Archive mensuelles: mars 2018

« Le dimanche des mères » de Graham SWIFT ; Trad. par Marie-Odile FORTIER-MASEK

MENSONGES DANS UN JARDIN ANGLAIS

Que les amateurs des « Vestiges du jour » ou de « Downtown Abbey » se rapprochent, ils pourraient être intéressés. Et tant qu’on y est, ceux de l’amant de Lady Chatterley, sauf que dans ce livre, c’est la bonne anglaise qui raconte l’histoire. Dans le cadre verdoyant d’une demeure bourgeoise entourée du parc qui va avec, Jane a comme amant  un jeune homme de bonne famille. Jeune orpheline, elle a été placée dans une famille et, le jour de congé spécial où les domestiques peuvent rendre visite à leur mère, elle se trouve doublement libérée. Elle va prendre à bras le corps cette liberté et en jouir à sa guise et investissant totalement ce jour. A l’occasion de ce jour charnière,  toutes les relations habituellement rigidifiées par les codes vont voler en éclat.

Elle est très intelligente et observatrice de la comédie sociale qui se joue au quotidien. Douée d’imagination, elle arrive à jouer des mensonges et prendre sa part du gâteau en utilisant cette facilité ainsi que son amour pour la littérature enrichissant son parcours qui aurait pu s’arrêter au stade de simple domestique.

La société anglaise avec ses classes cloisonnées est bien dépeinte également dans cette période d’après la première guerre dévastée par les morts de jeunes garçons morts au combat en France. La transition technologique en marche  est peuplée  par les premières voitures chassant des écuries ancestrales les équipages de chevaux.

Dans ce roman court, l’auteur décortique (surtout au début du livre), le moindre haussement de sourcil et ses conséquences à travers le tamis des convenances sociales. J’ai failli arrêter ma lecture pour cause d’étouffement, (c’est donc réussi) mais ce côté corseté peut plaire à d’autres lecteurs. J’ai continué et donc apprécié plus le fond et le profond sentiment de liberté découvert par Jane, malgré tout.

 

 

« Désolée, je suis attendue » de Agnès MARTIN -LUGAND

Cette lectrice de 54 ans prend le train tous les jours pour se rendre à son travail. Elle a acheté ce livre en librairie un peu par hasard et guidée par la 4ème de couverture. Elle vient de débuter ce roman et trouve qu’on arrive bien à s’ identifier au personnage principal, une femme  Investie dans son travail et passe à côté de sa famille. Va y elle changer ? C’est la question qu’elle se pose .

10 min dans le  train, c’est court mais c’est déjà bien pour lire un peu et se poser. Les vacances également sont un bon moment pour prendre le temps de lire.

Roméo sans Juliette Jean-Paul Nozière Thierry Magnier 2015

Ce livre m’a été conseillé par une collègue et je n’ai pas été déçue. Pourtant, j’appréhendais un peu, au vu du titre, un pastiche édulcoré de la tragédie de Shakespeare.

Roméo sans Juliette_NozièreRoméo a 18 ans. Il sort d’un centre fermé pour mineur et doit se rendre au chevet de son père dans le coma. Commence alors un récit à deux voix, celle de Roméo et celle de Juliette, sa voisine et amour de jeunesse. Ils reviennent sur leur enfance. La mère de Roméo disparaît lorsqu’il a 11 ans. Il est élevé « à la dure » par son père qui profère des théories racistes. Selon lui, d’ailleurs, rien ne sert d’ apprendre, il vaut mieux savoir se défendre avec ses poings. Juliette vit, elle aussi, dans une famille monoparentale mais équilibrée et aisée. Sa mère la pousse à apprendre. Les destins des deux jeunes vont s’éloigner jusqu’au drame… Dans ce roman, ce n’est pas une guerre entre deux familles qui sépare les amoureux, mais des conceptions et des valeurs opposées.

Jean-Paul Nozière montre l’influence des parents, des amis et l’importance de l’éducation dans le rapport à l’autre et le développement personnel. C’est un roman saisissant sur le racisme et ses origines. Sans leçon de morale, l’auteur fait mouche.

« Dans les bois » de Harlan COBEN ; Trad. par Roxane AZIMI

Ce livre a été acheté par une jeune lectrice de 24ans. Elle avait déjà lu et apprécié  d’autres titres de Harlan COBEN, un auteur connu du grand public. Ce qui lui plaît ici aussi, c’est le style et les rebondissements inattendus dans l’intrigue. Eh oui, c’est un thriller ! Au menu, des disparitions d’adolescents non élucidées qu’un procureur lié à l’une des victimes va tenter de résoudre.  Cette jeune femme lit parfois beaucoup  sur une période, puis fait une pause. Elle se plonge dans ses lectures dans le train qu’elle prend régulièrement parce que c’est une parenthèse qui s’y prête.

Pour le réserver dans le réseau des bibliothèques du Haut-Rhin , c’est là !

 

15 jours de création !

 

Sophie Rigal-Goulard, auteur de romans jeunesse, nous a fait le plaisir de passer 15 jours en résidence de création littéraire à Altkirch dans le Sundgau. Ce séjour a eu lieu du 27 novembre au 8 décembre. L’objectif était d’une part, d’organiser des ateliers d’écriture animés par un auteur pour des collégiens, et d’autre part, d’organiser des rencontres entre ce même auteur et les publics des médiathèques ainsi que le personnel des bibliothèques du Haut-Rhin.

Au collège d’Altkirch, Sophie a travaillé avec la classe de SEGPA de Mme Farny. Elle a aidé de petits groupes à écrire des romans photos. Les élèves avaient lu plusieurs livres de Sophie et ont apprécié la rencontre avec l’auteure. Ils avaient d’ailleurs préparé des questions à lui poser.

Au collège de Dannemarie, quatre classes de sixième ont profité de la venue de Sophie pour s’intéresser au métier d’écrivain. Une classe de cinquième a pu discuter du thème de l’obésité, abordé dans le titre Isis, 13 ans, 1m60, 82 kg, publié chez Rageot. Les élèves ont composé un portrait chinois.

La classe de 6e B a bénéficié de plusieurs heures avec Sophie. Les élèves se sont penchés sur la réécriture d’un conte, Blanche Neige, qu’ils avaient étudié en cours. S’inspirant des thématiques des livres de Sophie (10 jours sans écran et 15 jours sans réseau, publiés chez Rageot), ils ont actualisé et détourné l’histoire en y ajoutant une bonne dose de nouvelles technologies et d’humour.

La classe Ulis a travaillé, quant à elle, sur le contre des Trois petits cochons. Ces derniers sont devenus les Trois petits connectéchons !

L’expérience est une vraie réussite grâce à la générosité et au professionnalisme de Sophie ! Merci aux enseignants, merci aussi aux bibliothécaires d’Altkirch et de Dannemarie qui ont accueilli les classes et les ont aidées à avancer.

Les deux rencontres « tout public » et les deux formations autour des livres de Sophie et de son travail ont, elles aussi, été appréciées. A chaque fois, il y a eu de nombreux échanges qui ont permis de mieux comprendre le travail de l’écrivain et sa place dans la chaine du livre. A travers les thèmes abordés, ce sont aussi les questions de société autour du numérique qui ont émergé, questions qui interpellent particulièrement les bibliothécaires. Comment, dans un contexte de sollicitation permanente, donner envie de lire ?

Nous avons eu même droit à un scoop ! En avant-première, nous avons pu découvrir la couverture du dernier livre de Sophie !

Sophie Rigal-Goulard_24-heures-sans-jeu-video

 

 

 

 

 

« IMPERIUM  » de Christian KRACHT ; trad. par Corinna GEPNER

See, (coco)nuts and Sun

Engelhardt croit au pouvoir de la noix de coco sous toutes ses formes et compte le faire découvrir à ses compatriotes restés au pays (en Allemagne, début du 20è siècle, autant dire un début de période agitée). Fort de son pouvoir de colon allemand installé avec ses congénères impérialistes passablement dégénérés et alcooliques  sous le soleil des terres de la Nouvelle Poméranie, Océan indien, il achète une île qu’il va vouer à la culture de la noix de coco dont il sera le gourou. Adepte des bienfaits de la supernoix, il décide d’en faire son unique nourriture, se transformant en précurseur prosélyte d’un végétarisme  dur doublé d’un nudiste convaincu.

Pour développer son affaire, il va faire appel à des personnages plus ou moins honnêtes mais passera de plus en plus pour un illuminé.

« On ne concluait pas d’affaire avec des gens nus aux cheveux longs »


 

 

 

La maladie qui le ronge et la violence ambiante ont raison de son idéalisme et il se tourne lui aussi vers l’idéologie du national socialisme.

 « C’est ainsi qu’Engelhardt est devenu antisémite ;  comme la plupart de ses contemporains,  comme tous les membres de sa race, il avait  fini par voir dans l’existence des Juifs une cause probante de toutes les injustices endurées. »

Le style assez pince -sans rire et la longueur relative des phrases pourraient en décourager quelques-uns, au début. (J’ai été tentée d’arrêter un moment), mais, ce serait se priver d’un livre très original et dont la petite musique persiste. De tragi-comique (les élucubrations du héros qui s’enfonce dans le délire, la description du navire allemand qui sombre et commence à se tourner vers une idéologie de ses racines fantasmées) on s’achemine vers le plus sensible au fur et à mesure de la progression de l’histoire.

Quand le capitaine Slutter et la petite fille Pandora qu’il a pris sous on aile traversent une tempête en mer et s’en sortent avec l’équipage.

 « Personne n’avait  eu de pouvoir  sur lui, oui, pense-t-il,  il a finalement  accepté  que cette  enfant rousse fasse de lui un être non seulement vulnérable  mais mortel »

A la fin, on assistera à l’avènement d’une nouvel impérialisme : celui incarné par la bouteille de Coca.

Le style assez pince -sans rire et la longueur relative des phrases pourraient en décourager quelques-uns, au début. (J’ai été tentée d’arrêter un moment), mais, ce serait se priver d’un livre très original et dont la petite musique persiste.

Un article en anglais sur le véritable August ENGELHARDT!