hermaphrodite. Son père décide d’en faire un homme en optant pour une opération. Mais en secret, et dans sa relation avec sa mère et la meilleure amie de celle-ci, il agit « comme une fille ». Les longues absences de son père, trappeur, lui laissent la possibilité de se laisser envahir par cette « nappe souterraine »   qui va prendre toute sa place à l’adolescence. C’est à ce moment qu’il prend la décision d’arrêter complètement son traitement . Parallèlement, son amie d’enfance se fraie également son chemin pour concrétiser ses rêves. Tout au long du livre, le poids de la société se fait ressentir et le père en est aussi la victime, dans sa poursuite de son idéal d’homme à transmettre à son fils. J’ai beaucoup aimé les moments où il doit agir en fonction de cet impératif écrasant et qu’il laisse les animaux sauvages lui dicter la voie la meilleure pour son enfant. Ca a l’air un peu allumé, mais n’oublions pas qu’il est trappeur, le gars !  Le personnage de la mère est moins intéressant car moins paradoxal, mais il l’est tout de même, intéressant !  Au final, un livre d’apprentissage dont la musique est encore présente un an après la lecture.

 

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Auteur Joshua EARLE Creative Common

Le fils de Philipp MEYER ; trad. par Sarah GURCEL, 2014

ciel désert-cloudy-4607-525x350Même si ce roman se déroule sous le soleil du Texas, il est profondément sombre. Ses personnages dont les histoires se déroulent en se croisant et en s’alimentant les unes des autres espèrent une vie meilleure à chaque fois, mais l’histoire (la grande et celle de leur famille) les rattrappe et il vaut mieux faire partie du groupe dominant à ce moment là. Ce récit nous conte la vie de trois personnages membres d’une puissante famille texane, les MacCullough à plusieurs époques : du milieu du 19è (après que le Texas ait quitté le giron du Mexique) jusqu’à nos jours.

Le premier, Eli se fait enlever par un clan apache pour en devenir un membre à part entière durant trois années. Il restera marqué par leur culture d’où un hédonisme revendiqué et un goût pour les activités solitaires et/ou de pleine nature. Là, le rapprochement avec « « Danse avec les loups » (le film) mais aussi le  livre ou avec  « Little Big Man » (le ‘film) ou le livre  est tentant. Mais, dans le roman de Meyer, certaines tribus indiennes sont présentées comme pouvant être très cruelles envers des clans différents et envers les américains également (massacres de famille, scalps). Au passage, les coutumes et l’organisation sociale des apaches sont très documentées et on est loin des westerns classiques puisque la cruauté n’est pas seulement le fait des indiens. D’ailleurs, tout au long du livre, elle change de camp selon les époques et les biens à s’accaparer : chevaux, terres, têtes de bétail, puis pétrole. Donc, pas d’angélisme,  » la seule différence, entre les blancs, les mexicains et les indiens : les premiers agissent pour leur intérêt individuel, les deuxièmes dans celui de leur clan et sans hypocrisie.  On pouvait bien massacrer et piller : du moment que c’était pour ceux qu’on aimait, c’était sans importance. Pas de psychose traumatique et de regard vide, chez les Comanches – tout ce qu’ils faisaient visaient à protéger leurs amis, leur famille, leur bande. La « fatigue du combat » était une maladie de Blancs, eux qui combattaient dans des armées lointaines pour des hommes qu’ils ne connaissaient pas. » Les mexicains sont, après les indiens, les victimes des américains. Le deuxième personnage dont l’histoire nous est compté, le fils d’Eli, sera un homme doux droit et révolté contre un père sans aucune morale. Sa petite fille, perpétuera la tradition familiale à la tête d’un empire pétrolier qui participera, après les ranchs monstrueux, véritables royaumes des plaines, à dilapider la terre à laquelle les indiens étaient si attachés. Donc, c’est brutal, poussiéreux, sensuel et c’est l’histoire de cette partie des Etats-Unis qui vous attend et vous empêchera de lâcher ce grand livre.

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Une critique sur un autre site : le fils de philipp meyer