Archive mensuelles: juin 2017

Les Pleurs du vent de Medoruma SHUN chez Zulma

Nature mort au crâne/ Paul Cézanne

« The answer, my friend, is blowin’ in the wind »

Sur l’Ile d’Okinawa, les soldats morts pendant la bataille qui y a fait rage en juin 1945, communiquent avec les vivants à travers les messages délivrés par le crâne d’un des leurs, déposé en plein vent. Le vent qui le traverse est chargé de messages de réconciliation et de paix y compris entre les vivants. Les enfants et un photographe ne s’y sont pas trompés quand ils veulent y accéder.

Acceptez cette part de fantastique et de délicatesse et trouvez votre vérité après avoir affronté la partie luxuriante de l’île (j’ai été m’acheter un grand spécimen de palmier d’intérieur après avoir fini le livre, et ça m’a fait penser aux tableaux de Peter Doig )

PELÍCANO ( CIERVO ) /PETER DOIG

A adopter pour l’été ?

A ce propos, cet été le Japon est l’invité de la Maison Européenne de la Photographie à Paris pour l’exposition » mémoire et lumière : photographie japonaise 1950-2000  »

 

Pour le réserver, c’est  sur le catalogue de la médiathèque départementale68

 

 

 

Un paquebot dans les arbres Valentine Goby Actes sud 2016

 

Mathilde revient à Aincourt, sur les ruines du sanatorium, un lieu qui a pesé sur son enfance. Elle se souvient de ses parents. Dans les années 50, son père, Paulot, tient un café, Le Balto, à La Roche-Guyon. Le samedi soir, il fait danser le village au son de l’harmonica et du pick-up. Annie, l’aînée, valse dans les bras de son père tandis que Mathilde, la cadette, les espionne, cachée. C’est le bonheur… jusqu’à l’accident de Paulot, un dimanche. Son poumon est perforé. Quand il se décide à consulter, la radio indique des bacilles. Il faut faire un séjour au sanatorium. Puis un suivant… Le Balto et l’harmonica sont alors abandonnés. La famille s’enfonce dans les dettes et Mathilde essaie de survivre et d’aider son jeune frère.

Sanatorium d'Aincourt

Sanatorium d’Aincourt

Alors que pendant la période des Trente glorieuses les conditions de vie s’améliorent pour la majorité de la population, ce livre rappelle l’existence des « laissés-pour-compte ». La tuberculose fait encore peur :  « En 1952, depuis des siècles le tubard c’est la mort qui rôde. Un mort-vivant. Un assassin. » Valentine Goby décrit le quotidien des malades et de leur entourage, leur isolement. En plus, les parents de Mathilde n’étant pas salariés, ils ne bénéficient pas de la sécurité sociale. Lorsque Mathilde reçoit sa première fiche de paie, c’est le plus beau jour de sa vie : « elle tient  à distance les spectres de la mort et de la dépendance. Et tu feras quoi avec ta première paie, hein ? S’ils savaient. Ce sera magnifique : elle ira chez le dentiste. »  Valentine Goby donne beaucoup d’humanité à cette histoire, impossible pour le lecteur d’abandonner les personnages avant la fin du roman. C’est aussi une peinture de la misère, de la faim qui tenaille, des expédients qu’il faut trouver pour sauver la face.

 

« Demande à la Nuit » de Anne-Laure JAEGLé ; La Ville Brûle 2016

 

 

 

 

Sur la techno berlinoise des 90’s il y a « Der Klang der Familie » chez Alia et sur la tek berlinoise de maintenant il y a « Demande à la nuit ». Ces 2 ouvrages sont complètement complémentaires pour avoir un regard historique sur l’histoire du mouvement à Berlin.

J’ai eu la chance de rencontrer Anne-Laure Jaeglé 1 mois avant la parution de son ouvrage : j’avais hâte de lire ce bouquin. Elle a une connaissance vraiment approfondie de Berlin et du milieux Tekno dans lequel elle a beaucoup tourné : organisatrice de teufs, pilier du Berghain, tenancière du WG Bar et j’en passe.

Ouvrage à mettre entre toutes les mains des touristes, des teknoïdes, des Erasmus et autre…

Pour aller plus loin :

http://durevie.paris/city-tour-guide-berlin-by-demandealanuit/

https://www.youtube.com/channel/UCfsae9mfmuXdvwPYjxwq8jg/playlists

https://www.lavillebrule.com/

Arnaud Bib (chroniqueur invité)

 

Pour le réserver, c’est par  ici (le livre, pas l’invité!)

Et oui, si vous avez des chroniques de romans à nous proposer, c’est possible et même recommandé . Envoyez – les à bouleau@haut-rhin.fr ou wolf-kiene@haut-rhin.fr, nous sommes preneuses !!!

 

Des Ames simples de Pierre Adrian Equateurs littérature Paris 2016

Olivier Frébourg, écrivain et ancien journaliste, a créé sa propre maison d’édition en 2003 en Normandie. Cette dernière a publié ce livre remarqué. Le narrateur raconte les quelques jours qu’il a passé auprès de Frère Pierre, curé dans la vallée d’Aspe depuis 50 ans. La vie y est rude, les paysages grandioses mais austères . Très vite, pourtant, on s’y attache. « Depuis une semaine, c’est la première fois que je quitte la vallée. Et naît déjà une impression de manque. Quelques jours, à peine, suffisent pour nouer en moi une intimité avec le relief. Partir, c’est interrompre ce dialogue. je crois que le regard, habitué à de tels éléments […] crée une dépendance. Ainsi en est-il aussi des vies insulaires ou côtières. On se sépare de la mer avec déchirement. On n’accepte plus l’horizon d’une plaine. Ici, comme un enfant quitte, maladroit, les jupes de sa mère, je perds un abri. » Pas d’aventure ni de rebondissement dans ce roman, mais des rencontres et des réflexions sur l’homme, le sens de la vie et la foi. Le monastère fait office de refuge pour les blessés de la vie. Les portes sont ouvertes à tous : drogués, femmes battues… Avec Pierre, il y a Albert, un vieux prêtre et quelques fidèles qui font vivre le monastère. De jour comme de nuit, Pierre, médecin des âmes, répond aussi bien aux pèlerins qu’aux appels au secours des paysans isolés, des êtres dépassés par la modernité ou laissés sur le côté.  C’est un livre que l’on peut lire et relire sans se lasser. Il est servi par la plume magnifique de l’auteur. Je ne résiste pas à vous citer un autre passage où d’aucuns se reconnaitront :  » Ces personnes qui n’élèvent pas la voix, préfèrent se taire plutôt que de se faire entendre à tout prix. Les hâbleurs de comptoir et procureurs d’autobus y voient des « soumis » et des « trop sages ». Des gentils qui tout acceptent. Car aujourd’hui, ne pas ouvrir sa gueule pour aboyer est un aveu de faiblesse. Certains ont pourtant choisi le silence, et leur parole est précieuse. Quand ils parlent, c’est avec leur cœur. Tout est au cœur, à l’organe sensible. Pourtant, il ne faut pas croire que rien ne les atteint. Chez eux, passion et douleur existent. Mais les humeurs se jouent entre eux et un autre. Leur cœur est une grande inconnue. »  Pour réserver ce livre à la Médiathèque départementale du Haut-Rhin, cliquer sur ce lien.

Mes vrais enfants de Jo WALTON ; Trad. de l’anglais par la grande Florence DOLISI

 

Tout le monde a déjà eu l’impression d’avoir vécu plusieurs vies. En tout cas, c’est le cas de beaucoup de personnes).  Et bien, ce livre va nous faire participer de l’intérieur aux deux vies que Patricia Cowan a vécues, ou pas .. On ne saura pas de façon tranchée si c’est est le résultat de la confusion liée à ses  troubles de la mémoire ou bien la réalité ou bien… Cette femme passionnée pour qui « tout est possible » a vu sa vie bifurquer en même temps que l’histoire mondiale après qu’elle a pris une décision capitale. Le livre très bien construit va emprunter ces deux chemins de vie qui s’interpénètreront à certains moments et surtout à  la fin du parcours de la vieille femme. Comme on passe alternativement de l’une à l’autre, même s’il y a un petit décalage dans les époques, on s’y retrouve très bien. Ses enfants constituent le fil rouge de ses deux identités et elle ne cessera des les aimer et se demandera lesquels parmi eux sont les « vrais » et dans quelle vie. Une des caractéristique de Patricia (ou Pat ou Trish, c’est selon), c’ est la bienveillance. D’ailleurs, ça en est parfois énervant : comment arrive(nt)-elle(s) à comprendre presque toujours ses enfants? Pas de colère, elle mène sa barque malgré les écueils et les accidents de sa vie.  Au passage, l’Histoire du 20e subit des modifications, comme dans toute uchronie, mais elles seront plus flagrante dans la vie de Pat qui va vivre dans un monde dominé par la puissance nucléaire et les guerres, leurs conséquences sur la santé,  l’environnement et le patrimoine architectural. Trish vivra dans un monde plus tolérant – envers les homosexuels, par exemple- et elle sera actrice et témoin de la libération des femmes.

C’est donc un livre très riche abordant de nombreux thèmes :  les relations au sein du couple, les carcans dans lesquels la sexualité peut être maintenue et la violence qui en découle, le pacifisme, la lutte pour préserver l’environnement et  le rôle potentiel  de nos choix. Il peut convenir à des amateurs de littérature blanche ou de science fiction. Un petit bémol : l’énumération des événements frise un peu le catalogue parfois.

 « Rien ne vous empêche de faire ce que vous voulez, de devenir celle que vous voulez ».

 

Parfois, elle rêvait que Bee était morte. Quand elle se réveillait, elle était soulagée parce que n’était qu’un rêve, puis la vérité lui sautait au visage. Elle tapait sa tête contre l’oreiller, se mordait la lèvre jusqu’au sang, suppliait Bee de revenir. Elle savait pourtant que Bee ne reviendrait pas.

Une chronique vidéo pour compléter celle -ci  https://www.bibliosurf.com/Mes-vrais-enfants.html

Et comme toujours, le lien pour réserver sur le catalogue de la Médiathèque Départementale 68 !