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Dans les forêts de Sibérie de Sylvain TESSON

Parti à la recherche du temps ralenti, Sylvain Tesson s’est isolé pendant 6 mois dans une cabane  au bord d’un lac, dans les forêts de Sibérie. Ses proches compagnons : deux jeunes chiens, des mésanges, des natifs débarquant la plupart du temps à bord d’un canoë ou qu’il retrouve de la même manière ou à pied, des livres, des livres, des livres, de la Vodka, du thé, du bois…la forêt et lui même !

A près avoir été adepte d’une frénésie de voyages, voilà qu’il veut se réapproprier son temps dans la solitude et le silence pour tenter d’être heureux.

La cabane est le lieu du pas de côté. Le havre de vide où l’on est pas forcé de réagir à tout.

Et encore : Je me suis dépossédé de tout désir au moment précis où je conquérais le maximum de liberté.

Son évolution  se déroulera sur plusieurs périodes : le printemps, l’été, le désespoir, la paix. Il recevra là bas le message de rupture envoyé par la femme qu’il aimait et sera sauvé par ses chiens.

Avoir trente huit ans et être là, sur une plage, à ramper sur une plage en demandant à un chien pourquoi les femmes s’en vont.

Des références illustrent les réflexions de l’auteur, mais j’ai beaucoup aimé son style personnel émaillé d’aphorismes et de beaux rapprochements. Son rapport à la nature, au temps qui évolue au fur et à mesure jusqu’au départ en passant par un déplacement de l’attention vers les petits choses qui paraissaient si insignifiantes.

Pour les curieux, Sylvain Tesson partage une liste de livres à lire dont voici une partie qui renvoit à la thématique de la nature  : l’Amant  de Lady Chatterley : DH Laurence ; Des pas dans la neige : Erik Lhomme; Des nouvelles d’Agafia : Vassili Peskov ; Indian Creek : Pete Fromm ; Les hommes ivres de Dieu : Jacques Laccarière ; Vendredi : Michel Tournier ; Robinson Crusoé : Daniel Defoe ; Un an de cabane : Olaf Candau ; Rêveries du promeneur solitaire : J. J Rousseau ; Le chant du monde : Jean Giono ; De la nature : Lucrèce ; Typhon : J Conrad ; Vie de Rancé : Chateaubriand ; La dernière frontière : Grey Owl ; Traité de la cabane solitaire : Antoine Marcel ; Walden : Thoreau ;

Je rajouterais : Dans la forêt : Jean Hegland ; Saisons : Mario Rigoni Stern ; Dalva : Jim Morisson ; Into the wild : Jon Krakauer

Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Je rajouterai que j’ai lu ce livre dans un lieu assez reculé dans un gîte de bois et de pierre, entouré de montagnes et déconnectée des réseaux. J’ai ressenti (moins sensiblement, hein, j’était proche de la civilisation) le bien être d’un recentrage sur l’instant et je crois que ce livre m’a fait encore plus d’effet dans ces conditions !

Critiques : Télérama ; Babelio

 

Etrange littérature étrangère…

J’ai eu l’occasion de sortir un peu de mon domaine de prédilection (la littérature francophone). Et j’ai été assez dépaysé !

Une Histoire de loups d’Emily Fridlung Gallmeister 2017Une histoire de loups_Fridlung

En général, j’aime bien les romans « nature writing » dont cet éditeur s’est fait le spécialiste. Souvent, il s’agit de survivre, isolé, dans un milieu sauvage, au fin fond des Etats-Unis. Ce premier roman nous emmène au Minnesota, près d’un lac. Une adolescente, Madeline (Linda) y vit seule avec ses parents, à la suite d’une expérience communautaire qu’on suppose ratée. La jeune fille se lie d’amitié avec ses plus proches voisins, un couple et leur jeune fils, Paul. Le père étant souvent absent, elle devient vite la baby-sitter attitrée et s’immisce dans la vie de la famille. Dès le départ, le drame est annoncé, ce qui n’empêche l’atmosphère de gagner en tension. De fréquents allers-retours dans le passé et une histoire de pédophilie au sein du lycée, viennent étayer l’histoire sans vraiment qu’elle gagne en profondeur. L’ambiance funeste du roman a failli avoir raison de ma lecture. La psychologie des personnages, telle que présentée par l’auteur, n’a pas suffi à me les rendre attachants ou tout le moins, compréhensibles. Dommage car l’écriture est intéressante.

Ambiance différente pour cet autre titre :

Zouleikha ouvre les yeux Gouzel Iakhina Les Editions Noir sur blanc 2017Zouleikha ouvre les yeux_Gouzel Lakhina

Dans la Russie des années 30, Zouleikha est marié à un paysan tatar. Sa vie se résume à trimer pour son mari et sa belle-mère qu’elle surnomme la Goule. Bien que musulmane, elle invoque régulièrement les esprits. En pleine période de dékoulakisation, son mari est assassiné et Zouleikha déportée en Sibérie. Une longue lutte pour la survie commence alors pour la jeune femme qui est enceinte. Le commandant du convoi, Ignatov, semble s’intéresser à elle. Arrivés près d’une rivière, les déportés vont devoir créer leur propre village. Ce roman offre une fresque de la Russie sous Staline avec un éclairage sur les coutumes tatars.  Les personnages évoluent et s’affranchissent de leurs croyances. On se laisse porter par l’écriture et par l’histoire, bien qu’un peu longue. L’auteur de ce premier roman, tatare, a été récompensée et traduite dans plusieurs pays. A suivre.