Archives de mots clés: Roman italien

Le chien, la neige, un pied de Claudio MORANDINI ; trad. par Laura BRIGNON


Le mytho de la caverne

 

Pour écrire ce livre sec et entêté comme un arbre de montagne, l’auteur est parti des paroles de villageois à propos d’un homme solitaire installé dans un chalet d’alpage : Adelmo Farandola. Ce misanthrope a choisi de vivre isolé et de se mêler le moins possible à ses semblables. Par contre, il recueillera un chien philosophe, plus humain que lui et avec qui il dialoguera au quotidien de façon fructueuse et souvent humoristique. Au centre de leurs préoccupations : la survie en milieu hostile et la découverte d’un pied dans la neige. A qui appartient -il ? Adelmo est-il impliqué dans cette disparition? Tel est le fil conducteur de l’histoire.

 

 

La montagne oppose ses contraintes et rythme la vie d’Adelmo,  mais en même temps, elle  est une alliée de choix qui lui fournit un rideau de solitude bienvenue.

Un des charmes de ce livre : le contraste entre la rudesse d’Adelmo,  fermé sur lui même et certains aspects enfantins et légers de ses attitudes, révélés par le chien. Et le style tour à tour terre à terre et  poétique.

Adelmo et son chien sans nom parlent de la fonte des neige qui laisse apparaître des cadavres, au printemps :

« C’est comme si on voyait pousser les poils d’une barbe, dit un jour Adelmo – Comment ça ? – Les bouts de pattes, ils poussent comme des poils- Ah, je comprends, dit le chien, qui n’a pas compris »

Dans ce livre, on entend d’autres paroles animales, et  des paroles d’outre tombe !

Autre personnage cité dans le titre :  le pied. Au fur et à mesure, il  dévoilera son propriétaire et obligera notre ours à sortir de sa tanière, poussé par son chien.

Ce n’est pas un livre macabre comme pourrait l’être un polar sanglant, c’est plutôt une danse macabre . D’ailleurs, Adelmo ne s’appelle -t-il pas Farandola ?

J’avais déjà chroniqué un livre sur un homme des montagnes : Une vie entière de Robert SEETHALER

Pour voir le résumé et /ou réserver, c’est !

 

70 acrylique 30% laine de Viola DI GRADO ; Trad de Nathalie Bauer

La puissance des titres a encore frappé : cette grande lectrice quinqua, amatrice de couture s’est décidée chez un bouquiniste (oui, il y en a encore, mais ils sont moins médiatisés ) après l’avoir lu sur la couverture ! Elle vient de commencer sa lecture et ne peux que juger sur le style.

Il est imagé et poétique et, du coup,  le côté sombre de l’histoire passe bien.

Cette lectrice  utilise le TER pour se rendre au travail.

Voir le résumé ou/et réserver sur le catalogue de la MD

« Mio Padre » de Rossana CAMPO ; Traduit par Anaïs Bouteille- Bokobza

La jeune fille au pneu, Valea Plopilor, Jud. Guirgiu, Roumanie, 18 mars 2005

Etre ou ne pas être normal : telle est la question.

Un thème classique mais traité de l’intérieur puisque l’auteur parle d’elle même et de sa relation passionnée avec celui que la plupart considère comme un moins que rien : son père Renato. Et à bien des égards, c’est vrai : lâche, autodestructeur, égoïste, alcoolique, menteur. Bref, un père en dessous de tout à l’aune de la normalité et faisant souffrir sa famille. Elle le traîte de « taré ».

Pourtant, c’est de cette flamboyance héritée de lui qu’elle tirera l’énergie créatrice qui fait d’elle un écrivain et rien d’autre. C’est violent, souvent et parfois avec les éclairs fulgurants de la chaleur irremplaçable entre un père et une fille. Parce qu’après tout, ils s’aiment.

« Voilà, malgré tout, Renato me venait en aide, parce que parmi les vivants qui m’entouraient, il représentait une bouffée d’air, la rébellion, la tentative de vivre pour ce que nous sommes et non pour ce que les autres attendent de nous »

Ce rôle d’écrivain, elle sait que c’est le seul pour lequel elle soit faite et quand elle pense à faire une psychanalyse, le docteur l’en dissuade en lui lisant du Virginia WOOLF parce que, sa place, c’est de ne pas en avoir, (à l’inverse de la majorité) !

« J’ai soudain senti que, excepté les livres, il n’y avait pas d’endroit pour moi dans le monde, pour ce que je suis, pour la façon dont je sens les choses, pour comment je pense à la vie, pour ce que j’ai à l’intérieur. Il n’y a pas d’endroit dans l’univers où je puisse vivre. »

De place, il est encore question ici :  les parents de Rossana viennent du Sud de l’Italie et s’installent au nord. Ils seront toujours considérés comme des « Culs terreux ». Le fait d’avoir des ancêtres gitans du côté de son père attise cette attirance pour le désordre et la liberté qu’elle partage avec lui. Autre point commun : il écrit également et remplit des carnets de poésie depuis ses années en tant que soldat et qu’il a vu littéralement son ami d’enfance exposer à côté de lui.

La mère, évidemment semble  bien plus raisonnable que ces deux là et souffre de la situation, elle qui est plus « normale » et rigide, mais contre le besoin de liberté de son mari incontrôlable, elle ne peut pas grand chose (ça se passe dans les années 60-70, en plus ). On retrouve l’ambiance si bien décrite par Elena Ferrante dans « L’Amie prodigieuse » et ces familles pauvres la plupart du temps qui arrivent à bricoler pour avancer ensemble, finalement mais au prix de grandes souffrances pour certains.

Rossana, nous fait partager sans fard ce lien incomparable et vital qui l’unira à son père.

 « Voilà mon histoire : il y a toujours quelqu’un, un « normal » qui vient me dire à quel point mon père est un salaud, à quel point il est absurde d’avoir un père comme le mien…La vie me rappelle toujours qui je suis, d’où je viens et ce que je porte en moi ».

Les autres, ce ne sont que des « visages pâles « !

Si ça vous a plu, pour réserver, c’est

Il mériterait de figurer dans la bibliographie (sélection de romans, de documentaires, de films…) publiée à l’occasion de Bibliothèques à la Une 2017  « Hors norme : hors jeu ? »

 

 

 

 

Tout l’amour est dans les arbres de Alessandro DE ROMA ; trad. par Vincent RAYNAUD

 

 

Sapins Photo BWK

Sapins Photo BWK

Et le mépris est partout…

Emilio et Pasquale, que tout différencie et surtout leur milieu d’origine nouent une relation addictive, fatale et malsaine dès leur rencontre alors qu’ils sont adolescents.Mais pas de sexualité  là dedans, du moins pas exprimée clairement, de la domination, seulement.
Voir décrits noir sur blanc des sentiments aussi négatifs, même si on les rencontre dans la « vraie vie », (et qu’on évite les personnes qui en sont porteuses), ça reste éprouvant pour moi. Pour la violence c’est la même chose, mais elle se voit et on a plus de chance de la repérer et c’est là toute la différence. Je reparlerai de ça à l’occasion de la critique à venir de « La femme qui avait perdu son âme » en cours de lecture.couverture du livre 3tout lamour est dans les arbres"

Donc, malgré toutes ses grandes qualités : style, histoire, thématique, l’introspection d’ Emilio, le narrateur,  tirant sa maigre énergie de l’humiliation qu’il inflige à son « ami » -esclave m’a mise dans un état de malaise persistant. Et c’est peut être le signe de la réussite du roman ! Mais ce n’est clairement pas la littérature qui me convient.

Le calvaire psychologique qu’il a  fait subir à Pascale, même s’il s’aperçoit que c’est le même que celui que la société tente d’infliger à ses membres est insupportable. Pas une once d’humour qui le sauverait peut être de la lâcheté qui le maintient au niveau du caniveau duquel même son éducation n’a pas pu le sortir.

Seule la forêt et les moments qu’il y partage avec son ami, lui permet de révéler son humanité et de faire taire enfin son cynisme. Il est rabougri et finit par vider de son amour toute relation qu’il tente d’avoir avec ses semblables : femme, frère…

Et c’est vrai que la beauté  de la Sardaigne aussi sauvage que les adolescents est magnifiquement rendue par la langue.

Au final, c’est lui qui se sentira blessé par la vitalité (toute relative) de Pasquale et les bienfaits apportés par cette amitié innocente des premières années ne suffiront à lui donner l’impression d’être meilleur qu’à la toute fin du livre.

Tandis que je conduisais en direction de chez moi, je sentais qu’il ne pouvais rien m’arriver de mal, car tout l’amour est dans les arbres, il  est en quantité inépuisable, pour peu qu’on ait le courage de lever les yeux et de se perdre dans l’entrelacs de choses sans limites qui renvoient les unes aux autres … Pascale avait fait de moi un homme meilleur.

Voilà, un grand auteur, mais pas fait pour moi !

Réservez le ici , sur le catalogue de la Médiathèque départementale 68

Erri de LUCA : « Le tort du soldat » et la raison de l’écrivain trad. par Danièle VALIN

Mon seul tord a été d’être battu.C’est la pure vérité.

tort

 

Le livre s’ouvre sur des réflexions du narrateur à propos des mots, des livres et les écrivains aimés dont Isaac BABEL.

De mon enfance il me reste le souvenir des livres mais pas d’un seul jouet. Il y en avait sûrement, ils se sont perdus…J’ai peu joué, je préférais lire. Dans les livres, il était impossible de  se sentir grand. Les histoires étaient immenses, en comparaison ma lecture était petite…Mais quelque chose grandissait en moi. Le médecin disait que s’était le foie, que l’on soignait alors avec du foie de morue. Moi j’avais l’impression que c’était au contraire ma capacité pulmonaire qui augmentait. La lecture de Stevenson m’a rempli d’air d’océan.

J’ai la manie de voir de l’écriture partout . Je reconnais des lettres de l’alphabet dans les racines des conifères qui dépassent du sol et ancrent l’arbre dans le poing de la terre.

Puis son récit intègre deux personnages dont une femme qui va prendre sa place en tant que narratrice.

Elle est la fille d’un ancien nazi qui lui révèle leur lien de paternité seulement au moment de  son adolescence après lui avoir fait croire qu’elle était sa petite fille pendant toute son enfance. Le même jour (celui où sa mère quitte la scène de son mariage), le nouveau père lui révèle l’autre information vitale sur son passé de soldat pendant la guerre.

Passer de vainqueur à vaincu, d’envahisseur à envahi, a été l’expérience de sa génération.

Au sujet de l’après guerre : voir en replay jusqu’au 15 mai Après Hitler pour les images inédites surtout.

Mais pour elle :  » Le tord du soldat est l’obéissance. Je crois qu’il m’a mal comprise pendant toute la vie qu’on a passée ensemble »

Le silence ET le secret tiennent une grande part dans ce livre sans un mot de trop :  silence sur les détails du travail de soldat allemand, le silence de ses parents au sujet de ses origines, celui qui fait que certains mots contiennent plus que ce qui est visible.  Le père se passionnera pour la Kaballe où selon certains se trouve le secret du peuple juif.

C’est donc un livre court mais très riche de réflexions sur le remord et le pouvoir des mots.

Résumé et lien pour réserver « Le tord du soldat » sur le catalogue de la Médiathèque 68. Il y en a beaucoup d’autres !

Voir des titres de Isaac BABEL sur Calice68, le portail des bibliothèques municipales 68  La cavalerie rouge; Récits d’Odessa

Oeuvres complètes

Après sa disparition : Eco est ailleurs

marginalia-enluminure-etrange-moyen-age-25Après la disparition du romancier italien polymorphe Umberto ECO : sémiologue, professeur sociologue et flûtiste ! Retrouvons le à travers plusieurs documents.

Le bien, pour un livre, c’est d’être lu. Un livre est fait de signes qui parlent d’autres signes, lesquels à leur tour parlent des choses. Sans un œil qui le lit, un livre est porteur de signes qui ne produisent pas de concepts, et donc il est muet.

Sur le site de l’express Une biographie rapide par Daniel Salvatore SCHIFFER, auteur d’une  biographie « Le labyrinthe du monde »

Sélection -vu le nombre de titres, c’est nécessaire de choisir !- de titres présents à notre catalogue : les liens des documents cités permettent d’aller directement à la notice pour réserver

Commençons par les romans et par celui qui est en général cité en premier,( ne boudons pas notre plaisir à l’évocation de ce roman proche du polar historique) :  Le nom de la rose trad. par Jean Noël SCHIFANO qui nous parle aussi de la puissance des mots et de la crainte qu’ils peuvent susciter. Puis, viennent le livre lu  correspondant et Le film de Jean -Jacques ANNAUD qui l’a popularisé .

Le pendule de Foucault roman ésotérique où le complot mène la danse en nous faisant voyager à travers les époques, le tout servi par une langue riche et vivante.

L’île du jour d’avant trad. par Jean Noël SCHIFANO où jaillit son obsession pour le temps et la connaissance …

Et du côté des essais :

De la littérature trad. par Myriem BOUZAHER réflexions sur la fonction de la littérature notamment  par rapport à l’histoire, ses relations avec la littérature, ses auteurs admirés …

Confessions d’un jeune romancier ; trad. par F. ROSSO (écrit alors qu’il était déjà bien âgé !) et où il partage son expérience à travers listes de choses à faire ou ne pas faire, conseils aux jeunes romanciers

« De superman au surhomme  » sur les surhommes et les romans feuilletons où il nous décomplexe face à la lecture « facile »

Histoire de la beauté  orienté esthétique et histoire de l’art.

Bien qu’érudit, il fait en sorte de faire disparaître ce savoir immense pour se mettre à la portée d’un public bien plus large que les universitaires.

Pour retrouver sa voix reconnaissable et sa verve, voici une série d’entretiens :

10 vidéos sur le site de l’Ina (Institut national de l’audiovisuel)

A propos de la Bibliothèque Sainte Geneviève, du « Nom de la rose » Apostrophe – juillet 1982, mais aussi du  » Pendule de Foucault » 1992 et aussi de  » L’Ile du jour d’avant » avec Laure ADLER – 1996, son questionnaire de Proust par B. PIVOT…

Mais aussi « le temps des écrivains » France Culture 16 mai 2015 où sont abordés la notion de vérité, la rumeur, l’oubli, au centre de son oeuvre.

Pour clore : « La Fabrique de l’histoire » – 06 juin 2011