Archives de mots clés: Prison

Le déclin de l’empire américain « Seuls sont les indomptés » de Edward ABBEY ; trad. de Laura Derajinski et Jacques MAILHOS

Les indomptés, ce sont les derniers cow-boys solitaires et sauvages comme l’est Jack BURNS dans l’Amérique des années 50. Celui -là  aime tellement la liberté qu’il veut forcer son meilleur ami, Paul, à sortir de prison avant qu’il n’ait purgé sa peine. Même si pour cela, il doit faire un passage par la case prison. Mais les Etats-Unis ont a changé et les individus insoumis ne sont plus les héros. Place aux rouages dociles d’une société réclamant son tribu de chair à canon pour la faire fonctionner. Ca, Paul l’a accepté  et même l’amitié qui le lie à Jack ne le fera pas changer d’avis. La guerre des mondes est déclarée lorsque le cow boy évadé de prison est pris en chasse par un shériff qui semble ému par Jack.

J’ai aimé ce livre pour la tragédie qu’il porte en lui, éclairée parfois par des individus qui pourraient faire que Jack continue à vivre sa vie idéale. Le récit est traversé par quelques chapitres qui semblent venus d’un autre livre et portent une intensité de plus en plus grande (un peu comme de la lave montant dans une cheminée de volcan). Ils concernent un chauffeur de camion rongé par des douleurs digestives. Sa solitude est aussi grande que celle de Jack, mais elle est désespérée et sordide. On se doute d’une l’influence qu’il aura sur le destin de Jack sans avoir de certitude, sinon qu’il représente la nouvelle Amérique.

Les amateurs de chevaux apprécieront la grande connaissance qu’a l’auteur des relations qui peuvent exister entre un cavalier et son cheval (amour un peu vache parfois).

Le style est très précis dans ses descriptions, de l’environnement notamment. C’est peut être le bémol pour ce livre, à certains moments, mais affaire de goût. Peut être parce qu’il a été écrit dans les années 50 (traduit ici pour la première fois). Par contre, les nombreux  dialogues rendent le récit très vivant, notamment les scènes dans la prison.

Un titre des très bonnes Editions Gallmeister,  tournées vers les grands espaces Au sujet de l’éditeur, la spéciale de « Mauvais Genre » du 4 juin  sur France Inter : « L’Amérique sort ses griffes »

Voir le descriptif de Seuls sont les indomptés et réserver sur notre catalogue.

Ma cabane au Canada

Photo de Craigsteffan CC public Domain

Photo de Craigsteffan CC (Public Domain)

C comme Canada , pays proche des Etats-Unis mais tellement , tellement différent ! Vastes étendues où se cacher, abandonnées par la civilisation qui a préféré se réfugier en ville.

A comme Apprentissage : le narrateur nous raconte la perte de ses illusions qui tombent au fur et à mesure des rencontres avec des personnages qui sont sensés lui procurer la sécurité après que ses parents aient été emprisonnés.

N comme Normalité : les parents de Dell, 15 ans ont l’air normaux mais ils se lancent tout de même dans un braquage de banque suite à un trafic qui tourne mal et qui les a mis dans une situation financière délicate (un peu comme dans la série Breaking Bad .). La famille américaine type qui peut s’écrouler comme dans les livres de Laura KASISCHKE.

Mais aussi comme  comme Nature : le Sud Ouest du Canada, particulièrement sauvage lui sert de refuge. Dell atterrit dans une sorte de no man’s land qui m’a fait penser à Fargo des frères (à l’époque) COHEN. ou à la série du même nom réalisée par Noah HAWLEY. D’ailleurs, le schéma y est un peu le même : des gens normaux qui se font dépasser par les évènements en se frottant à l’univers très codifié des gangsters et qui pensent s’en sortir intacts.

A comme adolescents : Dell, le narrateur, raconte tout ce qui précède la catastrophe qu’a constitué le hold up mal organisé par ses parents et qu’il a vécu avec sa soeur. Mais la plupart du récit couvre la longue période où il est adolescent et confronte son éducation à ses expériences. « Et, tout en croyant ce que me disait mon père, sur la prépondérance du concret, j’en étais arrivé à penser, que ce qui comptait d’avantage, c’était le vécu. Ce qu’on tenait pour juste, ce qu’on pensait, ce qu’on redoutait, ce qui restait dans la mémoire ».

D comme Danger « Il a donné un coup de menton. Il m’a regardé . Il tenait à ce que je sois d’accord. Sous son chapeau, ses traits se perdaient dans l’obscurité. » Remlinger, l’adulte à qui il est « confié », dirige un hôtel et est à la tête d’une bande d’hommes de main un peu louches. Il est intrigant, charismatique même si Dell, au fur et à mesure sera de moins en moins dupe de son jeu. « Ce qui m’intéresse le plus, c’est comment les mensonges tiennent ensemble », S’ils tiennent toute une vie, alors…où est la différence ? » Remlinger.

A comme Adulte : il sera professeur de littérature et gardera en mémoire ce grand saut vers l’inconnu.« Ma métaphore première, c’est le franchissement de frontière ; l’adaptation, le passage d’un mode  de vie inopérant à un autre, fonctionnel, celui-là. Il s’agit parfois d’une frontière qui ne se repasse pas » .

Canada de Richard Ford ; Trad. de l’américain par Josée KAMOUN