Archive mensuelles: septembre 2019

Les Pestiférés Marcel Pagnol, scénario Serge Scotto Eric Stoffel, dessin Samuel Wambre, Bamboo Ed.

 

Une fois n’est pas coutume, nous vous proposons une bande-dessinée. Et pour cause, l’histoire intégrale n’est disponible que sous ce format. « Les Pestiférés » est une oeuvre de Marcel Pagnol inachevée, publiée en partie dans Le Temps des amours. Pagnol avait raconté la fin à sa femme et à son fils. C’est à partir de ces souvenirs que les auteurs font revivre ici le récit.

Maître Pancrace, docteur, a pas mal bourlingué avant de se poser dans un quartier à flanc de colline de Marseille. Quartier ou plutôt petit village… Chacun se connait. Lorsqu’en 1720, ce qui sera la dernière grande épidémie de peste en France arrive, Pancrace est bien décidé à protéger la petite communauté. Pour ce faire, il organise de quoi tenir un siège. Mais, cela suffira-t-il à maintenir la peste à distance ? Une oeuvre particulièrement intéressante qui présente des similitudes avec une fable philosophique.

La couverture est une réussite. J’ai aimé également les tons chauds des dessins. A lire sans tarder !

 

 

Graceland à propos de « Grace » de Paul LYNCH ; Traduit par Marina BORASO

La faim, croisée dans « Des jours sans fin », la traversée à pied d’un pays dans « Au loin » , c’est un peu les deux que nous fait ressentir ce très beau roman où l’on suit Grace et la présence bavarde de son frère mort, à travers l’Irlande frappée par la famine en 1845.

Roman d’apprentissage qui nous plonge dans les choix arrachés par la survie aux habitants les plus pauvres, il est habité par la mort, la maladie dans un hiver qui semble sans fin. Grace nous guide à travers ce monde en suspens où ses rencontres la sauvent ou la perdent sur le chemin du retour chez elle. Au début du roman, déguisée en garçon, elle se fait éjecter  de sa maison par sa mère : ses chances de survie seront meilleures sur les routes pense -t-elle.

Jeune femme assise
Paul Burty Haviland CA1909

« Elle n’est pas comme tous ces gens sur les routes, , elle le sait, ce qui s’abat sur eux ne la touchera pas… Si j’avais quelque chose, ils voudraient le voler, ils seraient prêts à tout pour le prendre, alors, ils ne méritent pas ma compassion ».

Mais Grace , accompagnée par son frère Colly est pleine de cette énergie terrestre qui manque alentours. Les pensées magiques lui permettent de survivre au monde affamé et couvert de neige qui devient flottant.

« Je n’ai pris qu’un chou, je vous le jure, je peux retourner là-bas et le replanter. Mais c’est sa main qui s’avance pour offrir au policier une galette d’air pur, c’est tout simple, monsieur, mais ça nourrit bien quand même. Le visage de l’homme a une rigidité de pierre, et pourtant elle devine au coin de sa bouche le froncement d’un rire. Si je peux te donner un conseil, c’est de quitter cette ville sans tarder. « 

 

« Des murmures, , une forme floue qui s’avance, un visage apparu dans la nuit éclairée de lune, un homme qui n’est qu’un paquet d’os comme s’il avait emprunté son corps à ce qui se cache sous terre et l’avait revêtu d’une immense paire  d’yeux et il lève  sa pelle pour l’intimider en lâchant une espèce de grondement animal. Ce qu’un homme trouve pour se nourrir,  ne regarde que lui, déclare Colly. « 

Et tout le long, ce texte  très beau et ouvragé font de ce livre un de mes préférés de l’année !

« L’éclat des jacinthes bleues baigne les arbres d’une légère brume, et à l’instant où elle pose les mains sur son ventre, les mots lui montent spontanément aux lèvres et elle dit à Jim  : cette vie est lumière »

Réserver dans une bibliothèque du Haut-Rhin

La Malchimie de Gisèle Bienne Actes Sud col. « un endroit où aller »

Cette collection rassemble des textes de genres divers. Il s’agit ici d’un récit, celui de Gisèle Bienne, racontant les jours passés auprès de son frère, atteint de leucémie. Après un premier roman qui l’avait fait connaître, l’auteure avait été ostracisée par sa famille. Elle n’a renoué le contact que sept ans plus tard lorsque la maison familiale a brûlé. Dans ce texte, ce conflit n’est pas évoqué. Gisèle Bienne  nous parle de Sylvain, un de ses jeunes frères. Elle reçoit, un jour, un La Malchimie_Gisèle Bienneappel de sa belle-soeur l’informant de son entrée à l’hôpital Robert Debré de Reims. « Avait-il eu des symptômes ? Comment savoir, il ne se plaignait jamais. Les résultats d’une analyse routinière avaient alerté le laboratoire. On avait procédé à une seconde analyse et un rendez-vous avait été pris sur le champ avec l’hôpital ».  Pendant qu’elle se prépare à entrer dans la chambre stérile, une jeune femme la questionne sur le métier de Sylvain.  » Un agriculteur de plus, ils ont constaté » lui indique-t-elle, comme son mari. En effet, Sylvain est ouvrier agricole, un métier qu’il aime, une vocation pour laquelle il a œuvré sans compter. Mais aujourd’hui, la manipulation des produits chimiques et autres pesticides est fortement soupçonnée d’être liée à la survenue de cancers. Gisèle Bienne s’informe tout en multipliant les visites auprès de son frère. Ces rencontres sont l’occasion de se souvenir des moments passés ensemble. Enfants, un lien particulier les reliait quand ils jouaient dans les champs et participaient aux travaux de la ferme.

Un texte poignant sur un sujet d’actualité… L’auteur souligne l’ironie de la situation  : une maladie, sans doute provoquée par les dérives de la chimie et du productivisme, soignée par une autre chimie, parfois tout aussi ravageuse. A travers le destin de son frère, c’est celui d’anonymes à qui Gisèle Bienne donne sa voix. Elle évoque, en parallèle, le destin de l’écrivain Susan Sontag, vaincue par un cancer et dont le combat acharné fut relaté par son fils.

« Un hiver en Bretagne » de Michel le Bris

 

Le vent : tout, digues, haies et murets, s’organise en fonction de ses caprices. Il est tout à la fois la menace et la promesse. Il est si fort qu’à certains endroits, sur les hauts de Barnénez ou a Guerzit, les arbres poussent en forme de coups de vent, et leurs branchages sont des rafales.

Le vent parcourt toutes les pages de cette autobiographie par Michel Le Bris, capitaine du festival Etonnants Voyageurs livres et cinéma d’aventure. Il gonfle les voiles de tous les marins pêcheurs, sportifs ou aventuriers  qui sont partis de la baie de Morlaix dont est originaire l’auteur. Le vent traverse les terres et les champs, gonfle les nuages en remuant la mer dont il est aussi beaucoup question ici  que d’odeurs. De jeux de lumières aussi ! Plus qu’une vie de l’auteur, c’est l’histoire de ce coin (magnifique) de Bretagne qui a vu naître, partir et parfois revenir en pointillé,  bon nombre de personnages prêts à partager leurs récits du monde autour d’un ou plusieurs verres, attisés par la compagnie réunie au fond d’un bar comme le Ty Coz .

Parce que Michel le Bris, comme la baie, c’est l’ouverture vers le large et le retour vers ce terroir magnétique. On assiste grâce à ce récit au bouleversements des activités humaines agricoles et maritimes dans les années 70, de la pêche à pied à la pêche tout court,  au développement commercial de Morlaix dès le 16è siècle, on rencontre les gloires locales, on voyage dans l’imaginaire vaste de ce royaume, même si ce n’est pas un roman.

« Mes royaumes. Que cherchent-ils tous pour braver ainsi le froid, demain le vent, ou la pluie ? Quelques crevettes ou praires de plus  ? Allons donc ! Quelque chose de bien plus essentiel et de mystérieux qui les a faits ce qu’ils sont, et seront à jamais. Quelque chose qui, depuis, ne cesse de les appeler. Leur âme, tout simplement. « 

Une raison de plus pour se lancer, c’est magnifiquement écrit, alors, enfilez votre ciré et lisez-le même sous la pluie (ça arrive).

Réservation sur le portail des bibliothèques du réseau du Haut-Rhin.