Archives par auteur: Bénédicte Wolf-Kiene

« La parole du désert » de Göran TUNSTROM ; traduit par Pascale BALCON

Cette rentrée littéraire a remis le personnage de Jésus au premier plan avec « Soif » le roman d’Amélie Nothomb. Le voilà déjà merveilleusement humain dans le roman édité  en 1991 où on suit son parcours parallèle à celui de Saint Jean Baptiste puis le rejoignant. Deux approches différentes pour deux  prophètes  : un Jésus plus doux essayant de trouver un chemin entre violence et soumission aux romains et un Jean plus sombre et rebelle.

Je voyais déjà ce qu’il y avait de commun entre nous : nos naissances avaient suscité un même émoi. Mais celle de Jean était le don de grâce accordé à deux vieillards…

Entre nous se dressait le Temps.Grand, sombre et froid, il nous séparait. Il brisait les branches des cerisiers, piétinait les coquelicots et les renoncules, il écrasait de ses souliers  les vers de terre qu’il coupait en deux.

Göran TUNSTROM, la semaine dernière, je ne le connaissais pas encore et je l’ai découvert à l’occasion d’une opération de désherbage. Plusieurs titres chez Actes Sud présagent en général d’une qualité littéraire remarquable !

Je n’ai pas choisi « l’Oratorio de Noël » qui a fait connaître à un plus grand public  cet auteur suédois de poésie, romans, pièces radiophoniques, mais celui-ci.

Göran T est comparé à Gabriel Garcia Marquez à cause de son usage de la réalité fantastique qui fait mouche avec ce mélange de dialogues très humains qui sortent de la bouche de Jésus, incarnation mystérieuse et parfaite de cette ambiguïté : personne réelle ou personnage imaginaire ? C’est cet aspect qui m’a plu ici souvenirs  de lointains récits bibliques avec ce style grave des évangiles qui se concluent par des sentences qui vous mettent le cerveau à l’envers.   Mais les lecteurs allergiques à la Bible risquent de fuir, dommage pour eux car seront passés à côté d’un roman profond et nous sensibilisant à la beauté concrète de la nature et des liens ente les humains.

Le mot de la fin du roman « Je vous le dis, il n’y a pas assez d’amour »

Dans cette  thématique « Jésus » , vous trouverez (entre autres) :

  • Le trône maudit : roman de José-Luis Coral LAFUENTE  : en 4 avant J.-C. après la mort du tyran Hérode  ses fils se disputent le pouvoir, mais une troisième personne aux mystérieux projets intervient. L’arrivée de Jésus de Nazareth remet en cause le pouvoir de l’empereur Caligula. Les Romains et les prêtres juifs veulent se débarrasser de ce rebelle.
  • Jésus dit Barabbas de Gérald MESSADIE
  • Au chapitre Humour, Evangelia » de David TOSCANA où il est question d’erreur sur la personne. L’ange Gabriel s’est trompé et Emmanuelle doit se battre pour trouver sa place de messie dans une société misogyne, contre un père  énervé et un frère qui veut lui piquer sa place.(eh oui, Jésus et surtout les pratiques religieuses, prétextes à l’humour, les Monty Python se posaient déjà là pour en témoigner dans « La vie de Brian » ) ;
  • Sous Tibère de Nick TOSCHES  Une arnaque au Messie sous le règne de Tibère. Un architecte fait passer un vagabond juif pour le messie.

 

  • Mais aussi  : L’affaire Jésus de Andréas ESCHBACH (science fiction)
  • Marie  est une mère révoltée contre ceux qui ont menés son fils à la croix dans « Le testament de Marie » le roman de Colm TOIBIN


Par ici Les titres disponibles
 de Göran Tunström dans les bibliothèques du Haut-Rhin

« La papeterie Tsubaki » de Ito OGAWA ; traduit par Myriam DARTOIS-AKO chez Philippe PIQUIER

Un roman réconfortant et plein de délicatesse, sans être mièvre, dans la même veine que « Le restaurant de l’amour retrouvé », un des précédents romans de Ito OGAWA.

Hatoko a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand-mère. Celle-ci l’a formée à la calligraphie avec la rigueur à la hauteur de l’amour qu’elle n’ a jamais exprimé. La jeune fille pleine d’énergie, va donc reprendre le flambeau en devenant  écrivain public. La papeterie devient peu à peu un lieu où se délient les rancoeurs et où se réconcilient les humains avec les autres et avec eux-mêmes.

Tout l’univers des lettres nous est dévoilé au carrefour de la calligraphie et de l’humain et les rites qui gravitent autour.

Parmi les lettres qui nous sont envoyées, les plus nombreuses sont, de loin, les lettres d’amour. Certaines personnes nous envoient  chaque année toute les lettre et cartes postales reçues au cours des douze derniers mois, y compris les cartes de voeux. La participation aux frais, sous la forme d’une offrande aux divinités, est laissée au bon vouloir de chacun : il suffit de glisser dans l’enveloppe le montant choisi en timbres…Nous rendons grâce aux lettres  et les réduisons en cendres à la place de leur destinataire. C’est la plus importante cérémonie de l’année, célébrée par la famille Amemya génération après génération.

Nécessité d’écrire

J’ai senti quelque chose bruire en moi, s’agiter. Au début, je pesais que c’était peut être une envie d’aller aux toilettes. Mais non, le remue ménage n’était pas dans mon ventre, mais était dans mon coeur. On aurait dit une pousse tendre perçant l’enveloppe d’une petite graine, forçant les parois de mon intimité. J’avais envie d’écrire.

Hatoko déploie des trésors d’attention à la vie de chacun et de finesse psychologique. L’écriture avance à pas hésitant parfois, par petites touches semblable à un pinceau sur une feuille. Elle parvient à nous faire partager l’évolution de la psyché des personnages en générant des images, peut être celles de Jiro TANIGUSHI.

-Tout à l’heure, je vous ai vu prendre QP sur votre dos. Cela m’est soudain revenu. Il m’écoutait en silence. – C’est ma grand-mère qui m’a élevée. Elle était très stricte. Je n’ai presque pas de souvenirs d’elle. Mais tout à l’heure…A ma grande surprise, je pleurais. J’ai continué quand même. Cela m’est revenu. Elle aussi m’a portée sur son dos. C’était ici.

Pourquoi pleurais-je ainsi ? Je ne le comprenais pas moi-même. Mais les larmes me montaient aux yeux sans relâche, débordaient de mes paupières, coulaient sur mes joues…-Sans doute votre grand-mère n’avait-elle que sa sévérité pour vous exprimer son amour.  Il avait certainement raison. Mais cela avait laissé en moi des traces indélébiles.

Liens avec les ancêtres,  réconciliation

Si nous sommes voisines, Mme Barbara et moi, ce n’est sûrement pas par hasard, il doit y avoir une raison. Et si nous sommes devenues si proches, c’est peut-être parce que l’Aînée ( sa grand-mère), depuis le ciel, tire des fils invisibles. J’ai si peu donné à l’Aînée. Mais il n’est peut être pas trop tard.

Tout ça pour un livre que vous pouvez conseiller aux amateurs de feel good books, de Japon, d’art…

Sur Calice68, le réseau des bibliothèques du Haut-Rhin

« Ton histoire mon histoire » de Connie PALMER ; Traduit par Arlette OUNANIAN

Sylvia Plath et Ted Hughes

 

 

 

 

« Je ne peux me contenter du travail colossal que représente le fait simplement de vivre. Oh non, il faut que j’organise la vie en sonnets et sextines, procure un réflecteur verbal à l’ampoule de soixante watts que j’ai dans la tête. » Sylvia Plath ,  journal le 14 mai 1953.

Attention : tragédie pure, culpabilité, amour, mort et vérité sont au rendez-vous de ce roman biographique puissant.

Ici, l’autrice, à l’aide d’une trame faite d’extraits d’oeuvres réelles des deux écrivains Ted HUGUES et Sylvia PLATH, a recréé de façon géniale (on ne voit pas du tout les coutures !)  les sept années communes de la vie des deux immenses poètes . Tous deux sont  animés par la volonté commune de percer et d’encourager l’autre à le faire.

Sylvia : A propos de la célébrité « Quand elle sera là, tu l’auras payée de ton bonheur »

En ce qui concerne Sylvia, dévorée par ses démons auto-destructeurs et refusant les compromis, son besoin de reconnaissance sera toujours ambivalent, pourri  par son implacable sens critique,  son humour vache y compris envers elle-même et un manque de confiance en elle.  Sa vie personnelle sera également entachée de ces boulets qui la rendront maladivement jalouse. Ted, le mari volage,  personnage littéraire par excellence, prend donc la plume dans ce récit pour se défendre des entreprises de démolition menées contre lui par l’entourage de Sylvia et par la communauté de ses admirateurs (trices) l’accusant d’être la cause de la tragédie finale : le suicide de Sylvia, à trente ans, dans l’appartement qu’elle occupe avec ses deux jeunes enfants.

Ted, dans le rôle du narrateur, moins tourmenté, semble effectivement l’élément stable et  tout faire pour vivre le mieux possible avec sa femme et leurs enfants en mari et père exemplaire, tout en menant sa vie professionnelle. Il est conciliant et prêt à tout pour faciliter la tranquillité d’esprit de Sylvia qu’il nomme toujours « ma femme » et l’entoure de bienveillance à tous les moments de leur vie, y compris pendant ses épisodes dépressifs et de colère destructrices de son épouse.

D’où un certain malaise : cette version des faits qu’il rapporte semblent véhiculer cette image d’homme « formidable ». Mais,  lorsqu’il trompe Sylvia, on a l’impression qu’il le fait pour se laisser enfin aller et échapper à  toute cette pression. Il descend de son piédestal pour devenir la caricature de l’homme moyen prêtant le flanc aux critiques intervenues ensuite. Dans la réalité,  des lettres regroupées par le Docteur Barnhouse qui suivait Sylvia après sa première tentative de suicide feront leur apparition en 2017, accusant Ted de violence envers sa femme à un moment de leur vie.  On reste là, sans opinion tranchée sur sa part de responsabilité et avec cette impression de spirale infernale qui a aspiré Sylvia et Ted vers le fond alors qu’ils avaient tout pour réussir.

Ted : « Je n’avais pas encore compris que la vie que je fuyais ne concernait pas seulement les tentations latentes de la vie londonienne, mais aussi la vie avec elle, que lentement mais progressivement, et sans que j’en sois conscient, je me retrouvais sous une cloche de verre, étranger à moi même, manquant d’air. Tous les efforts pour la délivrer du scénario  d’une tragédie intime, pour briser la coque dans laquelle elle était enfermée, sur laquelle la vraie vie dont elle se languissait ricochait sans cesse et demeurait inaccessible, s’avéraient vains. »

C’est donc une occasion passionnante de découvrir ces deux poètes dans leur processus créatif et dans leur relation passionnée. Ce roman se lit vraiment comme un thriller psychologique. 

Une émission spéciale sur France Culture « Pages arrachées  » 30/03/2018

 Ted Hugues et Syvia Plath présent dans le catalogue du réseau des Bibliothèques du Haut-Rhin

 

Sélection : Deux romans historiques, deux parcours d’anciens esclaves

Même si ces deux romans parlent de la période où une partie de l’économie occidentale reposait sur l’esclavagisme, et donc la traite des noirs, il ne s’agit pas principalement de cela. Il s’agit dans les deux cas, du récit fait par deux anciens esclaves qui ont eu chacun un  parcours singulier et de leur lutte déchirante pour développer leur individualité dans des sociétés secouées par l’abolitionnisme.

Ces deux romans sont profondément ancrés dans leur époque, le 18è siècle, et les débuts de l’économie industrielle où les sciences défrichaient dans de nouvelles directions . L’amour et les liens de dépendance, les trahisons entre les êtres constituent aussi un des thèmes commun à ces deux livres atypiques et éloignés de tout manichéisme.

 

Le premier : « Washington Black  » par Esi EDUGYAN ; Trad. par Michelle HERPE-VOSLINSKI chez Editions Liana Levi 

 

A onze ans, Washington Black se voit « choisi » par Titch, le frère de son maître anglais, pour l’assister dans son projet fou de conception d’ un ballon dirigeable. Il quittera donc la Barbade et son destin d’esclave pour défricher petit à petit celui d’homme libre, aidé en cela par son don pour le dessin. Ce qui ne signifie pas que son statut d’homme noir ne rejaillira pas tout au long de son parcours et dans les relations qu’il aura avec Titch.

« Car bien qu’étant très jeune, je savais que sa mort devait signifier la mienne. Je serai accusé. »

« Comment avait-il pu me traiter ainsi, lui qui se félicitait de me croire son égal ? Je n’ai jamais été son égal. Il était peut-être impossible pour lui de croire profondément à l’égalité. Il ne voyait que ceux étaient là pour être sauvés, et ceux qui opéraient le sauvetage. « 

 

 

 

Au passage, un revers du sort va  pousser l’équipage à poursuivre son périple du pôle Nord jusqu’à la Hollande en passant par d’autres pays encore, donnant à ce roman d’apprentissage des couleurs de « Tour du monde en 80 jours » !

L’écriture vive, profonde et précise nous porte littéralement du début à la fin. Un vrai plaisir !!

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Le deuxième  : « Les confessions de Frannie Langton » de Sara COLLINS ; Traduit par Charles RECOURSE chez Belfond 

Sara Collins  dit à son propos : «  Je ne voulais pas écrire une « histoire d’esclave » de plus ; en revanche, plus jeune, j’aurais aimé lire le récit gothique de la vie d’une femme qui avait été esclave. »

C’est donc cela qu’elle a fait.  Frannie Langton est une ancienne esclave à qui sa maîtresse a eu la bonne idée d’apprendre à lire alors que son maître, lui, la fait participer à des expériences pseudo scientifiques visant à prouver la supériorité des blancs sur les noirs. « Offerte » à un couple de londoniens excentriques, elle va trouver dans sa nouvelle maîtresse une alliée dans le cadre d’une relation sulfureuse faisant naître tous les soupçons après la mort du couple.

Q : Et que savez-vous d’elle ? R: Qu’elle a deux pouces, monsieur, comme tout le monde. Mme Linux a dit qu’elle était prétentieuse, mais je ne suis pas d’accord. Elle n’aimait pas beaucoup faire ce qu’on lui disait, c’est vrai, sauf quand ça venait des livres. Moi, je voulais servir une dame, mais elle, elle voulait être une dame. Mais après qu’elle a commencé à servir madame,quelque chose a changé chez elle, son humeur s’est améliorée. Elle aimait beaucoup Madame. et en vérité, l’humeur de Madame aussi s’est améliorée.

L’individu, sa liberté  est ici encore le sujet.

Il baissa la voix. « Et voilà le Hic. Vous me demandez de parler en leur nom. Mais comment faire ? Pourquoi me demandez-vous cela à moi  ? Parce que lorsque vous voyez un homme noir, vous voyez tous les noirs. Vous pensez qu’un t hommes noir est représentatif de tous les autres membres de sa race. Vous ne lui autorisez ni personnalité, ni  passions.  Vous ne l’autorisez à aimer qui que ce soit ou quoi que ce soit. C’est pour cela que tant d’hommes morts habitent le Nouveau Monde? Dérivent entre coton et cannes. Des Zombies. Des hommes qui demeurent asservis alors même que la traite a été abolie. Vous les avez abandonnés. Oui, Vous, malgré vos bonnes intentions. Même les abolitionnistes  ont succombé à l’idée que l’on peut priver un homme de ses biens sans lui offrir de contrepartie. »

Un roman très original et inclassable et bien documenté qui m’a rappelé les romans de Sarah WATERS et Margaret ATWOOD (La servante écarlate). Les amateurs de gothique  pourront se délecter des ambiances baignées de laudanum traversées par des somnambules.

Un bémol :  un style parfois trop allusif qui fait qu’on perd le fil avec les personnages.

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Pierre SOULAGES

Graceland à propos de « Grace » de Paul LYNCH ; Traduit par Marina BORASO

La faim, croisée dans « Des jours sans fin », la traversée à pied d’un pays dans « Au loin » , c’est un peu les deux que nous fait ressentir ce très beau roman où l’on suit Grace et la présence bavarde de son frère mort, à travers l’Irlande frappée par la famine en 1845.

Roman d’apprentissage qui nous plonge dans les choix arrachés par la survie aux habitants les plus pauvres, il est habité par la mort, la maladie dans un hiver qui semble sans fin. Grace nous guide à travers ce monde en suspens où ses rencontres la sauvent ou la perdent sur le chemin du retour chez elle. Au début du roman, déguisée en garçon, elle se fait éjecter  de sa maison par sa mère : ses chances de survie seront meilleures sur les routes pense -t-elle.

Jeune femme assise
Paul Burty Haviland CA1909

« Elle n’est pas comme tous ces gens sur les routes, , elle le sait, ce qui s’abat sur eux ne la touchera pas… Si j’avais quelque chose, ils voudraient le voler, ils seraient prêts à tout pour le prendre, alors, ils ne méritent pas ma compassion ».

Mais Grace , accompagnée par son frère Colly est pleine de cette énergie terrestre qui manque alentours. Les pensées magiques lui permettent de survivre au monde affamé et couvert de neige qui devient flottant.

« Je n’ai pris qu’un chou, je vous le jure, je peux retourner là-bas et le replanter. Mais c’est sa main qui s’avance pour offrir au policier une galette d’air pur, c’est tout simple, monsieur, mais ça nourrit bien quand même. Le visage de l’homme a une rigidité de pierre, et pourtant elle devine au coin de sa bouche le froncement d’un rire. Si je peux te donner un conseil, c’est de quitter cette ville sans tarder. « 

 

« Des murmures, , une forme floue qui s’avance, un visage apparu dans la nuit éclairée de lune, un homme qui n’est qu’un paquet d’os comme s’il avait emprunté son corps à ce qui se cache sous terre et l’avait revêtu d’une immense paire  d’yeux et il lève  sa pelle pour l’intimider en lâchant une espèce de grondement animal. Ce qu’un homme trouve pour se nourrir,  ne regarde que lui, déclare Colly. « 

Et tout le long, ce texte  très beau et ouvragé font de ce livre un de mes préférés de l’année !

« L’éclat des jacinthes bleues baigne les arbres d’une légère brume, et à l’instant où elle pose les mains sur son ventre, les mots lui montent spontanément aux lèvres et elle dit à Jim  : cette vie est lumière »

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« Un hiver en Bretagne » de Michel le Bris

 

Le vent : tout, digues, haies et murets, s’organise en fonction de ses caprices. Il est tout à la fois la menace et la promesse. Il est si fort qu’à certains endroits, sur les hauts de Barnénez ou a Guerzit, les arbres poussent en forme de coups de vent, et leurs branchages sont des rafales.

Le vent parcourt toutes les pages de cette autobiographie par Michel Le Bris, capitaine du festival Etonnants Voyageurs livres et cinéma d’aventure. Il gonfle les voiles de tous les marins pêcheurs, sportifs ou aventuriers  qui sont partis de la baie de Morlaix dont est originaire l’auteur. Le vent traverse les terres et les champs, gonfle les nuages en remuant la mer dont il est aussi beaucoup question ici  que d’odeurs. De jeux de lumières aussi ! Plus qu’une vie de l’auteur, c’est l’histoire de ce coin (magnifique) de Bretagne qui a vu naître, partir et parfois revenir en pointillé,  bon nombre de personnages prêts à partager leurs récits du monde autour d’un ou plusieurs verres, attisés par la compagnie réunie au fond d’un bar comme le Ty Coz .

Parce que Michel le Bris, comme la baie, c’est l’ouverture vers le large et le retour vers ce terroir magnétique. On assiste grâce à ce récit au bouleversements des activités humaines agricoles et maritimes dans les années 70, de la pêche à pied à la pêche tout court,  au développement commercial de Morlaix dès le 16è siècle, on rencontre les gloires locales, on voyage dans l’imaginaire vaste de ce royaume, même si ce n’est pas un roman.

« Mes royaumes. Que cherchent-ils tous pour braver ainsi le froid, demain le vent, ou la pluie ? Quelques crevettes ou praires de plus  ? Allons donc ! Quelque chose de bien plus essentiel et de mystérieux qui les a faits ce qu’ils sont, et seront à jamais. Quelque chose qui, depuis, ne cesse de les appeler. Leur âme, tout simplement. « 

Une raison de plus pour se lancer, c’est magnifiquement écrit, alors, enfilez votre ciré et lisez-le même sous la pluie (ça arrive).

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« Le mur invisible » de Marlen HAUSHOFER ; Trad. par Liselotte BODO

« J’écris pour m’empêcher de fixer yeux grands ouverts le crépuscule et d’avoir peur. ..La peur de tous côtés monte vers moi et il ne faut pas attendre qu’elle m’atteigne et me terrasse. J’écrirai jusqu’à ce que ce travail dont je n’ai pas l’habitude me rende somnolente, la tête vide. »

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Ce danger, planant au dessus du récit vous poussera sans doute à connaître sa nature véritable et les éventuelles victimes . Mais ce qui nous lie à la narratrice, c’est le récit du travail quotidien et vital avec lequel elle consolide son existence devenue solitaire du jour au lendemain. La catastrophe qui l’a isolée avec quelques animaux au beau milieu des alpes autrichiennes et le mur surgi pendant la nuit qui les sépare du reste du monde, ne sont pas le principal sujet de ce livre. C’est pour moi, la perte d’une certaine innocence liée aux relations humaines, les mensonges, les illusions, qui tombent au fur et à mesure qu’elle se rapproche de ses compagnons animaux. Ce livre  parle merveilleusement bien des liens que les humains peuvent avoir avec les chats, les chiens, le bétail, des bienfaits qu’ils nous procurent et qu’on peut leur apporter aussi. Mais également, il nous parle des liens entre espèces différentes, les ponts existant entre toutes formes de vie.

Les barrières entre les hommes et les animaux tombent très facilement. Nous appartenons à la même grande famille et quand nous sommes solitaires et malheureux, nous acceptons plus volontiers l’amitié de  ces cousins éloignés. Ils souffrent comme nous si on leur fait du mal et ils ont besoin comme nous de nourriture, de chaleur et d’un peu de tendresse… Dans mes rêves, je mets au monde  indifféremment des humains, des chats, des chiens, des veaux, des ours et d’étranges êtres couverts de poils »

Un thème à la mode, de même que les murs et les romans de survie et qui explique le regain d’intérêt récent pour ce livre édité en 1985. C’est aussi pour ça que j’ai voulu lire ce roman haletant et lent à la fois. Les tâches quotidiennes et la description des activités des animaux sont répétitives mais chaque fois présentées différemment, donc, avec ce journal on ne s’ennuie pas. En même temps, le côté suspens reste en arrière plan et nous garde en haleine.

Ma conclusion : gros coup de coeur !

En attendant une future sélection où la nature aura une large place, voici quelques chroniques déjà publiées ici  et  et encore , plus celle là ou celle-ci 

 

 

Le paradis sur terre avec « Mort d’un jardinier » de Lucien SUEL

A quoi tu penses quand tu meurs ? A cette question existentielle, l’auteur  répond sans détour au fur et à mesure de son agonie. Il est cloué au sol par une attaque, au beau milieu de son jardin  : une sorte de mort en scène, donc, pour ce jardinier.

Il répond donc de façon très terre à terre à cette question en nous faisant partager toutes les pensées qui l’assaillent et font un long ruban hors de lui à mesure que la vie s’écoule. Et il y en a des flots qui se regroupent par petits ruisseaux et sautent de thèmes en thèmes, d’époques à époques en passant par des raccourcis. Nous assistons à ce spectacle privé que lui aussi regarde un peu en retrait, en utilisant la deuxième personne pour nous chuchoter des choses partagées.

© Pew-Thian Yap, laboratoire MIND (Université de Caroline du Nord)

« Et tu entends Helen Merrill j’aime Paris au printemps et Jeanne Lee quelquefois je suis un enfant qui a perdu sa mère et Katleen Ferrier j’entends la voix des enfants morts et Marianne Faithfull je m’assieds et je regarde les enfants qui jouent et Brigitte Fontaine c’est tout à fait comme à la radio et Colette Magny j’en sais rien viens donne moi la main et Billie Holliday des fruits bizarres sont accrochés aux arbres, toi aussi tu t’accroches aux cheveux des anges terrestres…

 

J’ai découvert cet auteur né dans les Flandres à l’occasion de ma formation sur les littératures européennes. Il est très actif : poésie, musique, revues… Une richesse à l’image de toutes les sensations qui ont nourri le jardinier toute sa vie et qui ne demandent qu’à enrichir votre jardin secret.

Pour réserver dans une bibliothèque du Haut-Rhin

« Les furtifs » d’Alain DAMASIO

Les livres se baladent et circulent à nouveau à bord de la rubrique !

Cette semaine, un livre repéré grâce à l’émission « 28 minutes » sur Arte par cette lectrice d’environ 55 ans qui l’a acheté. Pourquoi ?  Parce que  les  dystopies, (en gros, une utopie qui se déroule souvent dans le futur et qui  vise plutôt l’asservissement des citoyens que leur épanouissement), elle aime. Surtout quand ça finit bien (rarement dans le genre). Elle lit beaucoup et y compris dans le TER qu’elle utilise fréquemment.

L’auteur est aussi journaliste et le sujet sociologique lui est familier.

Résumé : en 2040, les humains sont connectés en permanente et sous contrôle.

« Autour de la quête épique d’un père qui cherche sa fille disparue, Alain Damasio articule dans une langue incandescente émancipation politique, thriller fluide et philosophie. Après La Zone du Dehors et La Horde du Contrevent, il déploie ici un nouveau livre-univers sur nos enjeux contemporains : le contrôle, le mouvement et le lien. »

Plus d’infos et réservation sur Calice68

La sélection maison « Eté 2019 » : les romans étrangers

Pour vous, que signifient l’été et les vacances ? Presque autant de réponses que de personnes ! Mais on peut déceler  des tendances : on se regroupe, plus ou moins nombreux sur d’une étendue sableuse ourlée par l’océan et on se laisse bercer par le bruit des vagues, le soleil, les cris d’enfants selon son degré d’aptitude à vivre ces instants entourés de ses semblables. Un autre groupe se retrouvera à grimper, tôt dans la journée, pour atteindre un sommet lui offrant une vue à 36 degrés sans l’ombre d’un humain et si possible, là aussi accompagné par le frôlement du vent,  les cris des choucas et des marmottes. Un autre encore, restera chez lui à s’occuper de son jardin, (ou pas) à voir des amis qu’il ne prend pas le temps de voir de toute l’année. Et c’est sans compter les adeptes des villes désertées. En commun, ils ont ce moment où ils s »installeront dans un endroit choisi, s’isoleront ou non, attraperont un roman pour enfin, lire !

Donc, autant de profils de vacanciers, autant de genres à proposer. Dans cette sélection, j’ai choisi des genres différents parce qu’été ne signifie pas forcément avachissement de l’esprit. Pas mal d’émotions, de l’amour, des grands espaces, pas forcément de repos, mais souvent une dose d’optimisme malgré les remous. Je tiens à préciser que je ne les ai pas tous lus mais que d’autres personnes l’ont fait et m’on donné envie de vous en parler après les avoir achetés pour la Médiathèque départementale du Haut-Rhin.

Voir la sélection

Bonnes découvertes !!