Archives par auteur: Bénédicte Wolf-Kiene

« Lune noire » de John Steinbeck ; traduction de Jean Pavans

 

Edité clandestinement en France en 1942, ce court roman-fable nous fait partager les réactions de résistance d’un village isolé scandinave cerné par la neige et envahi brusquement par des soldats nazis. Nous sommes loin de l’Amérique présente dans « Les Raisins de la colère », et là il s’agit plus de colère mais plus que froide, glacée, et qui irradie de la plupart des habitants.

La haine froide s’accentuait avec l’hiver, la haine patiente, la haine morose. La distribution de nourriture était contrôlée-accordée aux obéissants et refusée aux désobéissants. De sorte que la population devint froidement obéissante…Et la haine était profonde dans le regard des gens, sous la surface. Maintenant, c’était le conquérant  qui était encerclé, les hommes du bataillon étaient seuls a milieu d’ennemis silencieux et aucun soldat ne pouvait relâcher sa garde un seul moment.

 

De conquérants, les allemands confrontés à la force des liens entre les habitants, finiront désespérés.Et c’est que je retiens de ce livre : la montée de ce mur constitué des habitants qui agissent chacun à son niveau. Le maire, et son ami le docteur Winter, chargés « d’accueillir »  le colonel Lanser (désabusé) et son état-major y compris dans sa maison réquisitionnée, Annie, une domestique qui sait se rendre invisible, les mineurs organisés.

Maire Orden, vous savez que nos ordres sont inexorables. Il nous  faut du charbon. Si vos concitoyens ne sont pas disciplinés, nous devrons imposer la discipline par la force, déclara Lanser dune voix devenue sévère. Nous devrons fusiller des gens si nécessaire. Si vous désirez protéger vos concitoyens, vous devez nous aider à maintenir l’ordre.

Les nombreux dialogues courts illustrent les états d’âme variables teintés de peur, d’espoir, de doute, d’énergie minutieusement décrits par ailleurs.

C’est un mystère qui a toujours troublé les dirigeants du monde entier…Comment les gens peuvent-ils savoir ? Il trouble maintenant les envahisseurs, m’a t-on dit. Comment les nouvelles peuvent-elles passer à travers les mailles de la censure, comment la vérité peut-elle échapper à tout contrôle?

Un bon roman pour qui s’intéresse à la période, à la thématique de la justice et de la résistance sous toutes ses formes surtout !

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SELECTION GUILLAUME APOLLINAIRE

 

 

 Dans ce début de siècle et jusqu’à sa mort en 1918, Apollinaire semble complètement en phase avec le monde qui l’entoure et celui de l’art en particulier. La volonté de se faire reconnaître alors qu’il est étranger, la guerre d’un nouveau genre qu’il vit comme combattant, l’arrivée de la machine dans la vie quotidienne et la société qui en découle, il connaît tout cela. Son parcours si particulier fuyant tout cloisonnement et sa culture autodidacte évoluant sans cesse en feront un homme nourri aux classiques mais avide d’expériences nouvelles dont il sera toujours le témoin combattant et l’acteur en tant que critique d’art, poète central et ami chaleureux. S’ajoute à ces dimensions celle de l’amoureux déçu puisant dans ses désillusions l’inspiration pour ses poèmes les plus populaires et ses romans les plus lubriques !

 

Cette sélection de livres issus pour la plupart des fonds de la Médiathèque départementale du Haut-Rhin est complétée par des liens vers des documents en ligne. Bonnes (re)découvertes !

Apollinaire : contemporain et acteur de l’art moderne

Contrairement à la plupart de ses contemporains, Apollinaire refuse d’emblée, comme non fondée, l’alternative entre tradition et modernité, et perçoit les risques de banalité et de facilité qu’implique le modernisme » Anna BOSCHETTI.

  • Apollinaire : le regard du poète : Musée de l’Orangerie Beaux-arts éditions 11/05/2016

A l’occasion de l’exposition organisée par le musée d’Orsay et le musée de l’Orangerie, un compte rendu de l’activité de critique d’art qu’a menée le poète et de son influence sur l’art moderne.

  • Guillaume Apollinaire Les peintres cubistes Ed. de Paris-Max Chaleil ;2018Cubisme « Art de peindre des ensembles nouveaux avec des éléments empruntés non à la réalité de la vision, mais à la réalité de conception »

    Apollinaire exprime son point de vue sur la peinture cubiste en tant que réalité conçue et non pas art d’imitation. Le poète et critique d’art s’intéresse ici à la naissance et à l’évolution de cette façon de montrer absolument nouvelle défrichée par des peintres comme Pablo Picasso, Albert Gleizes, Fernand Léger, Marcel Duchamp, Georges Braque ou Jean Metzinger.

  • Apollinaire : le regard du poète Gallimard  ; Musée d’Orsay 15/04/2016Catalogue d’une exposition consacrée à l’activité de critique d’art de G. Apollinaire dans le cadre de la revue « L’Intransigeant » notamment. Les nombreuses reproductions et des textes mettent en avant l’importance des critiques du poète et son rôle dans le tournant de l’art moderne. Son regard scrute tout ce qui émerge : le cubisme, les nouveaux artistes, (souvent ses amis) comme H. Matisse, P. Picasso ou G. Braque mais aussi d’autres qu’il a été un des seul à pressentir comme Juan Gris, Chagall, Brancusi, Duchamp. Les arts premiers et les arts populaires font partie de ses inspirations. Ses propres attirances ne masqueront ni les découvertes que sa grande curiosité dénichera ni la volonté de témoigner pours ses lecteurs de cette époque merveilleuse.

 

  • Guillaume Apollinaire /Correspondance avec les artistes : 1903-1918 édition établie, présentée et annotée par Laurence Campa et Peter Read ; Gallimard 26/11/2009

Paris, carrefour des artistes où se tient Apollinaire, sémaphore humain, pour les guider, qu’ils soient français ou étrangers et quel que soit leur mode d’expression … Il leur montre le chemin à travers cette galaxie de l’imagination au moment où beaucoup s’exportent pour disséminer le fruit de toute la révolution de l’art moderne. Beaucoup sont présents ici : Derain, Picasso, Max Jacob, Marie Laurencin, Rousseau, Gleyzes, Signac et d’autres moins connus : Edmond-Marie Poullain, Jean Coraboeuf… Ce sont leur correspondance avec Apollinaire retrouvées, donc parfois incomplètes, que rassemble ce livre. On verra à travers les années le style d’Apollinaire style évoluer vers le professionnalisme, fort de son expérience auprès de tant d’artistes variés et au sein de plusieurs revues d’art très influentes à l’époque. Lui aussi sera l’objet de tentatives de séduction à mesure que grandira son expertise et son aura à son apogée entre 1910 et 1914, date où la guerre va dynamiter ce magnifique élan, mais pas pour longtemps. La créativité reprendra le dessus habitant de nouvelles avant-gardes dont Apollinaire continuera d’être un représentant et un défenseur.

  • Dan Franck /Le temps des bohèmes Grasset 14/10/2015

Divisé en trois parties, ce récit met en scène les artistes, peintres, écrivains, sculpteurs et musiciens qui ont fait de Paris la capitale de l’art moderne au XXe siècle. Le lecteur les suit ainsi les trottoirs de Montmartre et de Montparnasse, puis de Paris à Marseille, New York et Berlin durant l’Occupation. Adapté en vidéo en 2015 sous le titre « Les aventuriers de l’art moderne. « 

  • Franck Balandier/ Le Paris d’Apollinaire Alexandrines 05/10/2018

Consacré à l’attachement d’Apollinaire pour Paris, la ville qui le voit évoluer, entouré de ses amis Picasso, Max Jacob, André Billy, Raoul Dufy, etc., et devenir le chantre et le précurseur d’une formidable épopée littéraire et artistique

Guillaume s’en va en guerre (et il n’est pas le seul)

 

Toujours engagé pour faire reconnaître certains artistes, poètes et lui-même, Guillaume Apollinaire s’est également battu dans les tranchées après avoir acquis difficilement le droit de le faire, étant donné qu’il n’était pas né en France.

  • Guillaume Apollinaire / Calligrammes : poèmes de la paix et de la guerre Flammarion 18/09/2013

Si le mot « Calligramme » a été inventé par le poète, cette forme poétique étonnante mêlant le fond et la forme du texte (calligraphie et idéogramme) existait déjà. Engagé volontaire après sa naturalisation en 1916, Apollinaire y parle de la guerre, avec son corollaire, la paix, symbolisée par la colombe. Sept mois avant sa mort, Apollinaire publie des poèmes « De la paix et de la guerre » écrits entre 1913 et 1916 confiés à des personnes de confiance alors qu’il combat sur le front en attendant la possibilité de les faire publier. Il s’inspire de la peinture de Delaunay et sa décomposition du spectre lumineux –l’« Orphisme »- utilisant la couleur des mots et leurs contrastes. Puis le cubisme lui inspire des poèmes dont il faut embrasser d’un seul regard l’ensemble, composé de fragments réorganisés. Toutes ses recherches ont largement contribué à la libération de la poésie dès 1910.

  • Ecrivains en guerre, 14-18 : nous sommes des machines à oublier Gallimard Historial de la Grande Guerre 26/05/2016

Les parcours d’écrivains français, anglais et allemands (Blaise Cendrars, Ernst Jünger, Guillaume Apollinaire, J.R.R. Tolkien, etc.) qui se sont exprimés sur la Première Guerre mondiale, à travers carnets, lettres, manuscrits, poèmes, livres illustrés, dessins et photographies, revues, journaux de tranchées, affiches, programmes de spectacles, oeuvres graphiques, etc.

  • La Grande Guerre des écrivains : d’Apollinaire à Zweig Gallimard 20/05/2014

Ce livre rassemble des extraits d’œuvres d’écrivains de toutes nationalités portant sur la Première Guerre mondiale. Ils sont présentés sous forme thématique : l’été 14, le front, les échelons, l’arrière, la mémoire et l’oubli. Les textes font tous l’objet d’une préface destinée à situer l’écrivain ou l’œuvre dans leur contexte. Un condensé des écrits les plus marquants…

Poèmes et autres écrits

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  • Guillaume Apollinaire/ Louis Marcoussis Alcools Gallimard Bibliothèque nationale de France 25/10/2018

Poèmes composés par Apollinaire entre 1898 et 1913.

Ce coffret contient le fac-similé de l’exemplaire unique aquarellé par le peintre cubiste Louis Marcoussis, accompagné de 40 eaux-fortes inédites gravées par l’artiste et d’une étude consacrée à l’ouvrage.

  • Guillaume Apollinaire /Tout terriblement : anthologie illustrée de poèmes d’Apollinaire Edition et préface de Laurence Campa Gallimard  25/10/2018

Choix de poèmes illustrés d’oeuvres d’artistes, amis du poète, dont Matisse, Marie Laurencin, Picasso et De Chirico.

  • Guillaume Apollinaire/ Lettres à Madeleine Gallimard 26/04/2013

La rencontre le 1er janvier 1915 d’Apollinaire et de Madeleine dans le train qui ramène le poète de Nice à Marseille fut à l’origine d’une correspondance dans laquelle il se confie sur son art, ses lectures, ses projets d’écriture alors que les combats font rage.

  • Guillaume Apollinaire /Lettres à Lou Gallimard 26/04/2010

Recueil des lettres adressées par le poète, alors mobilisé sur le front, à l’une de ses plus profondes liaisons sentimentales, jusqu’à sa mort.

  • Guillaume Apollinaire /Le flâneur des deux rives Eclat 03/05/2018

Commandé par Cendrars et Cocteau, cet écrit posthume paru en 1919 est un montage réalisé à partir de chroniques parues dans le Mercure de France augmentées de parties inédites. Avec Apollinaire comme guide, on y arpente des quartiers pittoresques, souvent cachés et anciens de Paris et c’est souvent l’occasion de rencontres avec des personnages qui y vivent. Le texte qui annonce le surréalisme a exercé une influence profonde.

 

BIOGRAPHIES

  • Laurence Campa /Apollinaire : la poésie perpétuelle Gallimard 10/09/2009

L’itinéraire d’Apollinaire est retracé, des années italiennes de sa petite enfance à la Grande Guerre, en passant par le Paris cosmopolite des années 1910, au sein duquel les artistes ont inventé l’art du XXe siècle. En parallèle de la présentation des oeuvres majeures du poète, l’univers de la Belle Epoque est évoqué, les avant-gardes, l’Europe en guerre.

  • Jean-Michel Lecat /Guillaume Apollinaire : le poète combattant Encre bleue éditeur 10/04/2014

Dans la tête d’Apollinaire : une chronique vivante de la vie de ce totem de la création parisienne et internationale de la fin de la Belle époque au début des Années folles sans oublier les années de combattant de la Grande Guerre. Ce sont ses amis et relations qui en parlent le mieux et il y en a beaucoup de connus et de moins connus. Une biographie chronologique des années Apollinaire complète le livre.

  • André Parinaud /Apollinaire (1880-1918) Lattès 01/01/1994

Du portrait front bandé par Chirico à la photographie du trépané, l’image d’Apollinaire surplombe ce qu’on allait appeler la modernité. Il fut également un critique d’art ayant reconnu et soutenu Picasso, Braque, Delaunay et bien d’autres.

Julie Birmant, Clément Oubrerie /Pablo Volume 2, Apollinaire Dargaud 07/09/2012

A Paris, en 1905, Guillaume Apollinaire et Max Jacob aident Picasso à reconquérir Fernande. Alors que son art est délaissé par les galeristes, la famille américaine Stein, richissime et cultivée, commence à s’intéresser à lui. Pablo exécute le portrait de Gertrude Stein.

 

ROMANS

  • Franck Balandier / Apo Castor Astral

Dans le Paris de 1911, la Joconde vient d’être dérobée. Apollinaire est accusé du vol. Incarcéré à la prison de la Santé, le poète est en proie au doute. En 2015, Elise, jeune universitaire, demande l’autorisation de visiter la cellule dans laquelle l’artiste a été incarcéré. Elle y fait une étrange découverte.

  • Anne Berest ; Claire Berest /Gabriële Stock 23/08/2017Portrait vivifiant sous forme de dialogues entre Gabriële Buffet Picabia, arrière-grand-mère et les romancières mariée au peintre Francis Picabia. Femme libérée exerçant des métiers comme alpiniste et compositrice, elle influence les artistes de son époque et fait partie des intellectuels qui réfléchissent sur l’art moderne, comme l’a fait Apollinaire. D’ailleurs, ce dernier fait partie d’une bande formée par Picabia, Duchamp et elle–même. Elle vit également une histoire d’amour avec Marcel Duchamp et voyage avec lui et son mari à New-York notamment.

 

  • Raphaël Jerusalmy / Les obus jouaient à pigeon vole Doucey éditions 19/02/2016

17 mars 1916. Apollinaire est atteint par un éclat d’obus dans une tranchée, alors qu’il lit une revue littéraire qui vient, selon l’auteur, d’être retrouvée en Bavière. R. Jérusalmy commente les heures avant l’impact, le drame humain qui se joue et le regard d’Apollinaire sur les hommes, la guerre et la création littéraire.

 

Le document complet sur le site de la Médiathèque du Sundgau

 

 

 

 

 

Calligramme « Saignante flèche » Domaine public

« Le libraire de Wigtown » de Shaun BYTHELL ; traduit par Séverine WEISS

Changement de registre, cette fois, pour changer du drame, et sur les très bons conseils d’une collègue, j’ai choisi un roman plus léger et plein d’humour (en tout cas, selon mes critères).  Enfin, il m’a fait rire dans le train, sur ma banquette, dans mon lit au point où cela devenait gênant. Pour être plus précise, il s’agit d’un humour dans le genre « mauvais esprit » tout british, celui qui tire sa substance de l’observation de ses proches contemporains et du quotidien. Les remarques acerbes sont celles que nous fait partager l’auteur, Shaun Bythell, bouquiniste misanthrope passionné à la tête de la plus grande librairie de livres d’occasion d’Ecosse à propos de  ses collègues, les habitants du village, et surtout de ses clients.

Jeudi 29 janvier Commandes en ligne : 6 livres trouvés : 5

Nicky est venue travailler, aussi enjouée que d’habitude. Une cliente est arrivée juste avant le déjeuner : il a suffit de quelques secondes pour que Nicky et moi soyons sur le point de suffoquer. Elle avait dû s’asperger des pieds à la tête d’un parfum tellement atroce, tellement écoeurant, que je ne peux que supposer qu’il  a été concocté pendant la guerre froide dans un laboratoire d’armes chimiques par un chercheur au sadisme particulièrement développé.

Ce livre a beau être léger (par opposition à certains livres plus noirs que j’aime) il est porteur d’informations très intéressantes sur le métier de bouquiniste : conditions de travail, relations avec Amazon, plate forme de vente en ligne, nombre de ventes et commandes honorées, chiffre d’affaire et nombre de clients au quotidien.

Une autre remarque, ne vous fiez pas à la couverture de ce très bon livre témoignage, il ne s’agit pas d’un « Feel good book », même si, grâce au rire, il a une action bénéfique sur les lecteurs !!

Si vous voulez le réserver dans le réseau des bibliothèques du Haut-Rhin, c’est ici

« Et Nietzsche a pleuré » de Irvin YALOM ; Traduction par Clément BAUDE

Ce livre est un cadeau fait à une lectrice d’environ 60 ans, psychologue de profession qui prend le TER régulièrement.  Au départ, c’est le sujet qui a déterminé la proposition.

Il est ici question de la rencontre fictive orchestrée par Lou-Andréas Salomé, entre Josef Breuer, un des pères de la psychanalyse,  collègue de Freud, avec Friedrich Nietzsche. Dans la réalité, ils ne se sont jamais rencontrés mais ils auraient pu car les premiers psychanalystes se sont inspirés de la pensée de Nietzsche .

Elle a aimé les éléments de réalité qui font de ce roman un récit riche et intéressant.

Si vous voulez en savoir plus ou si vous voulez réserver ce titre dans une bibliothèque du réseau du Haut-Rhin c’est ici !!

 

 

« Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » de Harper LEE ; Traduction de Isabelle HAUSSER

Tirez sur tous les geais bleus que vous voudrez, si vous arrivez à les toucher, mais souvenez-vous que c’est un péché que de tuer un oiseau moqueur.
Ce fut la seule fois où j’entendis Atticus dire qu’une chose était un péché et j’en parlai à Miss Maudie.
– Ton père a raison, dit-elle. Les moqueurs ne font rien d’autre que de la musique pour notre plaisir. Ils ne viennent pas picorer dans les jardins des gens, ils ne font pas leurs nids dans les séchoirs à maïs, ils ne font que chanter pour nous de tout leur coeur. Voilà pourquoi c’est un péché de tuer un oiseau moqueur. L’oiseau moqueur est celui qu’on ne doit pas tuer car il peut imiter des dizaines de chants et remplir le monde de  beauté.

Dans ce roman, Harper LEE  s’est inspirée de certains personnages et  lieux qu’elle a connus,  et du procès de Scottsboro qui a opposé deux femmes blanches à un groupe de neuf jeunes Noirs  qu’elles accusaient  de les avoir violées en 1931.

Je voulais tester ce roman devenu classique de la littérature américaine au même titre que les livres de Mark Twain. On y retrouve d’ailleurs, même s’il se déroule pendant la Grande crise de 1929, une certaine ambiance propre au sud des Etas-Unis  où règne une  religion rigoureuse, un certain conservatisme et la ségrégation raciale. Tout ceci est remis en question, ici,  par Scout,  une enfant indépendante qui refuse le rôle de fille que veulent lui faire endosser essentiellement les femmes de cette petite ville et sa tante Alexandra. Autre figure féminine, celle de Calpurnia, la cuisinière noire, qui a pris en partie la relève de sa mère décédée.

Harper Lee et Mary Badham, la jeune actrice dans le rôle de Scout

ATTICUS, son père avocat (droit et sage) a été  commis d’office pour défendre Tom Robinson, jeune noir accusé du viol d’une fille vivant dans la misère à la périphérie de la pette ville au milieu de 7 frères et sœur et d’un père violent.

Si le livre ne bascule pas dans le cucul,  le moralisme, et ne se résume pas au traditionnel combat du bien contre le mal, c’est grâce à la vivacité intellectuelle de Scout, et de ses relations avec son frère Jem qui entre subtilement dans l’adolescence au cours des trois années du récit, à son humour et celui de son père progressiste qui cherche toujours le dialogue avec tous.

Les enfants sont l’antidote contre les idées reçues et leur esprit curieux persiste chez certains adultes. Atticus et  Miss Maudie, une voisine assez impertinente chez qui Scout passe souvent du temps en font partie. Ils agissent en profitant de leur relative liberté de mouvement. Par contre, certains adultes restent victimes des préjugés et ne doivent leur salut qu’à ce genre de personnes énergiques :  Tom Robinson de façon assez évidente et Boo Radley. Arthur Radley de son vrai nom, c’est le  voisin reclus dans sa maison et attisant toute la curiosité fébrile des enfants en apportant son lot de frissons au livre. Scout, son frère et DILL, (un ami qui passe les étés à Maycount  inspiré par Truman Capote, un ami de l’auteure) se lancent des défis à qui osera rentrer dans sa maison décrépie et surtout le faire sortir. Les fantasmes et récits effrayants qui accompagnent ce personnage proche du croquemitaine révèlent  l’état d’esprit d’une partie de la population que les enfants veulent tester.

Capture d’écran extrait du film « Du silence et des ombres de Robert Mulligan » Les enfants scrutent la maison de BOO

 

Petit détail : dans le livre, il est indiqué que, selon certaines interprétations de la Bible, les catastrophes naturelles étaient causées par la désobéissance des enfants. Voilà qui est bien pratique !

Beaucoup de points d’accès à ce roman : conte, roman sociologique sur l’Amérique de la Grande dépression, roman d’éducation font que des  lectorats variés et de plusieurs âges peuvent y être sensibles.

Légèreté et profondeur du style, des personnages, de l’histoire mêlant l’intime et le général, les détails réels et la fiction allant parfois même vers le gothique, font de ce titre une lecture précieuse et persistante, comme le sont souvent les classiques qui touchent l’universel.

Après ce roman, Harper LEE  a dit « J’ai dit ce que j’avais à dire » et n’a plus écrit . Par contre, un livre écrit avant « l’oiseau moqueur » situé vingt ans plus tard, et comprenant les personnages mêmes personnages, est sorti en 2015 sous le titre « Va et poste une sentinelle »

Une petite  Video  sur u compte rendu de lecture de ce livre par une classe (en anglais)

Le langage  utilisé à l’encontre des noirs qualifiés de « nègres » à l’époque et rapporté dans le livre lui a valu d’être retiré du programme de certains états.

Pour le résumé et la réservation dans une bibliothèque du Haut-Rhin, c’est ici
Et le petit tour de  chant de l’oiseau moqueur.

A l’orée du verger de Tracy CHEVALIER ; Trad. de Anouk NEUHOFF

La pomme de discorde  entre les époux Goodenough, c’est  le verger qu’ils cultivent au milieux de terres ingrates offertes aux pionniers dans ces années où l’Amérique a commencé à se constituer.

Pour le mari, il s’agit d’améliorer une lignée de pommes de table héritée de sa famille. Sa femme Sadie voit en ces fruits  l’eau de vie qu’elle apprécie de plus en plus pour noyer ses malheurs. C’est vrai que les intempéries et les miasmes du marais où ils habitent leur arrachent annuellement un ou deux enfants emportés par la fièvre. Mais le germe de l’amour des arbres réussit à s’épanouir dans un des fils qui partira vers l’Ouest et travaillera pour un exportateur de séquoias géants après avoir exercé des métiers plus rudes,  liés à la ruée vers l’or.

Un livre plein de caractère sur la liberté et le champ des possibles propres à cette époque particulière (ambiance nouveau western). On y  croise des personnages rudes et généreux rendus familiers par le partage de leurs pensées intimes.

A réserver sur Calice68 ainsi que d’autres titres de l’auteure qui s’est fait connaître grâce à « La jeune fille à la perle » et « la Dame à la licorne ».

 

 

 

 

« Une histoire des abeilles » de Maja LUNDE ; trad.de Loup-Maëlle BESANçON

Un roman qui pourra convenir à plusieurs types de lecteurs. Trois histoires aux styles différents (écriture, traitement des personnages) se déroulant dans trois pays  différents à des périodes très éloignées avec comme point commun les abeilles et leur relation avec les humains. Trois personnages centraux : le premier est  spécialiste des abeilles aux tendances dépressives et dépassé par le naufrage de son mariage. Il trouve dans sa relation avec une de ses filles l’énergie pour se lancer dans un projet de construction d’une ruche d’un type révolutionnaire en plein 19è siècle.

Le deuxième : un apiculteur américain  victime de la disparition d’une partie de ses colonies et refusant l’industrialisation de son mode de production.

Et le troisième : une femme dans la Chine du milieu du 21ème siècle employée comme son compagnon à la pollinisation manuelle des cultures après la disparition des abeilles.

Autre point commun entre les histoires , la désillusion par rapport à sa famille,  avec l’espoir  apporté par une personne qu’on (re)découvre. « L’espoir » est aussi le dernier mot qu’on lit à la fin de ce livre agréable, peut être pas brillant, mais qui nos parle aussi d’un sujet essentiel  : le fragile équilibre et l’importance de chaque partie de tout système.

 

Les différents types de ruches

Des critiques sur Babelio

 

« Sahara » (Récit) de Cizia ZYKË

Comme un des buts de cette rubrique est d’aller à la rencontre des lecteurs quelles que soient leurs lectures (en dehors des revues) j’ai demandé à un jeune homme (de 22 ans précisément) qui prend le train tous les jours pourquoi il lisait ce récit en particulier. Il l’a acheté chez un bouquiniste car il avait déjà lu deux titres de cet auteur.

Ce qu’il apprécie chez lui, c’est son  style d’écriture et ce qu’il décrit de sa vie d’aventurier et des ses rencontres à travers le monde entier. Ici, il voyage à travers le Mali des années 70 pour revendre des camions plus ou moins en état de marche à des personnages plus que moins louches européens et africains et claquer tout ses bénéfices en général en compagnie de femmes et de pas mal d’alcool.

Pour découvrir cet auteur autodidacte controversé (on lui reproche son parcours émaillé de violences, son cynisme), quelques critiques de Sahara

Cizia Zykë a également écrit des romans que vous pouvez réserver sur Calice68, le portail des bibliothèques du Haut-Rhin

 

Dans les forêts de Sibérie de Sylvain TESSON

Parti à la recherche du temps ralenti, Sylvain Tesson s’est isolé pendant 6 mois dans une cabane  au bord d’un lac, dans les forêts de Sibérie. Ses proches compagnons : deux jeunes chiens, des mésanges, des natifs débarquant la plupart du temps à bord d’un canoë ou qu’il retrouve de la même manière ou à pied, des livres, des livres, des livres, de la Vodka, du thé, du bois…la forêt et lui même !

A près avoir été adepte d’une frénésie de voyages, voilà qu’il veut se réapproprier son temps dans la solitude et le silence pour tenter d’être heureux.

La cabane est le lieu du pas de côté. Le havre de vide où l’on est pas forcé de réagir à tout.

Et encore : Je me suis dépossédé de tout désir au moment précis où je conquérais le maximum de liberté.

Son évolution  se déroulera sur plusieurs périodes : le printemps, l’été, le désespoir, la paix. Il recevra là bas le message de rupture envoyé par la femme qu’il aimait et sera sauvé par ses chiens.

Avoir trente huit ans et être là, sur une plage, à ramper sur une plage en demandant à un chien pourquoi les femmes s’en vont.

Des références illustrent les réflexions de l’auteur, mais j’ai beaucoup aimé son style personnel émaillé d’aphorismes et de beaux rapprochements. Son rapport à la nature, au temps qui évolue au fur et à mesure jusqu’au départ en passant par un déplacement de l’attention vers les petits choses qui paraissaient si insignifiantes.

Pour les curieux, Sylvain Tesson partage une liste de livres à lire dont voici une partie qui renvoit à la thématique de la nature  : l’Amant  de Lady Chatterley : DH Laurence ; Des pas dans la neige : Erik Lhomme; Des nouvelles d’Agafia : Vassili Peskov ; Indian Creek : Pete Fromm ; Les hommes ivres de Dieu : Jacques Laccarière ; Vendredi : Michel Tournier ; Robinson Crusoé : Daniel Defoe ; Un an de cabane : Olaf Candau ; Rêveries du promeneur solitaire : J. J Rousseau ; Le chant du monde : Jean Giono ; De la nature : Lucrèce ; Typhon : J Conrad ; Vie de Rancé : Chateaubriand ; La dernière frontière : Grey Owl ; Traité de la cabane solitaire : Antoine Marcel ; Walden : Thoreau ;

Je rajouterais : Dans la forêt : Jean Hegland ; Saisons : Mario Rigoni Stern ; Dalva : Jim Morisson ; Into the wild : Jon Krakauer

Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

Je rajouterai que j’ai lu ce livre dans un lieu assez reculé dans un gîte de bois et de pierre, entouré de montagnes et déconnectée des réseaux. J’ai ressenti (moins sensiblement, hein, j’était proche de la civilisation) le bien être d’un recentrage sur l’instant et je crois que ce livre m’a fait encore plus d’effet dans ces conditions !

Critiques : Télérama ; Babelio

 

« Les misérables » de Victor HUGO

Pour le retour de la rubrique après une période de turbulences ferroviaires et des congés, c’est une jeune lectrice (la vingtaine) qui a partagé sa lecture. Elle a emprunté ce titre à la  médiathèque de Sélestat, car elle aime l’écriture classique, en général, pour son style qu’elle préfère à celui des auteurs contemporains. La relation au spirituel développée dans certains livres l’intéresse aussi.

Appâtée par un extrait lu à la radio, elle voulait lire « Les Misérables » pour aller plus loin que les clichés de Jean Valjean, de la misère qu’on en a gardés . Cette lectrice curieuse a peu de temps pour lire sauf dans train pour aller au travail.

Aux dernières nouvelles, elle continue sa lecture !

Pour réserver, c’est  sur Calice68, portail des bibliothèques du Haut-Rhin