Archives de mots clés: Guerre

« LA RELIGION » de Tim WILLOCKS ; Trad ; par Benjamin LEGRAND

Le monde selon Tannhauser

Un roman historique trépidant, plein de fureur, de sang, mais aussi d’amour. Un de ceux qu’on m’a chaudement recommandé et que j’ai enfin pris le temps d’ouvrir !

Première partie de la « Trilogie de Tahnnhauser » (on attend le tome 3 après l’opus 2 : « Les enfants de Paris ») , cet ample roman se déploie autour du personnage complexe de Mattias Tannhauser, arraché à l’âge de 12 ans à sa famille décimée, pour devenir janissaire au service du grand Soliman.

Marqué à jamais par la violence et désabusé, il restera  traversé par des sentiments contraires et refusera de choisir, préférant profiter des opportunités lui permettant de faire prospérer son négoce, de profiter de la vie et de faire évoluer une libre pensée éloignée des partis pris. L’histoire se déroule pendant le siège de Malte par les troupes ottomanes en 1565 et même pendant cette page de l’histoire, Tannhauser trouvera le moyen d’aller vendre son opium sur le marché tenu par l’ennemi. Une des raisons qui m’ont fait aimer ce livre, c’est la richesse des personnages et surtout celle de Tannhauser, qui semble indestructible, tout en étant habité par de nombreuses contradictions.

Parmi celles-ci : Matthias, converti à l’Islam, mais combattant dans les rangs chrétiens de « La Religion » c’est-à-dire, les Hospitaliers, dernier des ordres chevaliers après la disparition des Templiers. Matthias amoureux de deux femmes : Carla la comtesse et Amparo, sa dame de compagnie à demie sauvage et un peu devineresse. Les femmes ici sont libres et sont relativement libres de choisir leur destin bien qu’ayant été des victimes à un moment de leur vie.

Matthias, géant aux yeux clairs carapaçonné dans son armure tranchant les têtes à tour de bras, ne dédaignant pas pratiquer l’éviscération et la torture à l’occasion, mais profondément ému par la viole de gambe que jouent ses deux amoureuses. Les scènes où il est question de musique et des effets qu’elle a sur nous sont magnifiques superbe Akhal Teke doré) et déchiré quand il ne peut s’en occuper (il a tout compris et lui parle).

Matthias, forgeron formé par son père et trouvant la sérénité dans le travail du métal.

Matthias, opportuniste, mais fidèle aux promesses faites à ses amis. Il a une bande d’amis qu’il retrouve à l’occasion de batailles entre Orient et Occident et notamment Bors l’anglais. Matthias, perméable aux influences du cosmos, mais riche de connaissances médicales. A ce sujet, l’auteur est médecin et psychiatre : la grande finesse psychologique des personnages et la description très réaliste des misères du corps humain pendant les guerres sont au rendez-vous.

Siège de Malte par Matteo Perez d’Aleccio 1547_1616
image Wikimedia

Pour d’autres raisons, c’est un livre que j’avais envie de retrouver tous les jours : le style recherché mais pas pédant, poétique même dans les scènes les moments les plus noirs et, cerise sur le gâteau ! dans les scènes érotiques réussies.

Un livre qui tient ses promesses : l’arrière-plan historique est solide, l’homme connaît son sujet. Les techniques de combat au corps à corps ainsi que les plans de batailles, la stratégie nous plongent au cœur de l’action.

L’aventure est là dans une version beaucoup plus trash qu’»Angélique Marquise des Anges » avec des pointes de sentimentalisme éclairant la noirceur des actions humaines. Il est aussi question des relations entre père et fils et d’un garçon à retrouver.

Des personnages attachants et, parmi eux,  même l’Inquisiteur a des doutes !

Un bémol : une tendance à en rajouter dans les fluides corporels et les odeurs qui sont souvent au rendez-vous sur les champs de bataille et ailleurs. J’ai sauté certains passages qui tenaient de la répétition.

J’avais fait une chronique « Le Feu divin » de Robert LYNDON, moins noir et donc, plus accessible.

Pour Réserver dans une bibliothèque du réseau 68 : c’est ici

Les livres dont quelque chose m’échappe

A son image Jérôme Ferrari Actes Sud

Un roman qui se déroule pour partie en Corse et en Yougoslavie. Cela suffisait à attiser ma curiosité. Antonia reçoit de son oncle un appareil Ferrari_A-son-imagephoto. C’est le début pour elle d’une passion. Malheureusement, au retour d’un mariage, elle a un accident. C’est pendant la messe de ses funérailles que nous apprenons à mieux connaître la jeune femme. A la fois source d’attraction et de répulsion, l’île prend une place à part entière dans la vie des personnages. Antonia, lassée des guerres nationalistes et des reportages locaux, ira jusqu’au cœur du conflit yougoslave. Avant de revenir sur l’île…

Une réflexion intéressante sur la photographie et son rôle avec des éclairages sur des photographes oubliés. Il y a aussi les questions sur la mort. Mais, je n’ai pas réussi à accrocher au personnage, assez froid, je trouve, d’Antonia. Y a-t-il un sens particulier à donner aux destins de la jeune femme et de ses amis ?

Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu Actes Sud

Nous entrons dans la vie d’Anthony, un adolescent qui habite ue bourgade de l’est de la France. Il traine avec son cousin, boit, fume des pétards. Il n’y a pas grand chose à faire dans les environs : les fêtes de village, le foot à la télé, le plan d’eau. Les hauts-fourneaux, anciens pourvoyeurs d’emplois, ont fermé. Dans l’entourage du jeune homme, c’est le vide aussi : un père violent et alcoolique, une mère qui vit dans la peur… Par certains côtés, on retrouve l’ambiance de la Vraie vie d’Adeline Dieudonné. Mais dans ce roman, les études et le caractère de l’héroïne la poussait à rêver à une autre vie et à la rendre possible. Dans le livre de Nicolas Mathieu, il n’y a pas de rédemption. Anthony n’a guère de rêves ni de volonté, encore moins de goût pour les études. Ce qui l’intéresse, ce sont les filles, et plus spécialement Stéphanie.

Nicolas Mathieu a beaucoup de talent. Ses descriptions de la vie des classes moyennes et populaires dans ces villes, elles aussi « moyennes » sont réalistes. Elles seraient d’ailleurs issues du vécu de l’auteur. Mais quelle noirceur ! Les pauvres restent pauvres, sans évolution possible, pas même en rêve ! Les filles deviennent des mères, s’enlaidissent, s’aigrissent dans un quotidien gris et morose. Les garçons trouvent des petits boulots, font des enfants, boivent… Les adolescents n’ont plus d’espoir. Ils font des tours en mobylette, se droguent, font des bêtises avant de se ranger.

Bon, j’avoue, j’ai sauté quelques descriptions et refermé le livre quelque peu circonspecte.

Les Pleurs du vent de Medoruma SHUN chez Zulma

Nature mort au crâne/ Paul Cézanne

« The answer, my friend, is blowin’ in the wind »

Sur l’Ile d’Okinawa, les soldats morts pendant la bataille qui y a fait rage en juin 1945, communiquent avec les vivants à travers les messages délivrés par le crâne d’un des leurs, déposé en plein vent. Le vent qui le traverse est chargé de messages de réconciliation et de paix y compris entre les vivants. Les enfants et un photographe ne s’y sont pas trompés quand ils veulent y accéder.

Acceptez cette part de fantastique et de délicatesse et trouvez votre vérité après avoir affronté la partie luxuriante de l’île (j’ai été m’acheter un grand spécimen de palmier d’intérieur après avoir fini le livre, et ça m’a fait penser aux tableaux de Peter Doig )

PELÍCANO ( CIERVO ) /PETER DOIG

A adopter pour l’été ?

A ce propos, cet été le Japon est l’invité de la Maison Européenne de la Photographie à Paris pour l’exposition » mémoire et lumière : photographie japonaise 1950-2000  »

 

Pour le réserver, c’est  sur le catalogue de la médiathèque départementale68

 

 

 

L’homme qui en savait trop : « J’ai vu un homme » de Owen SHEERS ; trad. de Mathilde BACH

jai vuSi vous voulez une idée de livre à adapter au cinéma, en voilà un qui devrait satisfaire beaucoup de cinéphiles à défaut de tenir en haleine une partie de ses lecteurs.

Je suis partagée à son sujet. Quand j’ai vu la quatrième de couverture, le récit présenté m’avait l’air tout à fait alléchant dans le style roman qui flirte avec le thriller psychologique. De ce côté là, c’est vrai qu’il tient ses promesses en partie, ce n’est pas haletant, mais il y a suffisamment de suspens pour vous faire aller jusqu’au bout.

En quelques mots : Michaël vient de perdre sa jeune femme reporter. Il trouve dans le couple avec enfants qui sont ses voisins un moyen de passer cette période délicate en même temps qu’il deviennent inséparables. Parallèlement, le soldat qui a abattu son épouse, pétri de culpabilité, prend contact avec lui.

Donc, on a comme ingrédients très dans l’air du temps et qu’on a l’impression d’avoir déjà croisés : un jeune veuf, romancier, qui noue une relation avec un couple établi. Sa belle femme indépendante exerçait un métier qui fait rêver (reporter de guerre) dans un contexte d’actualité brûlante – guerre contre le terrorisme à l’aide de nouvelles technologies sur fond de mondialisation. Les thématiques comme la culpabilité, les faux semblants, le métier de romancier et ses relations avec le réel et une dose de  suspens autour de la mort d’un enfant. Forcément, on s’y attendait et elle arrive : La scène de sexe. Et c’est elle qui a failli me faire trébucher tant le style était convenu.

Voilà donc le bémol  : le style très détaillé et qui n’évite pas toujours les clichés. Et j’en arrive à ce que je disais au début : le cinéma devrait nous laisser plus de liberté dans le suivi psychologique des personnages qui sont scrutés avec une clé d’explication pour toutes leurs actions.

Donc, un roman avec des qualités et qui devrait beaucoup plaire à certains lecteurs.

Voir le résumé du livre, réserver sur notre catalogue : ici