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La Malchimie de Gisèle Bienne Actes Sud col. « un endroit où aller »

Cette collection rassemble des textes de genres divers. Il s’agit ici d’un récit, celui de Gisèle Bienne, racontant les jours passés auprès de son frère, atteint de leucémie. Après un premier roman qui l’avait fait connaître, l’auteure avait été ostracisée par sa famille. Elle n’a renoué le contact que sept ans plus tard lorsque la maison familiale a brûlé. Dans ce texte, ce conflit n’est pas évoqué. Gisèle Bienne  nous parle de Sylvain, un de ses jeunes frères. Elle reçoit, un jour, un La Malchimie_Gisèle Bienneappel de sa belle-soeur l’informant de son entrée à l’hôpital Robert Debré de Reims. « Avait-il eu des symptômes ? Comment savoir, il ne se plaignait jamais. Les résultats d’une analyse routinière avaient alerté le laboratoire. On avait procédé à une seconde analyse et un rendez-vous avait été pris sur le champ avec l’hôpital ».  Pendant qu’elle se prépare à entrer dans la chambre stérile, une jeune femme la questionne sur le métier de Sylvain.  » Un agriculteur de plus, ils ont constaté » lui indique-t-elle, comme son mari. En effet, Sylvain est ouvrier agricole, un métier qu’il aime, une vocation pour laquelle il a œuvré sans compter. Mais aujourd’hui, la manipulation des produits chimiques et autres pesticides est fortement soupçonnée d’être liée à la survenue de cancers. Gisèle Bienne s’informe tout en multipliant les visites auprès de son frère. Ces rencontres sont l’occasion de se souvenir des moments passés ensemble. Enfants, un lien particulier les reliait quand ils jouaient dans les champs et participaient aux travaux de la ferme.

Un texte poignant sur un sujet d’actualité… L’auteur souligne l’ironie de la situation  : une maladie, sans doute provoquée par les dérives de la chimie et du productivisme, soignée par une autre chimie, parfois tout aussi ravageuse. A travers le destin de son frère, c’est celui d’anonymes à qui Gisèle Bienne donne sa voix. Elle évoque, en parallèle, le destin de l’écrivain Susan Sontag, vaincue par un cancer et dont le combat acharné fut relaté par son fils.

« Un hiver en Bretagne » de Michel le Bris

 

Le vent : tout, digues, haies et murets, s’organise en fonction de ses caprices. Il est tout à la fois la menace et la promesse. Il est si fort qu’à certains endroits, sur les hauts de Barnénez ou a Guerzit, les arbres poussent en forme de coups de vent, et leurs branchages sont des rafales.

Le vent parcourt toutes les pages de cette autobiographie par Michel Le Bris, capitaine du festival Etonnants Voyageurs livres et cinéma d’aventure. Il gonfle les voiles de tous les marins pêcheurs, sportifs ou aventuriers  qui sont partis de la baie de Morlaix dont est originaire l’auteur. Le vent traverse les terres et les champs, gonfle les nuages en remuant la mer dont il est aussi beaucoup question ici  que d’odeurs. De jeux de lumières aussi ! Plus qu’une vie de l’auteur, c’est l’histoire de ce coin (magnifique) de Bretagne qui a vu naître, partir et parfois revenir en pointillé,  bon nombre de personnages prêts à partager leurs récits du monde autour d’un ou plusieurs verres, attisés par la compagnie réunie au fond d’un bar comme le Ty Coz .

Parce que Michel le Bris, comme la baie, c’est l’ouverture vers le large et le retour vers ce terroir magnétique. On assiste grâce à ce récit au bouleversements des activités humaines agricoles et maritimes dans les années 70, de la pêche à pied à la pêche tout court,  au développement commercial de Morlaix dès le 16è siècle, on rencontre les gloires locales, on voyage dans l’imaginaire vaste de ce royaume, même si ce n’est pas un roman.

« Mes royaumes. Que cherchent-ils tous pour braver ainsi le froid, demain le vent, ou la pluie ? Quelques crevettes ou praires de plus  ? Allons donc ! Quelque chose de bien plus essentiel et de mystérieux qui les a faits ce qu’ils sont, et seront à jamais. Quelque chose qui, depuis, ne cesse de les appeler. Leur âme, tout simplement. « 

Une raison de plus pour se lancer, c’est magnifiquement écrit, alors, enfilez votre ciré et lisez-le même sous la pluie (ça arrive).

Réservation sur le portail des bibliothèques du réseau du Haut-Rhin.

 

Le Roi serpent Jeff Zentner PKJ

Le Roi serpent_ZentnerPas facile d’habiter dans une petite ville rurale du Tennessee où tout le monde se connaît…encore plus quand on s’appelle Dill Early et qu’on est le fils d’un prédicateur, emprisonné pour détention d’images pornographiques. Persuadé qu’il est victime d’une malédiction familial,  le jeune homme de 17 ans  poursuit sa vie sans grand espoir d’avenir. Ses amis, le fragile colosse Travis et l’extravagante blogueuse à succès Lydia, forment une bande d’exclus au lycée. Si le départ prochain de Lydia pour la faculté bouleverse Dill, il lui laisse aussi entrevoir d’autres possibilités d’évolution.

J’ai eu du mal à rentrer dans le roman. L’auteur met du temps à poser ses personnages et leur histoire. Mais après, à l’inverse, il est difficile de lâcher ce roman. Des passages illustrent l’importance de la religion et le fanatisme de certaines communautés américaines. Ils peuvent étonnés voir gênés le lecteur mais contiennent sûrement une part de réalité . Ce roman alterne moments de noirceur et de lumière à travers des personnages attachants. A ne pas manquer, pour grands ados et adultes.

 

« Le mur invisible » de Marlen HAUSHOFER ; Trad. par Liselotte BODO

« J’écris pour m’empêcher de fixer yeux grands ouverts le crépuscule et d’avoir peur. ..La peur de tous côtés monte vers moi et il ne faut pas attendre qu’elle m’atteigne et me terrasse. J’écrirai jusqu’à ce que ce travail dont je n’ai pas l’habitude me rende somnolente, la tête vide. »

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Ce danger, planant au dessus du récit vous poussera sans doute à connaître sa nature véritable et les éventuelles victimes . Mais ce qui nous lie à la narratrice, c’est le récit du travail quotidien et vital avec lequel elle consolide son existence devenue solitaire du jour au lendemain. La catastrophe qui l’a isolée avec quelques animaux au beau milieu des alpes autrichiennes et le mur surgi pendant la nuit qui les sépare du reste du monde, ne sont pas le principal sujet de ce livre. C’est pour moi, la perte d’une certaine innocence liée aux relations humaines, les mensonges, les illusions, qui tombent au fur et à mesure qu’elle se rapproche de ses compagnons animaux. Ce livre  parle merveilleusement bien des liens que les humains peuvent avoir avec les chats, les chiens, le bétail, des bienfaits qu’ils nous procurent et qu’on peut leur apporter aussi. Mais également, il nous parle des liens entre espèces différentes, les ponts existant entre toutes formes de vie.

Les barrières entre les hommes et les animaux tombent très facilement. Nous appartenons à la même grande famille et quand nous sommes solitaires et malheureux, nous acceptons plus volontiers l’amitié de  ces cousins éloignés. Ils souffrent comme nous si on leur fait du mal et ils ont besoin comme nous de nourriture, de chaleur et d’un peu de tendresse… Dans mes rêves, je mets au monde  indifféremment des humains, des chats, des chiens, des veaux, des ours et d’étranges êtres couverts de poils »

Un thème à la mode, de même que les murs et les romans de survie et qui explique le regain d’intérêt récent pour ce livre édité en 1985. C’est aussi pour ça que j’ai voulu lire ce roman haletant et lent à la fois. Les tâches quotidiennes et la description des activités des animaux sont répétitives mais chaque fois présentées différemment, donc, avec ce journal on ne s’ennuie pas. En même temps, le côté suspens reste en arrière plan et nous garde en haleine.

Ma conclusion : gros coup de coeur !

En attendant une future sélection où la nature aura une large place, voici quelques chroniques déjà publiées ici  et  et encore , plus celle là ou celle-ci 

 

 

Je bouquine ado !

 

Voici le compte-rendu du COMITE ADO du 14 mai_2019   . Documentalistes, bibliothécaires, professionnels ou bénévoles, lecteurs, vous êtes tous conviés ! Le prochain aura lieu le mardi matin 10 décembre à la Médiathèque départementale du Haut-Rhin (inscription sur le site dès que le programme du deuxième semestre est en ligne).

 

Le paradis sur terre avec « Mort d’un jardinier » de Lucien SUEL

A quoi tu penses quand tu meurs ? A cette question existentielle, l’auteur  répond sans détour au fur et à mesure de son agonie. Il est cloué au sol par une attaque, au beau milieu de son jardin  : une sorte de mort en scène, donc, pour ce jardinier.

Il répond donc de façon très terre à terre à cette question en nous faisant partager toutes les pensées qui l’assaillent et font un long ruban hors de lui à mesure que la vie s’écoule. Et il y en a des flots qui se regroupent par petits ruisseaux et sautent de thèmes en thèmes, d’époques à époques en passant par des raccourcis. Nous assistons à ce spectacle privé que lui aussi regarde un peu en retrait, en utilisant la deuxième personne pour nous chuchoter des choses partagées.

© Pew-Thian Yap, laboratoire MIND (Université de Caroline du Nord)

« Et tu entends Helen Merrill j’aime Paris au printemps et Jeanne Lee quelquefois je suis un enfant qui a perdu sa mère et Katleen Ferrier j’entends la voix des enfants morts et Marianne Faithfull je m’assieds et je regarde les enfants qui jouent et Brigitte Fontaine c’est tout à fait comme à la radio et Colette Magny j’en sais rien viens donne moi la main et Billie Holliday des fruits bizarres sont accrochés aux arbres, toi aussi tu t’accroches aux cheveux des anges terrestres…

 

J’ai découvert cet auteur né dans les Flandres à l’occasion de ma formation sur les littératures européennes. Il est très actif : poésie, musique, revues… Une richesse à l’image de toutes les sensations qui ont nourri le jardinier toute sa vie et qui ne demandent qu’à enrichir votre jardin secret.

Pour réserver dans une bibliothèque du Haut-Rhin

Trahir d’Helen Dunmore Mercure de France

Anna et Andreï ont survécu au siège de Leningrad et à la seconde guerre mondiale. C’est durant cette période qu’Anna a perdu son père et sa belle-mère. Depuis, elle s’occupe de Kolia, son frère. Ensemble, ils forment une famille et pensent aller vers des temps meilleurs. Un jour, Andreï est appelé à soigner Goria, le fils de Volkov, chef de la police secrète. Ce dernier est atteint d’un problème articulaire. « L’enfant dans sa chambre privée ne le sait pas et n’y peut rien, mais il porte une maladie qui détruit la vie ordinaire aussi rapidement que la peste détruit un Trahir_Helen Dunmorecorps vivant. » Andreï acceptera-t-il de s’occuper malgré tout de Goria ? Comment réagir quand on est confronté à un choix aussi cornélien ? Andreï a bien conscience qu’il met en jeu sa sécurité et celle de sa famille. Mais, face à un enfant, peut-il refuser son aide ?

Ce roman traduit  l’ambiance délétère qui régnait à l’époque stalinienne où la délation était monnaie courante ainsi que l’abus de pouvoir. Le « complot des blouses blanches » aurait inspiré l’auteur.  Celle-ci a écrit plusieurs romans dont La Faim, qui raconte la vie d’Anna pendant le siège de Leningrad. Helen Dunmore est décédée en 2017.

« Les furtifs » d’Alain DAMASIO

Les livres se baladent et circulent à nouveau à bord de la rubrique !

Cette semaine, un livre repéré grâce à l’émission « 28 minutes » sur Arte par cette lectrice d’environ 55 ans qui l’a acheté. Pourquoi ?  Parce que  les  dystopies, (en gros, une utopie qui se déroule souvent dans le futur et qui  vise plutôt l’asservissement des citoyens que leur épanouissement), elle aime. Surtout quand ça finit bien (rarement dans le genre). Elle lit beaucoup et y compris dans le TER qu’elle utilise fréquemment.

L’auteur est aussi journaliste et le sujet sociologique lui est familier.

Résumé : en 2040, les humains sont connectés en permanente et sous contrôle.

« Autour de la quête épique d’un père qui cherche sa fille disparue, Alain Damasio articule dans une langue incandescente émancipation politique, thriller fluide et philosophie. Après La Zone du Dehors et La Horde du Contrevent, il déploie ici un nouveau livre-univers sur nos enjeux contemporains : le contrôle, le mouvement et le lien. »

Plus d’infos et réservation sur Calice68

La sélection maison « Eté 2019 » : les romans étrangers

Pour vous, que signifient l’été et les vacances ? Presque autant de réponses que de personnes ! Mais on peut déceler  des tendances : on se regroupe, plus ou moins nombreux sur d’une étendue sableuse ourlée par l’océan et on se laisse bercer par le bruit des vagues, le soleil, les cris d’enfants selon son degré d’aptitude à vivre ces instants entourés de ses semblables. Un autre groupe se retrouvera à grimper, tôt dans la journée, pour atteindre un sommet lui offrant une vue à 36 degrés sans l’ombre d’un humain et si possible, là aussi accompagné par le frôlement du vent,  les cris des choucas et des marmottes. Un autre encore, restera chez lui à s’occuper de son jardin, (ou pas) à voir des amis qu’il ne prend pas le temps de voir de toute l’année. Et c’est sans compter les adeptes des villes désertées. En commun, ils ont ce moment où ils s »installeront dans un endroit choisi, s’isoleront ou non, attraperont un roman pour enfin, lire !

Donc, autant de profils de vacanciers, autant de genres à proposer. Dans cette sélection, j’ai choisi des genres différents parce qu’été ne signifie pas forcément avachissement de l’esprit. Pas mal d’émotions, de l’amour, des grands espaces, pas forcément de repos, mais souvent une dose d’optimisme malgré les remous. Je tiens à préciser que je ne les ai pas tous lus mais que d’autres personnes l’ont fait et m’on donné envie de vous en parler après les avoir achetés pour la Médiathèque départementale du Haut-Rhin.

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Bonnes découvertes !!

 

 

 

La Formule de Dieu de José Rodrigues DOS SANTOS

Tout est parti d’une discussion à propos de Da Vinci Code. De là, ce lecteur trentenaire a été conseillé et un un collègue lui a prêté « La Formule de Dieu » . En général, il aime bien se faire conseiller et se laisser guider par sa curiosité.  Le genre est  semblable à celui du roman célèbre de de Dan Brown : le thriller ésotérique.  Ici, il s’agit d’une enquête mêlant l’univers des sciences  à celui de la religion avec une pointe d’espionnage. En prime, les décryptages des plus fameuses théories d’Einstein. Ca tombe bien !

 

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