Archive mensuelles: octobre 2018

« Et Nietzsche a pleuré » de Irvin YALOM ; Traduction par Clément BAUDE

Ce livre est un cadeau fait à une lectrice d’environ 60 ans, psychologue de profession qui prend le TER régulièrement.  Au départ, c’est le sujet qui a déterminé la proposition.

Il est ici question de la rencontre fictive orchestrée par Lou-Andréas Salomé, entre Josef Breuer, un des pères de la psychanalyse,  collègue de Freud, avec Friedrich Nietzsche. Dans la réalité, ils ne se sont jamais rencontrés mais ils auraient pu car les premiers psychanalystes se sont inspirés de la pensée de Nietzsche .

Elle a aimé les éléments de réalité qui font de ce roman un récit riche et intéressant.

Si vous voulez en savoir plus ou si vous voulez réserver ce titre dans une bibliothèque du réseau du Haut-Rhin c’est ici !!

 

 

Emmurés d’Axel Bell Milan 2018

En 1910, sur l’île de Skye, des petites filles jouent à enterrer leurs poupées, appelées « Frozen Charlotte ». Quelques décennies plus tard, à notre époque, Jay montre à son amie Sophie la planche ouija qu’il a téléchargée sur son téléphone. Ils essaient de se connecter à l’esprit de Rebecca, la cousine de Sophie, morte dans des conditions inexpliquées. C’est alors qu’une série de phénomènes étranges se produisent. La planche leur dicte des messages qui parlent d’un portail, de sable noir et de Frozen Charlotte. Pour finir, la planche annonce la mort de Jay, le soir-même. Lorsque celle-ci advient, Sophie décide de partir pour l’île de Skye rencontrer la famille de Rébecca. Un roman accrocheur qui fait frissonner !Emmurées_Alex Bell

J’ai aimé l’atmosphère de ce livre. La famille de Rébecca est installée dans un vieux manoir, au bord de la mer,  qui a servi d’école pour filles. L’ambiguïté des personnages rend l’intrigue intéressante. A l’instar des clowns, les poupées sont des personnages récurrents des films d’horreur (Annabelle, par exemple). Les Frozen Charlotte étaient des poupées en vogue à la fin du 19ème siècle. Elles seraient inspirées d’un poème faisant référence à un fait divers. Un roman bien construit, entre passé et présent, qui gagne en intensité !

« Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » de Harper LEE ; Traduction de Isabelle HAUSSER

Tirez sur tous les geais bleus que vous voudrez, si vous arrivez à les toucher, mais souvenez-vous que c’est un péché que de tuer un oiseau moqueur.
Ce fut la seule fois où j’entendis Atticus dire qu’une chose était un péché et j’en parlai à Miss Maudie.
– Ton père a raison, dit-elle. Les moqueurs ne font rien d’autre que de la musique pour notre plaisir. Ils ne viennent pas picorer dans les jardins des gens, ils ne font pas leurs nids dans les séchoirs à maïs, ils ne font que chanter pour nous de tout leur coeur. Voilà pourquoi c’est un péché de tuer un oiseau moqueur. L’oiseau moqueur est celui qu’on ne doit pas tuer car il peut imiter des dizaines de chants et remplir le monde de  beauté.

Dans ce roman, Harper LEE  s’est inspirée de certains personnages et  lieux qu’elle a connus,  et du procès de Scottsboro qui a opposé deux femmes blanches à un groupe de neuf jeunes Noirs  qu’elles accusaient  de les avoir violées en 1931.

Je voulais tester ce roman devenu classique de la littérature américaine au même titre que les livres de Mark Twain. On y retrouve d’ailleurs, même s’il se déroule pendant la Grande crise de 1929, une certaine ambiance propre au sud des Etas-Unis  où règne une  religion rigoureuse, un certain conservatisme et la ségrégation raciale. Tout ceci est remis en question, ici,  par Scout,  une enfant indépendante qui refuse le rôle de fille que veulent lui faire endosser essentiellement les femmes de cette petite ville et sa tante Alexandra. Autre figure féminine, celle de Calpurnia, la cuisinière noire, qui a pris en partie la relève de sa mère décédée.

Harper Lee et Mary Badham, la jeune actrice dans le rôle de Scout

ATTICUS, son père avocat (droit et sage) a été  commis d’office pour défendre Tom Robinson, jeune noir accusé du viol d’une fille vivant dans la misère à la périphérie de la pette ville au milieu de 7 frères et sœur et d’un père violent.

Si le livre ne bascule pas dans le cucul,  le moralisme, et ne se résume pas au traditionnel combat du bien contre le mal, c’est grâce à la vivacité intellectuelle de Scout, et de ses relations avec son frère Jem qui entre subtilement dans l’adolescence au cours des trois années du récit, à son humour et celui de son père progressiste qui cherche toujours le dialogue avec tous.

Les enfants sont l’antidote contre les idées reçues et leur esprit curieux persiste chez certains adultes. Atticus et  Miss Maudie, une voisine assez impertinente chez qui Scout passe souvent du temps en font partie. Ils agissent en profitant de leur relative liberté de mouvement. Par contre, certains adultes restent victimes des préjugés et ne doivent leur salut qu’à ce genre de personnes énergiques :  Tom Robinson de façon assez évidente et Boo Radley. Arthur Radley de son vrai nom, c’est le  voisin reclus dans sa maison et attisant toute la curiosité fébrile des enfants en apportant son lot de frissons au livre. Scout, son frère et DILL, (un ami qui passe les étés à Maycount  inspiré par Truman Capote, un ami de l’auteure) se lancent des défis à qui osera rentrer dans sa maison décrépie et surtout le faire sortir. Les fantasmes et récits effrayants qui accompagnent ce personnage proche du croquemitaine révèlent  l’état d’esprit d’une partie de la population que les enfants veulent tester.

Capture d’écran extrait du film « Du silence et des ombres de Robert Mulligan » Les enfants scrutent la maison de BOO

 

Petit détail : dans le livre, il est indiqué que, selon certaines interprétations de la Bible, les catastrophes naturelles étaient causées par la désobéissance des enfants. Voilà qui est bien pratique !

Beaucoup de points d’accès à ce roman : conte, roman sociologique sur l’Amérique de la Grande dépression, roman d’éducation font que des  lectorats variés et de plusieurs âges peuvent y être sensibles.

Légèreté et profondeur du style, des personnages, de l’histoire mêlant l’intime et le général, les détails réels et la fiction allant parfois même vers le gothique, font de ce titre une lecture précieuse et persistante, comme le sont souvent les classiques qui touchent l’universel.

Après ce roman, Harper LEE  a dit « J’ai dit ce que j’avais à dire » et n’a plus écrit . Par contre, un livre écrit avant « l’oiseau moqueur » situé vingt ans plus tard, et comprenant les personnages mêmes personnages, est sorti en 2015 sous le titre « Va et poste une sentinelle »

Une petite  Video  sur u compte rendu de lecture de ce livre par une classe (en anglais)

Le langage  utilisé à l’encontre des noirs qualifiés de « nègres » à l’époque et rapporté dans le livre lui a valu d’être retiré du programme de certains états.

Pour le résumé et la réservation dans une bibliothèque du Haut-Rhin, c’est ici
Et le petit tour de  chant de l’oiseau moqueur.

L’Aube sera grandiose d’Anne-Laure Bondoux Gallimard Jeunesse

Je trouve la couverture particulièrement réussie. J’ai pourtant hésité à ouvrir ce roman. Je craignais un huis-clos ennuyeux. Il n’en a rien été. Titania, la mère de Nine, embarque sa fille à l’improviste alors qu’elle avait prévu d’aller à la fête de son lycée. Elles se rendent dans une Laube-sera-grandiose_Anne-Laure Bondouxcabane au fond des bois, près d’un lac. Là, Titania commence à raconter son enfance, dans les années 1970. A l’époque, elle ne portait pas le même prénom. Elle vivait avec ses deux frères, des jumeaux, nommés Octo et Orion et sa mère, Rose-Aimée. C’est ainsi que, de révélations en révélations, Titania va transmettre à sa fille, en une nuit, l’histoire d’une famille dont elle ne soupçonnait pas l’existence. Les pères sont les grands absents. Cependant, les figures masculines sont bien présentes par le biais des pères de substitution, attentionnés et sympathiques, mais quittés du jour au lendemain. Rose-Aimée apparaît comme une mère fantasque jusqu’à ce que les derniers secrets soient dévoilés. Les enfants, ballotés, réussiront chacun à évoluer et  à trouver leur voix, malgré les difficultés. Reste à savoir comment Nine, une fois l’aube arrivée, va accueillir ces confidences… Un roman bien mené, joliment illustré par la fille d’Anne-Laure Bondoux. Il a été couronné par le prix Vendredi. Ce livre plaira aux ados et adultes.