Archives par auteur: Aurélie

Emmurés d’Axel Bell Milan 2018

En 1910, sur l’île de Skye, des petites filles jouent à enterrer leurs poupées, appelées « Frozen Charlotte ». Quelques décennies plus tard, à notre époque, Jay montre à son amie Sophie la planche ouija qu’il a téléchargée sur son téléphone. Ils essaient de se connecter à l’esprit de Rebecca, la cousine de Sophie, morte dans des conditions inexpliquées. C’est alors qu’une série de phénomènes étranges se produisent. La planche leur dicte des messages qui parlent d’un portail, de sable noir et de Frozen Charlotte. Pour finir, la planche annonce la mort de Jay, le soir-même. Lorsque celle-ci advient, Sophie décide de partir pour l’île de Skye rencontrer la famille de Rébecca. Un roman accrocheur qui fait frissonner !Emmurées_Alex Bell

J’ai aimé l’atmosphère de ce livre. La famille de Rébecca est installée dans un vieux manoir, au bord de la mer,  qui a servi d’école pour filles. L’ambiguïté des personnages rend l’intrigue intéressante. A l’instar des clowns, les poupées sont des personnages récurrents des films d’horreur (Annabelle, par exemple). Les Frozen Charlotte étaient des poupées en vogue à la fin du 19ème siècle. Elles seraient inspirées d’un poème faisant référence à un fait divers. Un roman bien construit, entre passé et présent, qui gagne en intensité !

L’Aube sera grandiose d’Anne-Laure Bondoux Gallimard Jeunesse

Je trouve la couverture particulièrement réussie. J’ai pourtant hésité à ouvrir ce roman. Je craignais un huis-clos ennuyeux. Il n’en a rien été. Titania, la mère de Nine, embarque sa fille à l’improviste alors qu’elle avait prévu d’aller à la fête de son lycée. Elles se rendent dans une Laube-sera-grandiose_Anne-Laure Bondouxcabane au fond des bois, près d’un lac. Là, Titania commence à raconter son enfance, dans les années 1970. A l’époque, elle ne portait pas le même prénom. Elle vivait avec ses deux frères, des jumeaux, nommés Octo et Orion et sa mère, Rose-Aimée. C’est ainsi que, de révélations en révélations, Titania va transmettre à sa fille, en une nuit, l’histoire d’une famille dont elle ne soupçonnait pas l’existence. Les pères sont les grands absents. Cependant, les figures masculines sont bien présentes par le biais des pères de substitution, attentionnés et sympathiques, mais quittés du jour au lendemain. Rose-Aimée apparaît comme une mère fantasque jusqu’à ce que les derniers secrets soient dévoilés. Les enfants, ballotés, réussiront chacun à évoluer et  à trouver leur voix, malgré les difficultés. Reste à savoir comment Nine, une fois l’aube arrivée, va accueillir ces confidences… Un roman bien mené, joliment illustré par la fille d’Anne-Laure Bondoux. Il a été couronné par le prix Vendredi. Ce livre plaira aux ados et adultes.

 

 

 

 

Falaise des fous Patrick Grainville Seuil 2018

Charles est orphelin. Après une blessure militaire en Algérie dans les années 1860, il se retire à Etretat dans une des demeures de son oncle. C’est là qu’il rédige ses mémoires, décrivant ses rencontres amoureuses mais aussi artistiques avec des peintres venus peindre l’Aiguille et les paysages marins. Il se liera d’amitié avec certains, comme Courbet. C’est pourtant l’étrange Monet qui marquera sa vie même s’ils ne se croiseront que Falaise des fous_Grainvillebrièvement. Il deviendra l’amant de la femme d’un riche ingénieur nommé Gosselin, proche de Haussmann. C’est toute la fin du 19ème siècle et le début du 20ème siècle qui sont décrits à travers les yeux de Charles et de sont entourage. Evidemment, c’est intéressant, très intéressant d’autant que nous sommes dans une période qui engendra des bouleversements en Europe. L’auteur nous donne l’impression de côtoyer les grandes figures littéraires et artistiques de l’époque. On y apprend les caractères et les prises de position de ces illustres personnages. Cela frise parfois l’indigestion. Mais il faut saluer l’énorme travail de documentation. Le style est lui aussi très riche. Là où les peintres avaient le pinceau habile, Grainville a la plume habitée. Il décrit ainsi Le Havre : « Une mer franche, coupante, hilarante. Une marqueterie d’éclats de soleil jusqu’à l’horizon. Et là, les navires étaient tout habillés de leur parure épique, flamboyante. D’innombrables voiliers partout, gonflés à bloc par le norois. Un grand soleil s’épanouissaient entre des nuages clairs et véloces. Le tintamarre des vapeurs au corps noir tranchaient avec le superbe sifflement des misaines et des beauprés. » On sent que l’auteur a vécu près de le mer et aime le milieu maritime. J’avoue avoir sauté quelques passages descriptifs. Mais cela ne m’a pas empêché d’admirer la prose. Un roman (très, trop ?) foisonnant !

La Faucheuse Livre 1 Neal Shusterman R. Laffont 2018

Neal Shusterman est un auteur américain prolifique. Il écrit également pour la télévision et le grand écran. Ce livre devrait d’ailleurs sortir au cinéma. Nous sommes dans un futur où l’humain ne connaît plus la mort. Il vit par cycle et peut rajeunir physiquement quand bon lui semble.La Faucheuse de Neal Shusterman Un énorme internet, le Thunderhead, dirige le monde. Pour limiter la population, une communauté de faucheurs vient glaner quelques humains. Rowan et Citra ont été choisis par Maître Faraday pour devenir apprentis « faucheurs ». Pendant un an, ils doivent l’accompagner  et passer des épreuves. Mais une terrible décision des faucheurs vient semer le trouble. A l’issue de l’année d’essai, le gagnant devra tuer le perdant. Rowan et Citra qui se sont rapprochés ne peuvent se résoudre à accepter la décision. Elle leur paraît d’autant plus injuste qu’elle est le reflet de la mainmise d’un clan de faucheurs pervertis et assoiffés de pouvoir et de meurtre. L’histoire alterne avec des extraits de journaux intimes des protagonistes. Ce livre développe la réflexion sur la mort et sa place (ou son absence)  et des thèmes connexes. C’est un monde original et dur. On sort des dystopies habituelles. L’histoire d’amour qui se greffe est, elle, beaucoup plus classique. J’ai bien aimé la couverture en trompe-l’oeil. Le second tome est déjà paru en français.

Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ? Sylvain Levey Théâtrales Jeunesse

Pour écrire cette pièce de théâtre, l’auteur est parti d’un fait divers qui s’est déroulé en 2014. Une jeune Américaine a pris un selfie à Auschwitz. Elle y figure, tout sourire, en sweat rose accompagné d’ un smiley heureux. Ce selfie a suscité de violentes réactions sur la toile. Sylvain Levey transpose cet évènement à travers l’histoire de Michelle ou plutôt, uneviedechat, son avatar sur les réseaux. Michelle a perdu son père il y a trois ans. Si son double numérique continue à vivre sur les réseaux, sa présence et ses conseils manquent cruellement à Michelle. Le jeune fille part en voyage scolaire en Pologne. Nous la suivons grâce à ses dialogues avec sa mère et ses amis, le plus souvent par sms. Il y a aussi les messages des professeurs et les selfies pris aux quatre coins du monde par des célébrités et des inconnus. Et puis, il y a le selfie à Auschwitz… Cette pièce met en avant des sujets de réflexion particulièrement centraux et actuels : le numérique et les réseaux sociaux, les codes de conduite et le respect notamment dans un lieu de mémoire, le harcèlement. Le selfie est-il une image comme les autres ? En allant plus loin, quelle place pour l’art dans un lieu de commémoration ? Bref, cette courte pièce est un bon point de départ pour lancer la discussion. Cependant, la transcription au théâtre du langage SMS est assez déroutante. Comme certaines critiques l’ont fait remarquer, je serais curieuse de voir la pièce. En tous cas, un bon moyen de convaincre de l’intérêt d’un genre littéraire à la peine mais plein de ressources et de talents, le théâtre.

L’Eveil Stade 1 Jean-Baptiste de Panafieu Gulf Stream

Eveil_Jean-Baptiste de PanafieuQui n’a rêvé de voir son chat ou son chien lui répondre ? Laura, spécialiste en neuro-génétique, a inoculé un virus à une souris. Celle-ci réussit à s’échapper du laboratoire et à transmettre le virus à d’autres animaux. Progressivement, ces derniers voient leurs facultés se développer. Ils s' »éveillent ». Dans le quartier, Gabriel, le frère de Laura et ses amis Alya et Clément assistent à l’éveil du perroquet Montaigne, du chat Chou-K et du chien Cabosse. Grâce à un logiciel, ils arrivent à communiquer entre eux. Sommée par la multinationale agro-alimentaire WOFF de créer un « contre-virus », Laura s’enfuit avec les adolescents et leurs animaux. Progressivement, différentes espèces de mammifères prennent conscience de leur situation et s’organisent. Des leaders émergent ainsi que des groupes d’opinion. C’est toute la société, créée par les hommes, qui est remise en cause.

Un premier tome intéressant qui questionne l’homme sur son rapport à l’animal. L’auteur prend le temps de montrer l’éveil de plusieurs mammifères. C’est vraiment une mise en place de l’intrigue. Du coup, le rythme m’a paru lent mais il est contrebalancé par l’originalité du thème et son traitement.

Qui ment ? Karen M. McManus Nathan 2018

Cinq jeunes du lycée de Bayview sont collés. Un des élèves meurt. Qui reste ? quatre suspects. Parmi eux, il y a Nate, le rebelle, Cooper le beau sportif, Addy, la potiche  et Bronwy, l’intello. Simon, la victime, était aussi l’auteur de l’appli à scandale Askip. A la manière de la série Gossip girl, il y dévoilait les secrets les plus inavouables des lycéens. Il jouait le rôle du narrateur omniscient et tous avait une raison de lui en vouloir. D’autant que l’appli n’a pas cessé de fonctionner avec la mort de son créateur…Qui-ment-_McManus

Qui tire les ficelles ? De révélations en révélations, les personnalités s’affinent et dévoilent leur part d’ombre et de complexité. Derrière les stéréotypes, il y a des sujets plus profonds sur l’homosexualité, la dépersonnalisation, la fraude… Une réflexion est menée également sur les raisons qui poussent des élèves à se sentir exclus. Le suspens est maintenu jusqu’à la fin. Un thriller accrocheur !

 

Mon Traître d’après le roman de Sorj Chalandon Pierre Allary Rue de Sèvres

Mon traître_Sorj ChalandoIl y a des livres qui vous tentent et qui vous intimident à la fois. J’avais commencé Le Quatrième mur pour lequel Sorj Chalandon a reçu le Prix Goncourt des lycéens. Il m’était tombé des mains. J’aurais dû persister, persuadée que je me serais laissée happer par l’histoire. Mais il n’en a pas été ainsi. J’appréhendais donc cette lecture dont le sujet, le conflit en Irlande du nord, me semblait un peu difficile. Quand j’ai vu l’adaptation en bande-dessinée, j’ai compris qu’une occasion s’offrait à moi. Le rendu artistique de Pierre Allary attire l’œil. Les traits sombres et le monochromatisme, tantôt vert, jaune ou bleu, collent à l’histoire.  A quelques milliers de kilomètres de Paris, c’est la guerre. Les Irlandais du nord se déchirent et l’armée britannique, censée apaisée le conflit, y prend part. C’est dans ce contexte qu’Antoine, un luthier français, se lie d’amitié avec un couple d’Irlandais. Par leur intermédiaire, il fait la connaissance d’une figure emblématique de l’IRA, Tyrone Meehan. Le récit décrit cette amitié profonde qui donnera envie à Antoine de s’engager pour la cause. Mais au fil de la bande-dessinée, apparaissent les interrogatoires de Tyrone par l’Ira.

Au final, l’histoire d’amitié trahie, sur fonds de guerre civile, est bien retranscrite. On ne peut rester insensible. Pierre Allary a pris des libertés dans le dessin (notamment pour les personnages) mais reste fidèle au roman.Je me suis aussi replongée dans le conflit, avec l’envie d’en savoir plus. J’attends l’adaptation de la suite Retour à Killybegs qui est annoncée. Je crois que je vais m’en tenir, pour cette fois encore, à la bande-dessinée. Elle a le mérite de permettre un accès facile et rapide à l’histoire et de proposer un visuel de qualité !

 

Quelques livres « légers » pour l’été…

Voici quelques idées de lectures pour ensoleiller votre été :

Le Jour où maman m’a présenté Shakespeare de Julien Aranda Eyrolles

L’histoire d’un jeune garçon, élevé par sa mère, comédienne et fantasque. Baignés de poésie et de théâtres, ils réussiront à surmonter les ennuis. Un roman plein d’optimisme !

Rêver n’est pas un vilain défaut Carole Cerruti City éditions

Une comédie romantique à la Bridget Jones ! Une jeune femme rêve de terminer son premier roman, de maigrir et de trouver un amoureux. Rêver_CerrutiInvitée à une soirée de retrouvailles d’anciens étudiants, elle décide de louer les services d’un acteur. Mais celui-ci n’est pas à son goût…

Reste aussi longtemps que tu voudras de Mélanie Taquet Editions d’organisation

Nina part retrouver son amie, Hannah qui tient un bed&breakfast à Florence. La vie des deux femmes est compliquée. Hannah doit composer avec sa sorcière de belle-mère qui s’ingère dans son couple. Quant à Nina, il semble qu’elle porte un terrible secret.

Poste restante Lorraine Fouchet à Locmaria Héloïse d’Ormesson

Chiara, une jeune italienne, apprend que son père n’est pas mort. Il vit en Bretagne sur l’île de Groix. La jeune femme décide alors de partir travailler sur l’île. Elle va alors de rencontres en rencontres…

Viens on s’aime  Morgane Moncomble Hugo et Cie

Une romance addictive autour d’un trio amoureux et d’une amitié qui bascule.

L’Aile des vierges Laurence Peyrin Calmann-Lévy

Maggie, une jeune anglaise, issue d’une famille de féministe, doit renoncer à ses ambitions. En avril 1946, elle rentre au service des riches Lyon-Thorpe. Elle y fait la rencontre de l’héritier qui, contre toute-attente, est également pris aux pièges des conventions.

 

Glaise Franck Bouysse La Manufacture de livres 2017

Un hameau dans le Cantal, pendant la guerre 14/18… Les familles ont vu partir leurs fils, maris et pères. Les femmes et les enfants les remplacent aux travaux des champs. Une longue attente commence. Chez les Landry, Mathilde et son fils Joseph, 15 ans, s’épaulent pour les tâches domestiques, aidés du vieux Léonard. Plus loin, il y a les Valette : l’homme, mutilé, et  sa femme. Ils accueillent, de mauvaise grâce, Irène, leur belle-sœur et Anna, la nièce. Les deux femmes, venueGlaise_Bouysses de la ville, vont bouleverser involontairement l’équilibre du hameau.

La glaise est une terre qui englue les soldats, les garde loin de chez eux. C’est cette même substance qui retient aussi les paysans à leur terre. On imagine facilement les personnages, tels de minuscules fourmis, essayant de s’y dépêtrer, luttant contre les éléments. Franck Bouysse excelle dans la peinture sombre des campagnes, le « noir rural », mélange d’angoisse et de solitude. On lit l’auteur autant pour l’atmosphère que l’histoire de ses romans.