Archives de mots clés: romans américains

Semaine au rythme de la Beat Generation

Kerouac_by_Palumbo_2

Jack Kerouac by Tom Palumbo circa 1956

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Compagnie des auteurs, sur France Culture, propose une semaine avec les principaux auteurs de la Beat Generation . On part d’abord avec Jack Kerouac, puis William S. Burroughs, Allen Ginsberg et on finit par une exposition sur ce courant littéraire exploratoire qui continue d’influencer la création.

En plus : un quizz spécial Beat Generation sur Actualitté.com

Et les ramifications avec les arts

Vu sur Actualitté, un article sur l’enregistrement du « Festin nu » par William BURROUGHS il y a 20 ans .

 

2015 : version étrangère souvent originale

PHOTO RETRO ETATS-UNIS

CC0 Public Dom Pixabay
2015 Dans le rétro

Dans la profusion des sorties de l’an passé, certains livres ont retenu mon attention pour des raisons variées : thématiques, construction, style… J’en ressort quelques titres où ne figurent pas forcément les succès de l’année ou les grandes pointures comme Joyce CAROL OATES, Toni MORRISON, Jim HARRISON…

Un thème est revenu plusieurs fois : celui des camps de concentration et plus largement, celui du mal. Avec Au paradis, dernier livre de Peter MATTHIESSEN paru juste après sa mort, et où il décortique avec son écriture scalpel tous les sentiments générés par l’évocation des camps et de la Shoah chez des personnes de tous horizons venues voir Auschwitz « en vrai » et se confronter à la culpabilité. Martin AMIS dans « la Zone d’intérêt » tente l’exploit de parler du sujet sur le mode humoristique et en envisageant l’amour dans un camp, modèle d’organisation, tout de même,-) mais plongé dans le chaos le plus total par l’irruption de l’amour.

Illska de Eirikur Orn Norodhal, expose les nazis aux feux de l’amour. En toile de fond, l’histoire des massacres des juifs en 1941 en Lituanie par les SS aidés par les populations locales. Lire le début http://cr.epagine.eu/cloudReading/9791022604246/558eef5ee4531/preview/

Je pense aussi à Canevas de Jan WECHLER où le récit du personnage  principal (qui existe vraiment ! ), empêtré dans son enfance dans un camp, est mis à mal par son psychanalyste et un journaliste. Ces deux vérités sont matérialisées dans la conception du livre même, construit en deux parties tête bêche qui se rejoignent au milieu. Voir aussi d’autres livres étrangers parus à la rentrée littéraire d’automne déjà chroniqués sur le blog et des francophones.

La transition se  fait avec le thème de  l’identité et du mensonge dans Corps variables de Marcel THEROUX,  livre transgenre au croisement du fantastique, du thriller avec en prime une réflexion sur le pouvoir du langage et sur l’immortalité. Il vous raconte l’histoire d’un homme qui ressuscite dans le corps de quelqu’un d’autre, alimenté par les mots des autres et comment ses recherches l’ont amené à être enfermé dans un hôpital psychiatrique. On est du côté de chez Philip K. DICK !!

Intérieur nuit de Marisha PESSL est un faux roman biographique mettant en scène un réalisateur de film d’horreur avec mise en abîme du récit. Voir les premières pages http://flipbook.cantook.net/?d=%2F%2Fwww.edenlivres.fr%2Fflipbook%2Fpublications%2F99657.js&oid=3&c=&m=&l=&r=&f=pdf

Encore un livre sur la réalité et ses interprétations : dans Le Testament de Marie , Colm TOIBIN recueille le témoignage de Marie à propos de son fils, Jésus, qu’elle ne reconnaît absolument pas à travers les écrits bibliques et l’adoration qui aboutira au soit disant sacrifice qu’elle rejette totalement comme « moyen de sauver le monde ».

2015 a vu réédités des classiques ou édités des trésors  comme L’Infinie comédie de David Foster WALLACE et Price de Steve TESICH.

Extrait Audio http://www.monsieurtoussaintlouverture.net/Livres/Steve_Tesich/Price.html

Un été 42 de Hermann RAUCHER, roman d’apprentissage classique ressorti chez un petit éditeur qui monte : La belle colère.

Willa CATHER  dans Saphira, sa fille et l’esclave -écrit en 1940- traite de l’esclavagisme aux Etats-Unis avant la guerre de Sécession. https://www.actualitte.com/article/livres/chronique-willa-cather-saphira-sa-fille-et-l-esclave/62806

La liste des rééditions continue en littérature western :  La Colline des potences de Dorothy JOHNSON, l’Aventurier du Rio Grande et Le Passage du canyon de Ernest HAYCOX., ceux qui ont inspiré les films du dimanche après midi dans les années 70 !

Au chapitre itinéraire psychologique, j’ai retenu Marilynne ROBINSON avec Lila,l’ itinéraire d’une enfant de la dépression, ivre de liberté. Vite, trop vite de Phoebe GLOECKNER (roman graphique), nous entraîne dans le sillon de Minnie dans le San Francisco libre des années 1970 avec au passage une description au vitriol du monde des adultes, cible de toutes les attaques mais horizon désirable. Dans Someone, d’ Alice Mac DERMOTT, c’est Marie qui nous guide dans le quartier irlandais de New-York pendant la Grande dépression.

Extrait http://cr.epagine.eu/cloudReading/9782710371403/558eebc32c2ad/preview/

Blanca se souvient de sa mère morte dans Ca aussi ça passera  de Milena BUSQUETS et ça nous réchauffe le coeur.

voir http://www.senscritique.com/livre/Ca_aussi_ca_passera/13587627#

Pour finir, l’humour (un peu trash) était tout même présents en 2015 à travers Little America de Bob SWIGART où l’auteur fait exploser le système US à coup de magouilles, de coucheries très documentées, de tentatives multiples et louffoques de tuer le paternel. Jouissif et hilarant !!

Dernier arrêt avant le désespoir « Demande et tu recevras » de Sam LIPSYTE nous délivre le récit de la vie d’un jeune père, peintre raté, à qui la vie ne sourit jamais et prêt à toute infamie pour survivre. Trempé dans l’encre d’un humour bien noir !

Voilà : des heures de lecture au sommet de la vague alors que je tente déjà de négocier la deuxième  rentrée littéraire de janvier.

SAN MIGUEL T. Coraghessan BOYLE ; Traduit de l’américain par Bernard TURLE

ileSan Miguel : sur cette île hostile viennent se fracasser deux familles portées par l’espoir d’une vie meilleure : les Waters dont la mère est atteinte de tuberculose et dont le mari espère refaire sa vie dans l’élevage de moutons en même temps qu’elle guérirait. Et, plusieurs décennies et une guerre plus tard, les Lester, jeune couple porteur d’un projet de société idéale. Jimmy, journalier de son état, fait le lien entre ces deux périodes et ces familles que tout oppose, à part la lutte contre les éléments. Ambiance intemporelle, (proche des Hauts de Hurlevents, parfois) avec ces sentiments et ces sensations exarcerbés par l’isolement et le relief bouleversé de l’île inhospitalière qu’o a du mal à situer, du coup. Amateurs de descriptions psychologiques tout en finesse, prenez ce livre en main et embarquez sur l’île aux phoques (très présents) qui abrite aussi pas mal de moutons.

Wilderness de Lance WELLER, chez Gallmeister

Ancien soldat, le vieil Abel est hanté par ce qu’il a vécu pendant la guerre civile lors de la bataille de la Wilderness. Mais il a d’autres blessures, encore plus profondes celles là, datant de sa vie en couple et l’engluant de culpabilité. Il vit dans une cabane isolée en pleine nature avec pour seul compagnon, un chien, et décide de se lancer dans un dernier voyage solitaire. wild._SL160_Mais après s’être fait agressé par deux vagabonds aussi démunis que lui, il décide de se venger. Il ne trouvera la rédemption et le repos qu’à l’issue de sa quête, après avoir traversé des étendues glacées, tiraillé par le doute. « Wilderness » est encore une belle production de l’éditeur breton Gallmeister  et sa collection « Nature writing ».

Amateur de grands espaces mettant à rude épreuve toute humanité, ne passe pas ton chemin et poursuis ta route avec comme repère la lueur lointaine d’une fin magnifique !!

 

Le fils de Philipp MEYER ; trad. par Sarah GURCEL, 2014

ciel désert-cloudy-4607-525x350Même si ce roman se déroule sous le soleil du Texas, il est profondément sombre. Ses personnages dont les histoires se déroulent en se croisant et en s’alimentant les unes des autres espèrent une vie meilleure à chaque fois, mais l’histoire (la grande et celle de leur famille) les rattrappe et il vaut mieux faire partie du groupe dominant à ce moment là. Ce récit nous conte la vie de trois personnages membres d’une puissante famille texane, les MacCullough à plusieurs époques : du milieu du 19è (après que le Texas ait quitté le giron du Mexique) jusqu’à nos jours.

Le premier, Eli se fait enlever par un clan apache pour en devenir un membre à part entière durant trois années. Il restera marqué par leur culture d’où un hédonisme revendiqué et un goût pour les activités solitaires et/ou de pleine nature. Là, le rapprochement avec « « Danse avec les loups » (le film) mais aussi le  livre ou avec  « Little Big Man » (le ‘film) ou le livre  est tentant. Mais, dans le roman de Meyer, certaines tribus indiennes sont présentées comme pouvant être très cruelles envers des clans différents et envers les américains également (massacres de famille, scalps). Au passage, les coutumes et l’organisation sociale des apaches sont très documentées et on est loin des westerns classiques puisque la cruauté n’est pas seulement le fait des indiens. D’ailleurs, tout au long du livre, elle change de camp selon les époques et les biens à s’accaparer : chevaux, terres, têtes de bétail, puis pétrole. Donc, pas d’angélisme,  » la seule différence, entre les blancs, les mexicains et les indiens : les premiers agissent pour leur intérêt individuel, les deuxièmes dans celui de leur clan et sans hypocrisie.  On pouvait bien massacrer et piller : du moment que c’était pour ceux qu’on aimait, c’était sans importance. Pas de psychose traumatique et de regard vide, chez les Comanches – tout ce qu’ils faisaient visaient à protéger leurs amis, leur famille, leur bande. La « fatigue du combat » était une maladie de Blancs, eux qui combattaient dans des armées lointaines pour des hommes qu’ils ne connaissaient pas. » Les mexicains sont, après les indiens, les victimes des américains. Le deuxième personnage dont l’histoire nous est compté, le fils d’Eli, sera un homme doux droit et révolté contre un père sans aucune morale. Sa petite fille, perpétuera la tradition familiale à la tête d’un empire pétrolier qui participera, après les ranchs monstrueux, véritables royaumes des plaines, à dilapider la terre à laquelle les indiens étaient si attachés. Donc, c’est brutal, poussiéreux, sensuel et c’est l’histoire de cette partie des Etats-Unis qui vous attend et vous empêchera de lâcher ce grand livre.

Lien vers la Notice sur notre catalogue

Une critique sur un autre site : le fils de philipp meyer

LAURA KASISCHKE : créatrice d’atmosphères (première partie)

cold-nature-people-walking-medium
Un oiseau blanc dans le blizzard est un titre relativement ancien (2000) mais qui fait partie de ceux d’un de mes auteurs préférés (pour l’instant) et que j’ai lu après avoir vu récemment le film de Gregg ARAKI qui en a été adapté.

Kat, une adolescente de 17 ans se retrouve confrontée au mystère de la disparition brutale de sa mère, évanouie dans la nature sans laisser de trace. Elle continue de la voir (en rêve ???) au milieu de décors fantomatiques et glacés. Le père semble anéanti, et cela correspond à son caractère effacé « Je suis un homme simple ».

Kat va tenter de vivre avec cette absence et se construire en reconstituant le puzzle au moyen de flash backs (très bien amenés) et en prenant sa vie en main. Elle prend corps « mais quand Phil s’est allongé sur moi, ce qui m’arriva en fait, fut en fait une soudaine prise de conscience de la présence de notre peau. » ou « le fait de désirer Phil me fit soudain désirer tout et tout le monde » La mère, très belle femme folle d’isolement et de frustration (thème récurrent aussi), contrainte à rester au foyer, a humilié le père depuis le début de leur mariage. Elle a tenté de plus en plus désespérément de ne pas perdre sa place de femme dans la famille : achats compulsifs, ivresse, drague du petit ami de sa fille alors que ses relations sexuelles avec son mari sont inexistantes, hypercontrôle des autres. Le parfait modèle familial américain type est descendu en flamme, mais en douceur, à force de petites piques glacées.

L’enquête avance lentement, en second plan. Mais la véritable recherche est celle de Kat pour savoir qui était cette mère.  Où est elle ? et pourquoi est elle partie ?

On s’oriente surtout à la fin vers le thriller alors que les éléments se resserrent autour de la résolution de l’énigme dont la conclusion varie entre le livre et le film.

black-and-white-person-woman-girl-mediumComme dans ses autres livres, les adolescent(e)s sont présents de façon très réalistes, et qu’on a l’impression de les voir fonctionner sans fard. Pourquoi l’adolescence revient elle dans tous ces livres ? « Il s’agit d’un âge propice au drame, qui possède un grand potentiel tragique et métaphorique » -lesinrocks.com 24/08/2013

En général, c’est leur point de vue qui est central et nous sommes confrontés à leurs états d’âme en direct. Les parents et les adultes y sont souvent débordés et au bord de la crise de nerf alors que les jeunes font preuve d’une lucidité lumineuse et salvatrice pour les pauvres adultes que nous sommes.

Donc, dans ce livre, on a tout ces éléments. Dans le film « American beauty » de Sam Mendes, on retrouve aussi cette famille américaine exemplaire qui part en vrille, en proie à la frustration : le père qui tombe amoureux de la copine de sa fille, et qui démissionne du jour au lendemain, se met à fumer, la mère qui le trompe avec un directeur d’agence immobilière, la fille qui les déteste pour leur attitude puérile.

Mais ce qui caractérise Laura KASISCHKE, ce sont les touches de mystère qui tissent un climat différent dans chaque livre et les rapprochements inattendus entre les éléments de la réalité et les sensations.

A propos de l’odeur d’un cadavre animal. «  Une odeur, qui, dès la deuxième semaine, évoquait plus des roses trempant dans de l’eau sucrée que de la viande morte. A la fin du mois, on aurait plutôt pensé au fœtus mort-né d’un ange. Un petit bout de tissu précieux tombé du ciel et qui, à présent, sentait mauvais. La douceur perdue, précisément, au bord du trottoir  »

Ce qui est envoûtant, c’est ce mystère sans explication tranchée qui s’exprime de façon différente dans chaque titre (fantômes réels ou maladie mentale, rêveries avec, comme autre espace flottant, l’adolescence).

L’auteur a débuté comme poétesse et continue dans cette voie d’ailleurs.

Le ressort de l’angoisse tient au fait qu’on ne peut en déterminer la nature : les phénomènes décrits dans le livre sont-ils d’origine psychologique ou supernaturelle ? Kat va chez la psy mais c’est juste pour parler. C’est cette dualité qui rend les choses effrayantes et intéressantes. Les vrais fantômes ne font pas peur !

Extrait : « En vérité, ma mère a disparu vingt ans avant le jour où elle est réellement partie. Elle s’est installée dans la banlieue avec un mari. Elle a eu un enfant. Elle a vieilli un peu plus chaque jour – de cette façon qu’ont les épouses et les mères d’âge moyen d’être de moins en moins visibles à l’œil nu. Vous levez peut-être les yeux de votre magazine quand elle entre dans la salle d’attente du dentiste, mais elle est en fait transparente. »

Pour compléter tout ça, un petit lien vers la page du site Babelio consacrée à Laura Kasischke

Et un article sur le site de Télérama : article Télérama

Interview sur le site les inrocks.com : Interview lesinrocks.com esprit d’hiver

Sans oublier des références présentes dans notre catalogue : Esprit d’hiver ; En un monde parfait ; La couronne verte (voir critique à suivre) ; Les revenants (voir critique à suivre)

Au sujet du film réalisé par Gregg ARAKI, le dialogue avec le livre (à travers la voix off de Kat) correspondait vraiment à des moments que j’avais repérés dans le livre.

Mais, une différence : le personnage de Kat y est mal à l’aise et complexé «SI je pouvais avoir quelque chose de sexuel aux yeux de quiconque, alors, ce ne pouvait être que de la façon dont l’intérieur d’une oreille de chat peut paraître d’ordre sexuel… Obscène parce qu’on ne voulait pas voir ça, parce qu’on ne veux jamais penser à quelque chose d’aussi vulnérable et personnel que la sexualité dévoilée d’une grosse fille » Alors que dans le film, ce n’est pas le cas, elle est belle et à l’aise de ce point de vue.

Autre différence, dans le film, l’empreinte des années 80 (telles que je les ai ressenties) est physiquement présente à travers une bande son tout à fait représentative. D’ailleurs, Laura K estime que, plus que les personnages, c’est l’atmosphère du livre qui compte : Chez moi, l’intrigue et les personnages sont secondaires. Ce qui compte, c’est une certaine qualité d’impression, une atmosphère.” Le personnage de Phil correspondait physiquement aussi à l’époque. La nouvelle copine du père était incarnée par Sheryl LEE, qui tenait le rôle de Laura Palmer dans Twin peaks catalogue MD68

Un site intéressant consacré à Twin Peaks !

Donc, enrichissement de l’atmosphère du livre par le film qui devient moins suave, plus rock and roll.

A titre d’illustration, voir cet article très intéressant sur la musique des années 80. On y retrouve, « Behind the Wheels » des Dépêche Mode présent dans la bande son du film.

 

La couronne verte de Laura KASISCHKE (Laura KASISCHKE, Créatrice d’atmosphères, deuxième partie)

PLUMESVERTESjpgLa couronne verte Récit d’apprentissage à travers une histoire d’amitié entre trois filles découvrant pendant leur Spring Breack,une toute petite partie du Mexique, mais pas la plus innocente : les pyramides de Chichen Itza, lieu de sacrifice des jeunes vierges!!! ). A cette occasion, les élèves de terminale américains se regroupent dans un lieu exotique, en général, et se livrent à des activités diverses et variées comme le bronzage exaspéré sous l’emprise de l’alcool ou d’autres substances, copulation…ou /et découvertes de la culture locale.

Le récit est partagé par trois amies : Terri qui reste au second plan et choisit plutôt la première option, Michelle, que l’auteur choisit de faire parler à la troisième personne et Anne s’exprimant à la première personne (On comprendra plus tard pourquoi ce choix donne plus d’épaisseur au récit). Ces deux dernières optent pour une option mixte. Elles se trouvent seules face à des choix, sans autre arme que leur instinct. Celui-ci les mènera  au devant du drame mais pas de la façon qu’on imaginait.

A mon avis, ce n’est pas le meilleur livre de Laura Kasischke. La question centrale du livre, bien qu’illustrée par une montée en puissance de l’angoisse, est un peu celle qui se pose à tout le monde : en qui peut-on vraiment avoir confiance? Et cela est peut être encore plus partagé lorsqu’on est un jeune adulte, mis devant une multitude de choix plus ou moins menaçants et/ou excitants selon son degré d’imagination et surtout l’orientation de celle-ci ! C’est peut être un livre qui plaira aussi à un public plus large, le style, au service d’une histoire plus basique, est moins poétique. Certaines images redondantes le plombent même un peu (les plumes vertes deviennent un peu lourdes, au bout de plusieurs fois). La psychologie aussi est plus terre à terre et les adultes sont moins présents. Le seul personnage adulte masculin propose et les filles acceptent ou pas (Michelle n’a pas de père officiellement connu). Mais les mères sont présentes à travers leurs conseils. A propos d’Anne et Michelle : « Nous connaissions et respections nos propres limites. En cela, nous avions pris le contre-pied de nos mères qui pouvaient être d’une insistance pesante : Il leur fallait toujours tout savoir, tout comprendre – et lorsqu’elles n’y arrivaient pas, elles tentaient de nous changer pour que l’on corresponde à la vision qu’elles avaient de nous ». Donc, je continue avec « Les revenants » que j’ai largement préféré.

Les Revenants de Laura KASISCHKE (3ème partie de Laura KASISCHKE, créatrice d’atmosphères)

revenantsLes revenants

Encore un très bon ! Les jeunes adultes y sont encore plus mis en avant que dans « Oiseau blanc dans le blizzard » du même auteur.

Là encore, les personnages ont des visions provoquées par des éléments concrets ou non. Par exemple, quand Mira, enfant, voit sa mère transfigurée et comme en pleine métamorphose. « Le soupçon aussi diffus qu’irrationnel qu’elle se régénérait dans cette pièce. Comme des ailes géantes repliées autour du corps Sa peau paraissait humide couverte d’un film de rosée » et « la fillette eut la nette impression que sa mère venait d’éclore ». Dans ce texte, on est plus près du fantastique et des récits de vampires et de zombies caraïbes que de fantômes éthérés. A un moment « il avait été drogué et il était amoureux, ce qui est aussi en soi une forme de drogue du zombie «  !!.

Le roman se déroule sur un campus américain. Une élève meurt dans un accident de voiture alors que son ami s’en tire miraculeusement. « La scène de l’accident était exempte de sang et empreinte d’une grande beauté. » Le témoin arrivé suite à l’accident a « Le sentiment d’être tombée par hasard sur quelque chose de très secret […], quelque rite sacré nullement destiné aux yeux humains « . Dans Sailor et Lula de David LYNCH, (encore !), la scène de l’accident de nuit, illustre également parfaitement, cette douce étrangeté.

Mais il y a un problème : la jeune fille réapparaît régulièrement aux yeux de certains étudiants. Est-ce un problème liée à la drogue, un simple accident, un meurtre ? Il se trouve que la confrérie à laquelle appartenait la victime est assez portée sur les substances illicites de même que son ancien ami.

Une des professeurs de la fac, spécialisée dans les autopsies et les rites autour des morts apporte sa caution rationnelle à l’enquête, mais pour épaissir encore plus le mystère qui ne sera un peu éclairci qu’à la fin du livre.

Une ambiance noire et gothique qui, au passage, vous permettra d’enrichir vos connaissances sur les confréries qui rythment la vie sociale des campus américains et  la thanatopraxie !

A noter que ce livre a reçu le Prix « Lire en Poche »  2015décerné par la ville de GRADIGNAN.