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Deux romans Nature writing

J’aime beaucoup ce courant d’écriture qui met la nature au centre du récit, une nature somptueuse et sauvage, nourricière mais aussi menaçante…

Idaho d’Emily Ruskovich Gallmeister

Ce roman commence par un drame particulièrement horrible. Alors qu’une famille est partie ramasser du bois, une des filles, May est tuée par sa mère. Sa sœur s’enfuit dans la forêt. Quelques années plus tard, le père, Wade refait sa vie avec Ann, une professeur de musique. Mais il est atteint de sénilité précoce. Ann essaie alors de rassembler les souvenirs qu’il reste de la famille. Il s’agit parfois de jouets oubliés : « des objets chargés d’une importance qu’ils ne méritaient pas mais qu’ils revêtaient à cause de leur effrayante rareté ; ils grandissaient en elle, se transformant en histoires, en souvenirs dans la tête d’Ann, alors qu’ils auraient dû rester dans celle de Wade. » Mais, même si ce dernier perd la mémoire du drame, il lui reste la sensation de vide et la douleur. De son côté, Jenny, son ancienne femme, est en prison. A son enfermement fait écho l’étendue des montagnes boisées qui isolent le couple d’Ann et Wayde. L’auteur fait des allers-retours dans le temps et dans l’espace. Un premier roman magnétique servit par une belle plume… Intrigué par la psychologie des personnages, on se laisse prendre ensuite par l’ambiance. C’est aussi une réflexion sur l’importance du souvenir et l’oubli.

Idaho_Emily Ruskovich

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles Mick Kitson Métailié

On quitte l’Idaho pour l’Ecosse et encore un premier roman ! Là aussi, l’histoire débute par un drame. Deux jeunes filles, Peppa et Sal sont en fuite. Cette dernière, victime d’abus sexuels, a poignardé son beau-père. Leur mère alcoolique ne leur est d’aucun secours.Avec sa voix d’adolescente, Sal, 13 ans, raconte le plan qu’elle a mis au point. C’est dans une forêt des Highlands que les deux sœurs trouvent refuge et se construisent un abri. Elles vont essayer de survivre sans se faire remarquer. On pourrait être tenté, avec ce résumé, de refermer le livre. Ce serait passé à côté d’une lecture intéressante et touchante. Sal est un personnage attachant, d’une grande force morale. Elle fait partie d’une classe d’élèves en difficulté. Pourtant, elle sait faire preuve d’un sens pratique à toute épreuve. Elle est aussi remplie d’amour pour sa petite sœur, Peppa. Celle-ci a beaucoup d’humour. Leurs rapports illuminent l’histoire. Et puis, il y a l’environnement et la faune qui éveillent la curiosité des deux jeunes filles. Ce roman initiatique est éclairée également par la présence d’une vieille dame, Ingrid, qui leur vient en aide. Pour adulte et (grands) adolescents…

 

 

Etrange littérature étrangère…

J’ai eu l’occasion de sortir un peu de mon domaine de prédilection (la littérature francophone). Et j’ai été assez dépaysé !

Une Histoire de loups d’Emily Fridlung Gallmeister 2017Une histoire de loups_Fridlung

En général, j’aime bien les romans « nature writing » dont cet éditeur s’est fait le spécialiste. Souvent, il s’agit de survivre, isolé, dans un milieu sauvage, au fin fond des Etats-Unis. Ce premier roman nous emmène au Minnesota, près d’un lac. Une adolescente, Madeline (Linda) y vit seule avec ses parents, à la suite d’une expérience communautaire qu’on suppose ratée. La jeune fille se lie d’amitié avec ses plus proches voisins, un couple et leur jeune fils, Paul. Le père étant souvent absent, elle devient vite la baby-sitter attitrée et s’immisce dans la vie de la famille. Dès le départ, le drame est annoncé, ce qui n’empêche l’atmosphère de gagner en tension. De fréquents allers-retours dans le passé et une histoire de pédophilie au sein du lycée, viennent étayer l’histoire sans vraiment qu’elle gagne en profondeur. L’ambiance funeste du roman a failli avoir raison de ma lecture. La psychologie des personnages, telle que présentée par l’auteur, n’a pas suffi à me les rendre attachants ou tout le moins, compréhensibles. Dommage car l’écriture est intéressante.

Ambiance différente pour cet autre titre :

Zouleikha ouvre les yeux Gouzel Iakhina Les Editions Noir sur blanc 2017Zouleikha ouvre les yeux_Gouzel Lakhina

Dans la Russie des années 30, Zouleikha est marié à un paysan tatar. Sa vie se résume à trimer pour son mari et sa belle-mère qu’elle surnomme la Goule. Bien que musulmane, elle invoque régulièrement les esprits. En pleine période de dékoulakisation, son mari est assassiné et Zouleikha déportée en Sibérie. Une longue lutte pour la survie commence alors pour la jeune femme qui est enceinte. Le commandant du convoi, Ignatov, semble s’intéresser à elle. Arrivés près d’une rivière, les déportés vont devoir créer leur propre village. Ce roman offre une fresque de la Russie sous Staline avec un éclairage sur les coutumes tatars.  Les personnages évoluent et s’affranchissent de leurs croyances. On se laisse porter par l’écriture et par l’histoire, bien qu’un peu longue. L’auteur de ce premier roman, tatare, a été récompensée et traduite dans plusieurs pays. A suivre.

 

Le chien, la neige, un pied de Claudio MORANDINI ; trad. par Laura BRIGNON


Le mytho de la caverne

 

Pour écrire ce livre sec et entêté comme un arbre de montagne, l’auteur est parti des paroles de villageois à propos d’un homme solitaire installé dans un chalet d’alpage : Adelmo Farandola. Ce misanthrope a choisi de vivre isolé et de se mêler le moins possible à ses semblables. Par contre, il recueillera un chien philosophe, plus humain que lui et avec qui il dialoguera au quotidien de façon fructueuse et souvent humoristique. Au centre de leurs préoccupations : la survie en milieu hostile et la découverte d’un pied dans la neige. A qui appartient -il ? Adelmo est-il impliqué dans cette disparition? Tel est le fil conducteur de l’histoire.

 

 

La montagne oppose ses contraintes et rythme la vie d’Adelmo,  mais en même temps, elle  est une alliée de choix qui lui fournit un rideau de solitude bienvenue.

Un des charmes de ce livre : le contraste entre la rudesse d’Adelmo,  fermé sur lui même et certains aspects enfantins et légers de ses attitudes, révélés par le chien. Et le style tour à tour terre à terre et  poétique.

Adelmo et son chien sans nom parlent de la fonte des neige qui laisse apparaître des cadavres, au printemps :

« C’est comme si on voyait pousser les poils d’une barbe, dit un jour Adelmo – Comment ça ? – Les bouts de pattes, ils poussent comme des poils- Ah, je comprends, dit le chien, qui n’a pas compris »

Dans ce livre, on entend d’autres paroles animales, et  des paroles d’outre tombe !

Autre personnage cité dans le titre :  le pied. Au fur et à mesure, il  dévoilera son propriétaire et obligera notre ours à sortir de sa tanière, poussé par son chien.

Ce n’est pas un livre macabre comme pourrait l’être un polar sanglant, c’est plutôt une danse macabre . D’ailleurs, Adelmo ne s’appelle -t-il pas Farandola ?

J’avais déjà chroniqué un livre sur un homme des montagnes : Une vie entière de Robert SEETHALER

Pour voir le résumé et /ou réserver, c’est !