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Wild song Janis Mackay Fleurus 2016

Niilo a 13 ans. Au lieu de rêves, ce sont des cauchemars qui hantent ses nuits. Le jour, il vole des portefeuilles pour pouvoir s’enfuir de chez lui. Dépassée par son agressivité, sa famille décide de l’envoyer à l’Ecole Sauvage, sur une île, sorte de centre de rééducation. Mais Niilo ne participe à rien jusqu’à sa rencontre avec Hannu, un animateur.

Ce sont des critiques élogieuses qui m’ont poussée à lire ce livre.  Mais mes sentiments sont partagés. La psychologie du

Wild Song de Janis Mackay

Wild Song de Janis Mackay

personnage est bien développée : le côté réfractaire à tout et en guerre contre la société. Par contre, j’ ai regretté un manque de réalisme et quelques longueurs. Niilo apprend à nager grâce à son éducateur et doué, réussi dans la foulée à nager en pleine mer…  plus de 10 kilomètres (?). La couverture, aussi, ne correspond pas à la description du personnage aux cheveux noirs et à l’aspect sami. Détails peut-être… Reconnaissons que l’histoire met en lumière un peuple, les Samis et un pays, La Finlande, assez méconnus. L’auteur, en intégrant assez habilement les croyances, donne un côté magique au récit . Je pense que ce roman d’apprentissage plaira aux adolescents et qu’ils passeront outre ce qui m’a gênée.**

« Lila » de Marilynne ROBINSON ; trad. de Simon BARIL

Si elle devait conserver  de tout ça qu’un seul souvenir, se serait ce qu’elle ressentait en marchant à ses côtés

NOAA George E. Marsh Album, theb1365, Historic C&GS Collection CC

NOAA George E. Marsh Album, theb1365, Historic C&GS Collection CC

Et Lila a beaucoup marché, d’abord accompagnée de Doll, journalière travaillant vaguement pour la meute lui servant de famille, qui la kidnappe, la sauve du même coup ? et lui permet d’apprendre à lire et compter..

Elles se retrouveront sur les routes de la Grande dépression des années 30 aux Etats-Unis, à chercher de quoi tenir debout avec d’autres miséreux, puis Lila restera seule pour atterrir dans une maison close.

Vu comme ça, il pourrait s’agir d’un roman seulement âpre, et violent, mais le réconfort est là, sous différentes formes. Y compris son couteau.

Tout ce qu’elle avait, elle, c’était son couteau. Assorti de l’angoisse, de la solitude et du regret

C’est le seul repère dans toute ses existences, il lui sert de boussole,  et il cohabite avec la possibilité d’avoir un enfant (volé ou à soi).

Et il y a la Bible et la bienveillance du vieux révérend Ames qui partira à sa découverte. Il entamera un dialogue enrichi de l’expérience de Lila, lui qui apprécie ses questions simples auxquelles le livre d’Ezechiel devrait apporter une réponse.

Il ne s’agit pas de dire que la joie est là pour compenser la perte, mais que l’une et l’autre existent individuellement. La souffrance est très réelle, et la perte nous semble définitive.

Il a peut être aussi réussi ce que certains films de Terrence MALICK avait réussi à faire. Je pense à « La ligne rouge «  ou « The tree of life » par exemple où les citations bibliques  en voix off alimentent les questions existentielles des personnages.

Toujours assaillie par ses anciennes vies sur la route, à fuir la misère et la violence en mélangeant tout ça avec les réflexions sur son fragile futur, elle se laisse peu à peu adoucir par son nouveau compagnon.

Elle retournerait à cette solitude terrible comme on pénètre dans l’eau froide, le corps s’engourdissant  afin de se protéger, afin de ne pas sentir ce que le corps savait.

J’ai tellement de vie derrière moi. – Je sais. – Rien ne ressemble à cette vie-là. -Je sais. – Ca me manque parfois

Le rythme des phrases lent et précis est celui de la progression de Lila dans la vie. On participe à son éclosion intellectuelle et sociale à travers ses dialogues intérieurs avec son enfant à naître et Doll.  Les va et vient entre passé, présent et futur. Avant qu’elle ne trouve à qui parler dans la personne du révérend Ames

Ce livre n’est pas de tout repos mais il nous renvoie à la mythologie américaine, l’exode, la rédemption, l’auto défense. J’ai pensé aussi au sublime  La nuit du chasseur, pour la période où il se déroule, l’obsession de la fuite, le réconfort apporté par la vieille femme, Rachel Cooper, recueillant les enfants errants et la nature omniprésente. Un autre roman paru en  2016 reprend ce fait divers : « Tous les vivants » de Jayne Anne PHILIPPS : Réserver

Lila clot une trilogie que l’on peut lire séparément. Réserver « Home » ou  réserver « Giléad »

Voir : d’autres Critiques sur Babelio

Déprimés, évitez cette rubrique !

Cette année, quelques auteurs ont abordé le thème de la mort. Leurs livres bouleversent, marquent et suscitent la réflexion. Alors si, en cette période propice à la dépression saisonnière, vous vous sentez malgré tout d’attaque. Voici quelques lectures.

Camille, mon envolée de Sophie Daull chez Philippe Rey raconte un drame, celui de la perte daulld’un enfant. Camille a 16 ans et plein de projets, notamment celui d’entrer à Sciences Po. Une vilaine grippe vient soudain contrarier ses vacances de Noël. Jour après jour, Sophie, sa mère, nous raconte la dégradation de son état : comment Camille s’est battue, comment les médecins n’ont pu déceler la bactérie qui la rongeait… Puis c’est le deuil, les réactions des proches, la peine incommensurable qu’il faut apprivoiser. Et la vie malgré tout, cette vie que Camille et Sophie aimaient partager avec humour.

La Maladroite d’Alexandre Seurat au Rouergue est un livre tout aussi révoltant. Inspiré d’un fait seuratdivers, il décrit la marche inexorable de Diana vers son destin tragique. Les témoins (institutrices, directeurs, assistantes sociales, médecins, proches) prennent tour à tour la parole. Certains ont dénoncé la maltraitance, d’autres ne l’ont pas vu. Diana, elle-même n’a pas voulu mettre en cause ses parents.Quand finalement les choses bougent enfin, il est trop tard.

Enfin, un livre particulier, dérangeant :

Alors vous ne serez plus jamais triste de Baptiste Beaulieu chez Fayard. Le titre m’avait interpellé. S’agissait-il d’une recette miracle qu’on allait nous exposer ? L’histoire est moins drôle. Un médecin a perdu sa femme, sa raison de vivre. beaulieuC’est décidé : il va se suicider. Il rentre dans un taxi conduit par une dame âgée quelque peu exubérante. Elle lui propose un marché : attendre 7 jours avant de se suicider et faire tout ce qu’elle lui dira. Il s’en suit une série d' »épreuves » destinées à obliger le docteur à voir la mort en face. L’auteur réserve bien entendu une fin non convenue à l’étrange duo.

S’il n’a pas la même tonalité bouleversante que les deux autres, ce livre est néanmoins surprenant dans sa façon de traiter du suicide et de la mort.

Des romans qui parlent d’un sujet encore tabou, sans pathos mais aussi sans esquive…