Archives par auteur: Bénédicte Wolf-Kiene

« My absolute Darling » Gabriel TALLENT ; Trad. de Laura DERAJINSKI

L’amour monstre : c’est ce qui m’est venu à l’esprit tout au long de la lecture de ce livre dérangeant qui faisait partie de ma PAL d’été. Car, selon Martin,  il s’agit d’amour pour sa fille Turtle. En anglais, cela donne »Tortue », parce qu’elle a une magnifique carapace, cette ado de 14 ans  qui se parle à elle même pour tenter de démêler le vrai du faux. Forcément, elle n’a pas d’ami et les seules bribes de communication  qu’elle a au collège se limitent à un mot ou deux, concédé à la vie en commun. En général c’est plutôt . « Espèce de salope, assise là, avec ton vernis à ongle, à te passer la main dans les cheveux ». Langage qui peut gêner certains lecteurs, mais qui, à mon avis,  n’est pas artificiel et correspond vraiment à une violence qu’elle porte en elle.

Elle entretient une relation plus normale avec son grand-père vétérant du Vietnam, vivant un peu à l’écart,dans une caravane. En même temps, et c’est cela qui est terriblement malsain, son père est cultivé, grand lecteur et cette ambiguïté dont Turtle essaie de sortir à tout prix. Cela ne vous rappelle pas quelqu’un ? Une autre figure du mal : le révérent dans la « Nuit du chasseur », qui utilisait le discours biblique comme couverture pour mieux masquer ses intentions maléfiques.

 

Robert Mitchum dans »La nuit du chasseur » de Charles Laughton 1955

En père exclusif et charismatique, il « élève »? ? seul son adolescente dans le culte de la nature et la méfiance systématique vis à vis de ses congénères dans une maison  rudimentaire pénétrée par une nature sauvage encerclant le huis-clos du père et de la fille. Martin apprend la survie à sa fille, qui a comme occupation le tir au fusil, l’entretien scrupuleux des ses armes. Il la maintient « pour son bien » sous sa coupe terrifiante mêlant réflexion apocalyptique bien argumentée, déclarations d’amour passionnées accompagnant les abus sexuels et la violence crescendo qu’il lui fait subir à mesure qu’elle essaie de lui échapper. Le tout agrémenté d’intimidation et de poison distillé dans l’esprit de sa fille rendu captif jour après jour.

Mais, après deux rencontres bénéfiques : une professeure, puis un garçon, la fuite peut être programmée. Au nom de sa liberté, de sa survie et celle d’une autre proie capturée par Martin, la jeune fille va défier son père et prendre des risques difficilement calculables, et toujours remis en questions par l’amour tordu et la culpabilité qu’il a semés en elle.

Turtle reste là, et elle pense Tu peux tourner les talons maintenant car tu n’as aucun plan, tu ne peux rien faire, tu ne peux emmener cette gamine nulle part. Penser autrement serait un aveuglement total. Pense à  qui il est. A quel point il est plus grand que toi. A quel point il est plus fort et plus intelligent que toi. Elle pense Tu vas mourir… Et pourquoi ? A l’instant même où tu sortiras de la maison avec la gamine, il roulera jusqu’à la maison de la côte et il te tuera.

Le thème du mal a déjà été traité en littérature et ailleurs, mais la puissance de ce livre, proche du thriller m’a bouleversée et je me garderai bien d’en révèler l’issue !!

Pour se renseigner ou le réserver sur Calice68, c’est ici

Voir d’autres ciritiques : https://www.telerama.fr/livres/my-absolute-darling,n5514901.php ou  là

 

 

 

« Retour à Little Wing » de Nickolas BUTLER ; trad. de Mireille VIGNOL

Sur les conseils de ma collègue Bénédicte,  ce titre a eu le droit de faire partie de ma PAL d’été ! (à venir). Tous les ingrédients font de ce livre un candidat à une adaptation (les droits achetés, mais pas de tournage encore) : une bande de potes qui ont grandi dans un  patelin agricole plus ou moins touché par la crise. Ici, c’est Little Wing, enfoui au fin fond du Midwest américain. Certains ont voulu s’en échapper, d’autres y ont construit leur vie d’adultes. A l’occasion du retour dans le cadre d’un projet d’investissement local  de Kip, le plus arrogant, ils se retrouvent.

 

Schéma assez classique : c’est l’occasion de faire des bilans, d’essayer de régler certains contentieux, d’éclaircir des zones d’ombres, de faire des retours nostalgiques vers le passé commun. C’est un secret révélé qui va provoquer la  crise la plus importante, et apporter une dose de hasard vital.  Les chapitres sont chaque fois consacrés à un des personnages qui prend la parole pour faire des allers-retours entre passé simple et présent souvent complexe. C’est plutôt un roman centré sur les hommes qui révèlent ici leurs failles, leurs projets, leurs jalousies, leurs difficultés à communiquer, le tout dans une langue simple mais précise dans la psychologie. Le portrait de Beth, qui forme le couple le plus soudé avec Hank est aussi très bien, avec ce qui y a d’énervant dans les couples qui ont l’air parfaits !

Au début, j’ai trouvé tout cela un peu léger, mais l’histoire prend de l’épaisseur au fur et à mesure que certains éléments viennent déstabiliser l’échafaudage et que la porte s’ouvre sur certaines pensées fatales. Les amis sont suffisamment différents pour rendre le tableau crédible et c’est aussi sur l’empathie que se construit l’attrait de ce livre. On arrive forcément à s’identifier à l’un d’eux, même à plusieurs, selon les moments.  surtout quand on vient d’une famille moyenne, après avoir vécu dans une petite ville, ce qui est arrivé à beaucoup de lecteurs et à l’auteur, amoureux de cette région et qui y vit.. Le portrait de Lee, le musicien devenu célèbre a été inspiré par Justin Vernon et là , je ne résiste pas à un petit partage de  « Holocene » de ce superbe musicien  qui a fréquenté la même école que Nickolas Butler.


Pour finir, c »est aussi le portrait en filigrane de la ville et de certains américains.

LEE « Pour moi c’est ça, l’Amérique : des pauvres gens qui jouent de la musique, partagent un repas et dansent, alors que leur vie entière a sombré dans le désespoir et dans une telle détresse  telle qu’on ne penserait jamais qu’elle tolère la musique, la nourriture ou l’énergie de danser. On peut bien dire que je me trompe, , que nous sommes un peuple puritain, évangélique et égoïste, mais je n’y crois pas. je REFUSE  d’y croire »

Donc, un très bon livre, pas révolutionnaire, mais très attachant.

Il a reçu le Prix Page/America 2014, son Titre original : « Shotgun lovesongs »

A retrouver sur  Calice 68,  le portail des Bibliothèques du Haut-Rhin !

« Paysages perdu : de l’enfant à l’écrivain » de Joyce Carol OATES ; trad. par Claude SEBAN

Un récit autobiographique passionnant qui met les lecteurs à hauteur de l’écrivain immense qu’est Joyce Carol OATES. En fait, elle descend en elle même  en nous  invitant à visiter les lieux où elle a grandi. Elle nous explique comment ils ont été déterminants dans sa vision du monde en tant qu’individu et dans son parcours en tant qu’écrivain ( dans son besoin irrépressible et très précoce d’écrire aussi).  Tout ce voyage à partir des images qu’elle en a conservées, puisque ceux-ci n’existent plus tels quels.

Au commencement, nous sommes des enfants imaginant des fantômes qui nous effraient. Peu à peu, au cours de nos longues vies, nous devenons nous-mêmes ces fantômes, hantant des paysages perdus de notre enfance.

Grandie à la campagne dans les années 30, avec des parents aimants et une famille dont une partie était issue de l’immigration Hongroise, elle a été confrontée à la violence comme à l’amour, les deux restant présents dans son œuvre.

Elle nous parle de ses rapports aux livres : l’amour qu’elle a pour Alice au pays des merveilles à laquelle elle s’identifie dans la mesure où, comme Alice, elle analyse les situations de sa vie et ne se laisse pas envahir par les sentiments.  Mais aussi de ses études en littérature, après avoir obtenu une bourse de 500 dollars (car sa famille était pauvre).

Et on s’aperçoit que les thèmes ou les ambiances qu’elle arrive si bien à nous faire partager dans ses livres, se retrouvent dans son enfance. Cela paraît évident, mais elle en fait la démonstration. Mais en même temps, elle nous fait partager les difficultés de rendre compte de certains aspects du passé. Lorsqu’elle veut écrire sur sa relation avec son mari après le décès de celui-ci : elle l’a fait dans « J’ai réussi à rester en vie » , cela est trop douloureux pour elle. Elle nous confie la difficulté d’écrire pour saisir les impressions fugitives qui unissent deux personnes, « essentiellement des tics de comportements » et   » Il y a le mystère du toucher. Impossible à rendre. »

« Les mots sont comme des oiseaux sauvages-Ils viennent quand ils veulent, non quand on les appelle »

Le hasard, la violence, une certaine noirceur,  les difficultés à communiquer avec les proches, la famille, le mystère des enfants et des adolescents, les campagnes sauvages, les villes qu’on retrouve dans ses œuvres, la différence, tout est là !

Son goût pour la solitude volontaire, les insomnies, tout ça la caractérise aussi et lui a permis de développer tout son puissant imaginaire ! Dans le documentaire sur David Lynch,  » The art life »  j’ai eu la même impression à propos de l’influence de certaines scènes vécues qui infusent toute sa créativité très liée à sa personnalité originale. Mais dans « Paysage perdu », c’est elle qui contrôle entièrement  la visite, posant les questions et y répondant.

Pour moi, la chanson de Dominique A « Le corps de ferme abandonné » résonne tout à fait avec le chapitre correspondant à l’incendie de la maison maudite habitée par une famille encore plus pauvre que la sienne et bien plus sauvage où elle avait une amie. Il s’y est passé des choses dramatiques.

Mais c’était les maisons abandonnées qui m’attiraient le plus. Marcher des kilomètres dans un air brûlant et lourd à travers des champs d’herbes épineuses et de ronciers, sur des affleurements d’ardoise s’étageant en degrés abrupts, était une partie de plaisir s’il y avait au bout…une maison vide.

Souvent, dans une maison vide, je surprenais l’ombre d’un mouvement au coin de mon œil : une silhouette ouvrant une porte. Il l’avait brutalisée, nous le savions. Et les enfants. Car ils étaient siens, c’était son droit. Nous avions tout en ne sachant pas, car personne ne nous l’avait dit.

Mais cette part cachée qui habite ses romans et ce qui les a inspirés font partie d’elle et cohabitent avec un sentiment et une chaleur humaine profonde.

Je ne souhaiterais certainement pas les revivre, mais paradoxalement, je ne voudrais pas ne pas les avoir vécus car j’aurais le sentiment que ma vie est moins complète ; ma vie d’écrivain surtout, pour qui la qualité de personnalité la plus essentielle est l’empathie.

Un livre témoignage riche et précieux pour tous les admirateurs de cette grande auteure et les autres !

Les titres de Joyce C Oates présents sur Calice68  le catalogue collectif des bibliothèques du Haut-Rhin

 

GABRIËLE de Anne et Claire BEREST

Francis Picabia, Marcel Duchamp, Apollinaire, Igor Stravinsky , mais aussi Calder, Arp, Brancusi. j’allais oublier Elsa Schiaparelli et Samuel Beckett  pour les plus connus. Le dénominateur commun (mais pas commune du tout car tout à fait particulière), c’est Gabriële Buffet, tête chercheuse  dans cette période de bouillonnement créatif, musicienne et penseuse de l’avant garde.  Ce roman biographique écrit à quatre mains par ses deux arrière petites filles nous fait partager sa vie tumultueuse avec le peintre poète Francis Picabia entre 1908 et 1919, date de leur séparation et de la naissance de leur dernier enfant. Elle incarne à merveille cette époque d’expérimentations et de volonté de liberté et de  rupture avec le 19è siècle tant  au niveau artistique qu’ intime. Pourtant, elle a toujours continué à aimer et protéger Picabia sujet à de fréquents accès de dépression suivis d’épisodes d »exaltation aventureuse en automobile alors que Marcel Duchamp, et Apollinaire se consumaient pour elle. Ils vivaient  plus ou moins en communauté et leurs relations furent entretenues par une correspondance poétique et passionnée.

Au delà des discussions enflammées parcourant le dadaïsme, les avant gardes et les voyages qui ont mené le couple terrible des capitales européennes jusqu’à New York en passant par le petit village d’Etival où elle avait ses racines, nous découvrons la puissance de l’attachement qui liait Gaby à Picabia « Funny guy » avec leurs zones d’ombre. C’est ce qui fait un des intérêts de ce roman très bien documenté qui peut intéresser les amateurs d’histoire de l’art, du féminisme, des relations amoureuses. Des références biographiques correspondant à chaque chapitre se retrouvent à la fin de l’ouvrage pour les plus curieux !

Et le côté très attachant de ce livre réside aussi dans l’échange qui est retranscrit entre les deux sœurs dialoguant dans l’écriture avec leur ancêtre flamboyante. Car c’est aussi une tentative  de reconstruction de leur famille qu’on voit se retisser peu à peu pour expliquer à leur mère à toute les deux pourquoi le fils de Gabriële, ( leur grand-père)  s’est suicidé à 27 ans.

 

 

Des jours sans fin de Sebastian BARRY ; Trad. de Laetitia DEVAUX

« Des jours avec faim  » aurait pu être un sous titre. Car il en est beaucoup question, de la faim : celle qui a poussé des paquets entiers de population à fuir l’Europe, traverser l’océan et plus encore pour avoir une chance de vivre ailleurs, celle qui tenaille le ventre des pionniers, des soldats… Et Thomas McNulty en sait quelque chose, lui qui l’a croisée dans tous les costumes qu’il a endossés au cours de sa nouvelle vie qu’il nous raconte ici.

« Je suis en train de vous raconter la fin de mon premier engagement dans le commerce de la guerre. Sans doute vers 1851. La fraicheur de l’enfance m’avait quitté, et je m’étais engagé au Missouri…La pire paie de toutes les pires paies en Amérique, c’était celle de l’armée. Et puis on vous donnait des choses tellement bizarres à manger que votre merde était une puanteur. Mais vous étiez contents d’avoir un boulot, parce qu’en Amérique, sans quelques dollars en poche, on crève de faim. Et j’en pouvais plus d’avoir faim.

Et quoi de meilleur dans ces conditions extrêmes qu’un ami pour la vie ? Il va le rencontrer dans la personne de John Cole, descendant d’indien et avec lequel il va bâtir une famille atypique composée de leur couple, d’une jeune indienne brillante et volontaire et un vieux poète noir en guise de grand-père. Cette structure constituera le point d’ancrage puissant et lumineux au milieu de toute la violence omniprésente. J’ai bien apprécié que la dimension homosexuelle des deux personnages, soit abordée de façon naturelle, comme faisant partie de leur vie privée se déroulant derrière un paravent bien que leur amour soit très fort. Le contraire du tape à l’œil.

John Cole avait que douze ans quand il est parti sur les routes. Dès que je l’ai vu, je me suis dit, un camarade. Et quel camarade. je trouvais ce garçon élégant, même avec son visage pincé par la faim…Notre rencontre s’est produite grâce au ciel qui s’est déchiré sous le poids du déluge. Loin de tout, dans les marais,, après cette bonne vieille Saint-Louis. A l’abri sous une haie, on s’attendrait plus à croiser un canard qu’un humain. le ciel se craquelle, je trouve un abri, et il est là…un ami pour la vie

Et il en faudra de l’amour et de la sagesse pour s’adapter pour survivre dans ces conditions. Bon, Thomas sait lire, ce qui n’est pas évident à l’époque. Les métamorphoses débutent avec le premier petit boulot, alors qu’ils étaient prêts à nettoyer les latrines de la ville, ils se retrouvent à faire danser des mineurs dans un saloon fraîchement ouvert. Thomas découvre le plaisir de porter des robes pour le spectacle. Ca le change de ses guenilles.

J’étais en tout et pour tout vêtu d’un vieux sac de blé attaché à la taille.. John Cole était mieux loti, avec un curieux costume noir qui devait avoir trois cent ans. Il était aéré à l’entrejambe… Alors, on entre, les yeux écarquillés. il y a là une ragée de vêtements comme un alignement de pendus. Des vêtements de femme. Des robes. On a regardé partout, je vous promets, il y avait rien d’autre.

La fréquentation des mineurs les révèlent en général moins terribles une fois qu’on les fréquente malgré leurs conditions de vie et leur solitude atroces. Eux aussi ont eu une vie avant celle là. Puis vient la période de l’engagement dans l’armée avec la chasse  aux indiens avec qui la lutte pour le territoire va être continuelle à coup de promesses non tenues, de vengeances au nom du groupe, des deux côtés, même si les indiens étaient considérés comme des saletés à nettoyer à tout prix pour faire place nette, quitte à mettre le feu à leurs campements et à perdre une part de son âme à chaque fois. Seul le caractère de certains gradés fera la différence à cette période dans la spirale où les milices agissant pour les colons joueront aussi un rôle dans le génocide.Thomas doutera souvent et réussira malgré tout à repérer ces nuances dans la violence générale.

Tout à coup, nous sommes pris d’une intense nervosité, on a presque senti nos os se crisper et se recroqueviller, notre cœur rester prisonnier de notre poitrine, alors qu’il avait envie de fuir… On était pas là, on était disloqués, on était devenus des fantômes.

Même si parfois une chasse au bison les rassemble, la mortelle mission reprend le dessus.

Les hommes étaient penchés vers le feu, ils discutaient avec la gaieté d’individus qui s’apprêtent à manger à leur faim au milieu de ces terres désertes, un curieux voile de givre et de vent glacial sur leur épaules… Les Shawnees ont chanté toute la nuit jusqu’à ce que le sergent Wellington rejette sa couverture et veuille les abattre d’un coup de fusil.

La guerre de Sécession fera ensuite partie de ce  tableau de genre autour de la guerre. Le fil conducteur restera la famille et le point d’honneur à éduquer Winona.

On s’est construit un petit royaume contre les ténèbres

Cerise sur la ration, j’aime beaucoup le style d’écriture, mélange de bon sens assez proche de l’oralité et traversé de notes pleines de poésie.

Pour repérer le livre dans Calice68, le catalogue des bibliothèques du Haut-Rhin, c’est

 

« La Forteresse impossible » de Jason REKULAK ; Trad. par HéloÏse ESQUIE

 

La première forteresse, c’est les filles ! En la matière, Billy et ses deux amis surnagent en pleine adolescence et sont totalement innocents. Leur quête du Graal, c’est le dernier numéro de Play Boy que défend, de l’intérieur de sa boutique, le père de Mary, jeune fille un peu atypique dans le tableau des jeunes filles arborant les brushing impeccables des années 80. Elle partage avec Will la passion pour les jeux vidéo et va lui proposer au jeune garçon sensible de l’aider à développer le sien . Autres  forteresses à prendre, donc (la création du  jeu et la fille). Quelle sera la priorité de Will ?

Un roman très agréable, plein de l’ambiance des films américains des années 80 avec leurs bandes d’ados en pleine mutation plus ou moins monstrueuse (revus à l’occasion de la série  Stranger things., par exemple). Donc, replongée dans la culture populaire où je barbotais il y a quelques dizaines d’années. La montée en puissance de l’informatique , encore réservée à des initiés, donc peu pris en considération par le système scolaire (ce n’est pas un métier) et les parents est bien vue,

 

 

Will , le narrateur, n’hésite pas à prendre des risques pour arriver à ses fins, avec déceptions, râteaux, victoires, on avance par niveau et mondes différents.L’histoire manque peut-être de suspens (on perçoit que sa quête va aboutir ce qui risque d’en décevoir quelques uns, mais on se laisse aller agréablement sur la pente optimiste du récit (pour les autres) en suivant notre héros. Le roman emprunte la structure d’un jeu ou d’un récit de fantasy transposé au 20è siècle et, c’est bien fait. Chaque chapitre s’ouvre sur des lignes de code correspondant au contenu de ce qui va suivre.

Souris sur le gâteau, le jeu crée par Will et Mary « La forteresse impossible »est jouable en ligne, en vrai !

Pour voir le résumé et , peut être, le réserver : c’est ici, Calice, le catalogue des médiathèques du Haut-Rhin

« Les rêveurs » d’Isabelle CARRE

Cette fois, c’est moi qui m’aventure en terrain étranger, puisque voilà un roman français. Comme beaucoup de lecteurs, je suppose, j’ai été attirée par ce livre parce que j’aime bien Isabelle Carré, l’actrice, et je voulais, puisqu’elle était d’accord, en savoir plus sur elle et sa façon d’écrire. Et j’ai trouvé sa petite musique à mon goût. Pas un grand coup de cœur stylistique, mais plutôt quelque chose de fort et délicat à la fois, qui ne fait pas dans le grandiloquent mais vous laisse en sa compagnie chuchotée. Un roman plus autobiographique que romanesque, même si son histoire personnelle soit digne d’un roman. C’est cette richesse qui fait, à mon avis qu’on suit jusqu’au bout le récit de son combat contre tous les obstacles que sa vie familiale complexe a semé autour d’elle. On évite ainsi un nombrilisme vain.

Issue d’une famille atypique : une mère vacillante et un père designer, elle grandit dans les années 70 avec ses frères dans un appartement où la couleur rouge domine un écosystème riche . Au passage, des chansons émaillent le paysage comme celle de Sting « Fragile »

Elle nous raconte sa vie et pas forcément dans l’ordre : de la petite fille jusquà la mère qu’elle est devenue, finalement. La solitude et la peur de la vie omniprésents et la liberté arrachée à la mélancolie, et à cette famille de rêveurs inadaptés à la société ambiante, instable mais touchante. Le réconfort du cinéma des autres, puis du sien et de l’écriture, enfin. Les carnets de la fin sont-ils réels ou pas, on ne le saura pas .

Mais comment ? Comment  font les gens ? Pourquoi personne n’a encore écrit une vraie « Vie : mode d’emploi » ?…je cherche des heures dans les librairies.

C’est toujours vrai, je fais du cinéma pour qu’on me rencontre ou plutôt pour rencontrer des gens… Comme la Camille de Musset, je m’exerçais à travers d’autres vies à ne plus avoir peur de la mienne.

Je n’ai jamais trouvé simple de rencontrer des gens…Alors je m’offre une seconde chance, j’écris pour qu’on me rencontre.

Et c’est une belle rencontre que celle -ci !

D’autres avis sur ce livre sur babelio.

 

« Je m’appelle Lucy Barton » de Elizabeth STROUT ; trad. par Pierre BREVIGNON

« Tout dans la vie m’éblouit » .

C’est avec cette phrase que s’achève ce merveilleux roman qui vous fera explorer la solitude la plus désespérée remplie par l’amour le plus inconditionnel.Pourtant Lucy, la narratrice, pourrait ne pas avoir fait tout ce chemin pour arriver à cette déclaration. Son départ dans la vie dans une famille  meute vaguement constituée dans une petite ville des Etats-Unis aurait pu infléchir son parcours vers une violence répétitive. Mais non, elle a choisi de ne pas faire de ce handicap le prétexte d’une aigreur facile. Elle ne fait pas la morale aux autres parce qu’elle connaît ses faiblesses et elle avance vers sa liberté, forte de sa carapace personnelle.

 

 

Au centre du livre, le déclencheur, c’est la visite surprise de sa mère à l’hôpital où Lucy fait un séjour assez long. Elle apparaît alors qu’elles ne se sont pas vues depuis longtemps. Des choses graves sur le passé, mais aussi des choses frivoles vont être prononcées par les deux femmes sans que cela soit dramatisé à aucun moment. Cela se fait parce que cela doit être fait maintenant entre une mère et sa fille dans une approche très bouddhiste. On fait les choses sans ressentir leur poids, loin d’un sacrifice à faire payer. C’est ce qui donne au roman sa richesse, la tension entre ce qui pourrait faire l’objet d’un déluge de bons sentiments et la retenue des phrases simples. Un peu comme une sculpture de Giacometti.

« Je crois que je n’oublierai jamais cette vision : ma mère assise dans l’obscurité, les épaules légèrement ployées par la fatigue, mais assise là, avec toute la patience du monde. – Maman…, ai-je murmuré, et elle a agité les doigts. Comment as-tu fais pour me trouver ? Ca n’a pas été facile, m’ais j’ai une langue dans la bouche et je m’en suis servie »

La vie dans la famille n’a pas été comme un long fleuve tranquille. Le doute est permis, les souvenirs flous, mais certains sont précis et déterminant qui feront la force de Lucy

 » j’ai retrouvé ma mère , qui m’a expliqué que mon frère avait été surpris vêtu d’une robe à elle, et que c’était dégoûtant, et que mon père lui donnait une bonne leçon, et que Vicky avait intérêt d’arrêter de hurler. Je ne me souviens plus Alors je suis partie avec Vicky dans les champs jusqu’ à ce que la nuit tombe et que nous ayons davantage peur du noir que rentrer chez nous. Je ne suis toujours pas certaine que ce soit un souvenir réel, mais je le sais, je crois. » suivi de  » Ce soir là, mon père se trouvait à côté de mon frère dans la pénombre et le tenait comme on tient un bébé, le berçant doucement sur ses genoux. et je ne distinguais pas lequel pleurait et lequel chuchotait. »

Puis, quand elle a commencé à écrire, elle a reçu des conseils d’écrivains à propos de son roman parlant de son enfance dans des conditions matérielles et psychologiques dures.

« Les gens vous reprocherons de parler à la fois de la pauvreté et de la violence domestique. quelle formule stupide « violence domestique » Quelle banalité, quelle stupidité. On peut très bien être pauvre sans être violent et vous ne leur répondrez jamais rien. Ne défendez jamais votre travail. Votre histoire parle d’amour, vous le savez bien »

Le jour où Sarah Payne nous a conseillé de nous présenter devant la page blanche dépouillés de tout jugement, elle nous rappelait qu’on ne sait jamais, qu’on ne saura amais ce que ça peut être de comprendre pleinement une autre personne.

A l’heure de l’explosion du secteur du bien être dans les rayonnages des libraires et bibliothèques, ce livre, peut très bien être proposé dans la catégorie « feel good books », en tout cas, c’est ce qu’il fait à sa manière avec ce personnage magnifique qui m’a fait penser à celui du livre de Carrie Snyder « Invisible sous la lumière ».

Elizabeth STROUT a également écrit « Olive Kitteridge », (Prix Pulitzer 2009),  autre personnage remarquable mais moins dans la compréhension adapté en série avec la fantastique Frances McDormand !

Réservation et résumé ici

« Inconnu à cette adresse » de Kressmann TAYLOR ; trad.de Michèle LEVY BRAM

A l’origine de cette lecture, un post sur un groupe Face Book à recommander, « La vraie vie, c’est la littérature », où les commentaires sont souvent sources de découvertes, y compris de classiques !  Et c’est le cas pour ce livre cité par  Nathalie, une de mes collègues et revenant souvent dans les références d’autres bibliothécaires plus aguerries que moi, je m’en suis aperçue après ! Un petit format et donc, une lecture pouvant être menée en même temps que d’autres en cours…

 

Au départ,  des lettres ayant véritablement existé entre des allemands retournés au pays et d’autres, partis vivre ailleurs, souvent pour monter une affaire avant les années 30 alors que des vents mauvais commençaient déjà à souffler sur l’Europe. Ici, Max est le juif resté en Californie pour gérer la galerie d’art  montée avec Martin qui, lui, va retourner enrichi en Allemagne et représenter le patriote. La prouesse réalisée ici est de voir la dégradation très rapide des relations, au départ fraternelles, entre les deux associés à travers leur correspondance . Elle traduit très concrètement l’évolution entre 1932 et 1934, du statut des juifs en arrière plan historique. La montée en puissance de l’ idéologie nazie dans les esprits des allemands qui s’y abandonnent et tentent de sauver leur peau en essayant de composer avec les nouvelles règles (parfois ça leur réussit, parfois, c’est un échec).  On voit le retournement de Martin qui, veut préserver l’édifice familial à tout prix, sa compromission volontaire et surtout la perte  de son amitié avec Max.

 

C’est glaçant, on voit arriver les malheurs, mais pas forcément ceux qu’on avaient imaginés.

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Membres de la SA apposant sur la vitrine d’un commerce juif des pancartes proclamant :
« Allemands ! Défendez-vous !
N’achetez pas chez les Juifs ! »Plakate mit der Aufforderung « Deutsche, wehrt euch, kauft nicht bei Juden » angebracht.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-être conseillé à des amateurs de documentaires historiques. Si vous voulez en savoir plus ou/et réserver, c’est ici

Une sélection sportive au pas de course : l’occasion de se débarrasser de certains a priori ?

Comme une envie de se (re)mettre au sport avec la belle saison ? Allez -y, courez ! sautez ! mais si cette idée a encore du mal à prendre corps et préfère attendre une meilleure conjoncture, vous pouvez déjà pratiquer la lecture sportive !  Seul équipement nécessaire : un bon fauteuil, ou tout autre support moelleux, une boisson plus ou moins infusée, et un livre !

 

Le sport a été choisi en 2018 comme thème de la manifestation organisée par la Médiathèque départementale du Haut-Rhin, »Bibliothèques à la une » (en ce moment dans plusieurs bibliothèques du 68) Une première sélection puis une deuxième vous avait été proposée par Aurélie. Je poursuis avec mes lectures étrangères que j’ai orientées vers la course à pied.

Marathon man de William GOLDMANN « Babe », étudiant juif et de nature assez lâche, veut devenir « Le Marathonien » et pas seulement un marathonien quelconque. Il veut ajouter à ce titre l’excellence d’un diplôme universitaire. D’où les entraînements intensifs, la vie préréglée qui va voler en éclats après qu’il a été pris en chasse par un ancien nazi qui n’a pas perdu la main (la fameuse scène de torture chez le dentiste dans le film de John Schlesinger vient de là). Son objectif sportif va lui être utile dans la lutte pour sa survie et pour comprendre la machination ubuesque dont il est la victime avec sa famille.

Le zoulou de l’ouest de Elmore LEONARD

Imaginez un western, mais sans les grands espaces. Dans ce livre, la vue est en général limitée par des barreaux. Ici, on est dans un western carcéral. Sauf pour deux pensionnaires particuliers, un noir et un indien, qui bénéficient de l’esprit bienveillant du nouveau Directeur–pasteur de la prison, destinée à fermer. Il a décidé de ramener ces brebis égarées dans le troupeau de Dieu et de leur redonner leur fierté à travers un entraînement quotidien à la course à l’extérieur de la prison. Pour réussir votre évasion, ajoutez un chef de bande tordu, une prisonnière et un sens aigu du dialogue.

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond de Haruki MURAKAMI

A travers son journal de bord sans concession, décrivant sa mue en coureur de fond, Murakami se dévoile entièrement. Au départ, il y avait sa volonté de devenir écrivain et la nécessité à ses yeux de trouver une discipline pour se maintenir en forme. Il va s’apercevoir que la course à pied et la rigueur qu’elle demande lui procurent des bienfaits qui s’appliquent parfaitement à l’exercice de l’écriture : ténacité, dépassement de soi, concentration. A la clé également, une meilleure connaissance de soi qui servira ses deux activités.

La solitude du coureur de fond de Alan SILLITOE

Smith, un jeune homme, est repéré pour ses qualités d’athlète par le directeur de la maison de redressement où il est censé se réinsérer. Mais il n’est pas dupe de la liberté qu’on lui accorde pendant ses séances d’entraînement à l’extérieur. Va-t-il rester fidèle à ses valeurs en refusant d’être instrumentalisé par le directeur qui ne rêve que d’une victoire à la course pour son établissement ? Une nouvelle qui ne va pas dans le sens du poil moral, toute empreinte de noirceur.

Invisible sous la lumière de Carrie SNYDER (coup de cœur)

Etats-Unis, années 20, autant dire une période rude. C’est pour survivre et non pour la gloire qu’Agatha va déployer son talent pour la course et sera sélectionnée dans la première équipe féminine d’athlétisme aux JO de 1928.

C’est ce qui poussera deux documentaristes à lui faire raconter sa vie. Personnage fort, mais pas insensible aux drames frappant son entourage, elle avance, rencontre l’amour et l’amitié, confrontée à la rivalité. Sa vie est aussi une lutte pour le respect des femmes. Un style juste et bouleversant surtout dans la description de l’enfance, des liens au sein d’une fratrie.

Et un français

Courir de Jean ECHENOZ (lu par Marie-Hélène, celui-là !)

Tu cours bizarrement mais tu cours pas mal » lui dit un entraîneur. Pendant la seconde guerre mondiale, un ouvrier tchécoslovaque se met à courir et va marquer l’histoire des compétitions de fond et demi-fond des années 50. Jean Echenoz nous offre ici un vrai plaisir de lecture par son évocation du coureur Emil Zapotek qui collectionna les records et les titres olympiques, tout en s’accomodant des pesanteurs du régime communiste de l’époque. Emboitez sans hésiter la foulée de Zapotek, coureur au style atypique, inventeur du sprint final et de nouveaux modes d’entraînement.