Archive mensuelles: février 2017

Deux remords de Claude Monet Michel Bernard La Table ronde 2016

Deux remords de Claude MonetRoman biographique de la vie de Monet à travers les personnages qui l’ont cotoyé. Le roman s’ouvre sur la recherche par le père du corps de son fils, Frédéric Bazille, tué lors de la guerre de 1870. Monet portait un attachement particulier à ce jeune peintre qui s’était engagé volontairement. Il faisait partie de son cercle de proches, parmi lesquelles Manet et Renoir. Puis vient la partie intitulée Camille, du prénom de sa première épouse. Monet l’a peint dans le tableau intitulé La Femme à la robe verte. « Camille avait ce calme satisfait qu’il admirait, cette tranquillité de la chair heureuse qui absorbait l’inquiétude de l’homme aimé ». La vie du peintre connait des moments de pauvreté et de privation. Monet entre dans des colères noires, lacère ses toiles. Mais Camille est toujours là et l’accompagne. Puis, il y a les époques plus heureuses où les tableaux se vendent bien. Monet aime s’entourer de ses amis. Il s’était pris de passion également pour les plantes et le jardinage. Le dernier chapitre est consacré à la fin de la vie du peintre. De cette époque date l’oeuvre grand format des nymphéas et ses rencontres avec Clémenceau. Un livre que l’on referme avec l’impression d’avoir partagé pendant quelques pages l’époque et la vie du grand homme, guidé par la plume poétique de l’auteur. Quelques reproductions des oeuvres du peintre agrémentent, fort à propos, l’ouvrage.***

Le rouge vif de la rhubarbe de Audur Ava Olafsdottir

Augustina, sorte de Fifi Brindacier islandaise, est profondément libre, comme sa mère partie en mission et son père évaporé après sa conception au milieu des rhubarbes. Ce n’est pas ses jambes en coton qui l’empêcheront de tracer sa route. D’ailleurs, elle a comme projet de gravir une vraie montagne, celle qui surplombe le village du bord de mer qu’elle sillonne avec ses béquilles. Les montagnes, elle connaît,elle en construit avec les mots, des mots précis et pleins de chaleur, comme ceux des lettres qu’elle échange avec sa mère du bout du monde et dont est rempli ce livre fort et sensible.

Lire les premières pages sur le site de l’éditeur

Réserver sur le catalogue de la MD68

 

 

Deux livres particulièrement éclairants sur la seconde guerre mondiale

 

 

A l’ombre des vainqueurs de Marie-Laure de Cazotte Albin Michel 2014

A l'ombre des vainqueurs Marie-Laure de CazotteQue ce livre fut difficile à avoir entre les mains ! Il faisait l’objet de plusieurs réservations. Il faut dire que son thème, la guerre 39/45 en Alsace, ne peut que susciter l’intérêt de nos lecteurs. L’auteur aborde un thème particulièrement délicat, le sort des Alsaciens pendant cette période. Joseph est un enfant de 7 ans en 1940. Il vit avec ses parents et son grand-père dans le petit village de Mittelheim. Tout le monde se connait. La guerre, il en a entendu parler dans les récits de son grand-père, ancien soldat allemand. Puis, il y aura les affiches de propagande, la venue des soldats, l’obligation de parler allemand, les livres brûlés et les réunions clandestines dans sa maison… Un jour, son père est arrêté. Peu après, les soldats allemands débarquent chez eux et cherchent à intimider la famille. Le village est bombardé, son ami blessé et amputé. Joseph doit aider sa mère à assurer leur survie. Plusieurs mois après la guerre, son père rentre. Joseph se retrouve alors face à un inconnu.

Une histoire qui évite les raccourcis et montre bien la complexité des événements. L’auteur y aborde des thèmes peu connus en dehors de la région comme l’existence du camp de Schirmeck, des incorporés de force et des prisonniers de Tambov. Elle évoque aussi l’autre versant, celui des collaborateurs et des soldats volontaires. Le procès, suite au drame d’Oradour-sur-Glane, illustre la difficulté des Alsaciens à faire entendre leur histoire particulière . Toutes ces personnes, aux attitudes et aux convictions différentes, ont finalement du réapprendre à vivre ensemble après la guerre.

Le Gardien de nos frères d’Ariane Bois Belfond 2016Le Gardien de nos frères Ariane Bois

Autre thème délicat et complexe : le sort des Juifs et plus particulièrement des enfants juifs placés dans des familles pendant la seconde guerre mondiale.Simon a 16 ans quand il part pour le maquis. Il y sera blessé. Rétabli, il cherche à retrouver les siens. Il apprend successivement la mort de sa soeur et de son frère aîné. Il veut alors retrouver le benjamin de la famille, Elie. Un ami lui propose de rejoindre les rangs des dépisteurs, souvent des anciens du mouvement des Eclaireurs israëlistes, qui recherchent  les enfants juifs placés dans des familles. Dans sa quête, il fait équipe avec Léna, qui revient de l’enfer du ghetto de Varsovie. Après un début tendu, les deux jeunes gens s’épaulent et partagent leur souffrance.

Ariane Bois revient sur un épisode douloureux de l’après-guerre : la recherche des enfants placés. Ces enfants ont parfois subi des violences, parfois aussi trouvé une famille d’adoption aimante. Faut-il les en séparer pour les confier à un orphelinat ou à un parent éloigné ? Certains enfants ont été baptisés ou ont oublié leurs racines. Doit-on les élever dans la tradition juive de leurs parents ? Comme Léna, des adultes, se sont aussi posé la question d’un nouveau départ vers la terre promise, en Israël.

Le Garçon Marcus Malte Zulma 2016

Le livre s’ouvre sur la mort de la mère du Garçon. Alors qu’ils ont toujours vécu seuls, dans la forêt, le jeune homme, muet décide de retourner à la civilisation. Dans un village isolé, il loue ses bras contre le gîte et le couvert. A la suite d’un ale-garcon_marcus-malteccident, il est contraint de s’enfuir. Errant sur les routes, il va de rencontres en rencontres. Frôlant la mort, il est hébergé par Auguste et sa fille Emma. Il découvre avec elle l’amour jusqu’à ce que la guerre l’arrache à sa nouvelle famille. Roman d’apprentissage, la vie du Garçon fait figure de fresque de ce début du 20ème siècle.

Marcus Malte a une plume superbe. Il a d’ailleurs été fort justement récompensé par le prix Fémina. Dommage que certains chapitres, comme un trop-plein, ne sont qu’une succession de mots et de listes. Un livre dense. **

Derniers feux sur Sunset ; Stewart O’NAN : la fête est finie

 

L’auteur de Gatsby, n’est plus magnifique. Ce roman nous fait vivre le quotidien des dernères années de Fitzgerald,  avec ses contradictions et ses faiblesses, celles qui font de lui un personnage de roman tellement attachant et énervant à la fois.

Il est  prêt à tout et déploie une formidable énergie pour proposer ses scénarios aux nouveaux patrons d’Hollywood qui snobent le grand écrivain et effacent régulièrement son nom des génériques quand ils ne le remplacent  pas par des blancs-becs. Zelda, son grand amour,  l’un des vestiges de son  passé,  est internée. Comme ancien ami, seul Humpfrey Bogart reste présent pour lui. Scottie (Fitzgerald) doit se battre  pour essayer d’être un père un peu plus acceptable, contre la maladie et son addiction à l’alcool et  pour être à la hauteur de son nouvel amour. Des combats qu’il mène encore avec panache, la tête hors d’une eau de plus en plus froide et sombre . Une plongée dans une nouvelle Amérique, cocktail d’images, de mafia et où la loyauté n’est plus de mise, mais jamais désepérée et servie par un style précis et vif.

Pour réserver et voir le résumé c’est par ici

Sauver et fils Saison 1 Marie-Aude Murail Ecole des loisirs 2016

Sauveur et fils saison 1

Sauveur est psychologue. Originaire de Martinique, il élève seul son fils, Lazare, 8 ans. Dans son cabinet défilent des familles recomposées, une ado qui se scarifie, une phobique scolaire, un enfant énurétique… Il y a aussi Gabin, un jeune homme que Sauveur héberge car sa mère est internée. Du coup, Lazare est souvent livré à lui-même et profite d’une porte entre-ouverte pour écouter les patients. Dehors, une ombre menaçante espionne le père et le fils.

Un psychologue comme personnage principal, c’est assez rare dans les romans pour être souligné. Il y a une volonté de dédramatiser les problèmes psychiques et le fait de consulter. Sauveur reçoit des patients de tout âge avec des problèmes différents. Dès lors, les thèmes abordés sont très riches : l’homosexualité, les victimes de pédophiles, le racisme, la quête d’identité… Même le psychologue, un père comme les autres, peut être dépassé. Les personnages notamment adolescents, sont sympathiques. Ce sont plutôt les adultes qui dérapent. Le justesse du ton  rend le roman convaincant.L’humour contrebalance habilement le côté sérieux. Une suite est déjà parue.**